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	<title>Fragments sur les Temps Présents</title>
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	<description>Marges politiques &#38; Radicalités sociales</description>
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		<title>Fragments sur les Temps Présents</title>
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		<title>Traboules et néofascisme</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Jan 2012 21:00:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>stephanefrancois</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Sociologie et sciences politiques]]></category>
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		<description><![CDATA[Propos de Stéphane François, entretien préparatoire à Laurent Burlet, &#8220;Exclus du FN, les « néofascistes » manifestent à Lyon&#8220;, Rue89Lyon, 15 janvier 2012. -Peut-on dire que les jeunesses nationalistes est un groupuscule néonazi ? Plus globalement, comment décrire leur idéologie ? Stéphane &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2012/01/25/stephane-francois-traboules-et-neofascisme/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=3105&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2012/01/neofascisme.jpg"><img class="alignleft  wp-image-3107" title="neofascisme" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2012/01/neofascisme.jpg?w=210&#038;h=169" alt="" width="210" height="169" /></a>Propos de Stéphane François, entretien préparatoire à Laurent Burlet, &#8220;<a href="http://www.rue89lyon.fr/2012/01/15/exclus-fn-neofascistes-manifestent-alyon/">Exclus du FN, les « néofascistes » manifestent à Lyon</a>&#8220;, <em>Rue89Lyon</em>, 15 janvier 2012</span><span style="color:#ff0000;">.</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#000000;">-Peut-on dire que les jeunesses nationalistes est un groupuscule néonazi ? Plus globalement, comment décrire leur idéologie ?</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong> </span><strong>:</strong> Non. Les Jeunesses nationalistes n’est pas un groupuscule néonazi : il n’y a pas de référence explicite à Hitler, au nazisme, au III</span><span style="color:#000000;"><sup>ème</sup></span><span style="color:#000000;"> Reich. Il y a bien eu l’ « affaire » Alexandre Gabriac qui fut photographié le bras tendu devant un drapeau nazi, mais leur esthétique relève plutôt du néofascisme.<span id="more-3105"></span> En effet, ses membres ne portent pas de runes, ne font pas référence à des codes néonazis (HH, 88, 14 words, etc.). Ce groupuscule relève plutôt du mouvement néofasciste. Ils font preuve d’un nationalisme exacerbé, antidémocratique et viril, le tout accompagné d’une foi chrétienne et d’une xénophobie typique de ces milieux. Ils se sentent proche de groupuscules néofascistes comme la Maison Pound en Italie (la « CasaPound »). Ils se réfèrent aussi à la Phalange espagnole, qui, une fois les dirigeants exécutés par les Républicains, fut transformée en un mouvement satellite du franquisme. Ce nationalisme est assorti d’un anti-américanisme virulent. Nous retrouvons dans leur discours, la position typique économique de ces mouvements néofascistes : ni droite, ni gauche, anticapitalisme et éloge d’une économie organique. Nous retrouvons enfin, chez eux, l’idée typique du néofascisme d’un nationalisme européen. Leur emblème est à ce niveau explicite : il s’agit de l’aigle fasciste dont les serres tiennent un faisceau.</span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">- La Maison Pound en Italie : Comment peut-on présenter ce mouvement en quelques mots ?</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><strong><span style="color:#999999;">Stéphane François</span> : </strong>La CasaPound est un squat néofasciste situé dans la banlieue de Rome, qui pratique une stratégie culturelle et sociale. Elle est née en 2008 lors du squat d’un bâtiment administratif abandonné. Son discours est très nationaliste-révolutionnaire : ses animateurs reprennent à la fois des éléments du guévarisme et du fascisme, mais surtout la CasaPound reprend et réutilise des éléments de la contre-culture, en particulier symboliques, d’extrême gauche. Cette expérience a été copiée à Lyon.</span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">-Quelles différences idéologiques avec les Identitaires ?</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong> </span><strong>:</strong> La principale différence avec les Identitaires se situe au niveau du nationalisme : le premier est jacobin alors que les Identitaires sont ethnorégionalistes. Les premiers se sentent proches du christianisme alors que les seconds sont des païens militants. Il y a donc vraiment une grande différence entre les deux : les premiers sont plutôt issus de l’extrême droite classique, voire du maurrassisme, alors que les seconds sont les héritiers de l’ethnodifférencialisme de la Nouvelle Droite. Toute la différence est précisée dans leur </span>premier point de leur charte<span style="font-family:Garamond, serif;"> : « </span>La nation est la réalisation collective d’un destin particulier ; c’est un sol, un peuple, une langue et une civilisation, rendus unis par l’histoire. C’est le passé vécu ensemble et la certitude de vivre un avenir commun ».</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">-Vous parlez de Maurras. Peut-on dire que les Jeunesses Nationalistes sont pétainistes ?</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><strong><span style="color:#999999;">Stéphane François</span> : </strong>Oui. Il y a une très nette sympathie chez leurs responsables pour le pétainisme. Il ne faut pas oublier qu’Yvan Benedetti fut pendant plusieurs années un membre de L’Œuvre française de Pierre Sidos, un néofasciste nostalgique de Vichy, régime que Benedetti soutient également.</span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">-Par contre dans leurs modes d’actions, ils ont l’air plus proches. Qu’en pensez-vous ?</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><strong><span style="color:#999999;">Stéphane François</span> : </strong>Les stratégies identitaires sont efficaces, comme l’a montré la marche des cochons, le « coup » de la Goutte d’Or ou l’opération « apéro pinard-saucisson ». Il est donc logique qu’elles soient imitées. </span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">- Quels rapports avec le GUD ?</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><strong><span style="color:#999999;">Stéphane François </span>:  </strong>Les rapports sont plutôt proches. Les différents sites/blogs des deux parlent de l’autre comme d’« amis ». En outre, les positions idéologiques des uns et des autres sont très proches. Toutefois, il faut garder à l’esprit que nous parlons d’un « néo-GUD ». Donc ce rapprochement doit être vu comme une alliance entre deux groupes marginaux, qui peinent à trouver une légitimité.</span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">- Les JN ont-elles une implantation nationale ?</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><strong><span style="color:#999999;">Stéphane François </span>: </strong>Leur implantation nationale est minime et se résume au Lyonnais. Par conséquent, pour l’instant, ils relèvent plus du groupuscule local. La naissance des Jeunesses nationalistes est encore trop récente. Il faut attendre un peu pour voir son évolution. Toutefois, il faut être réaliste : ce groupe ne se développera guère.</span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">- Pourquoi organisent-ils une manifestation demandant le retrait des troupes françaises en Afghanistan ? Veulent-ils envoyer les soldats dans les banlieues ?</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><strong><span style="color:#999999;">Stéphane François </span>: </strong>Leur discours est à la fois neutraliste, anti-américain et anti-musulman. Cela signifie tout à la fois qu’ils sont contre la politique étrangère américaine, et contre une implication de la France dans ce domaine parce que cela risquerait d’amener une réaction islamiste en France. Enfin, il faut prendre en compte qu’un certain nombre de militants d’extrême droite se sont engagés dans l’armée. D’autres, non militants à l’origine, reviennent de ce pays écoeurés et islamophobes. Ils sont des cibles de choix pour ce groupuscule qui, persuadé de l’imminence d’une guerre ethnique en France, surfent sur la stigmatisation d’une partie de la population de notre pays. Le refus de l’islamisation de la France est devenu aujourd’hui un dénominateur commun important de l’extrême droite française. Ce discours peut aussi attirer les mercenaires, très présents à l’extrême droite, milieu dont fit partie le neveu de Pierre Sidos.</span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">- Pourquoi dites vous qu’ils sont « contre une implication de la France dans ce domaine parce que cela risque d’amener une réaction islamiste en France » ? Mais en même temps ne cherchent-ils pas à hâter cette réaction pour « déclencher une guerre ethnique » ? </span></strong></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><strong><span style="color:#999999;">Stéphane François</span> : </strong>Effectivement, c’est un peu paradoxal. Mais il faut prendre en compte leur « antisionisme » et leur refus de la politique étrangère américaine : cette guerre ne regarde pas la France. En ce sens, ils refusent une importation en France d’un conflit qui ne  nous regarde pas, déclenché par les « américano-sionistes ». Il ne faut pas sous-estimer cet « antisionisme » dans leur vision géopolitique.</span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">- Est-ce que ce mouvement est formé des exclus du Front National ? Quel est leur recrutement ?</span><span style="color:#000000;"> </span></strong></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#999999;">Stéphane François </span>: </strong>Oui, ce mouvement est formé de quelques exclus, très radicaux, du Front national : Yvan Benedetti, Olivier Wyssa et Alexandre Gabriac sont proches de Bruno Gollnisch et avaient un double encartement : Front national et L’Œuvre française. Ce mouvement est aussi composé de jeunes gens qui gravitent dans les milieux de l’extrême droite musclée. Ils recrutent principalement chez des jeunes précarisés, venant de milieux ouvrier ou d’employés, qui sont déçus de la politique de « dédiabolisation », toute relative d’ailleurs, de ce parti, comme certains hooligans, voire des skinheads. Enfin, ils « piochent » dans un autre groupuscule, L’Œuvre française, dont furent (sont ?) membres Yvan Benedetti et Alexandre Gabriac. En outre, Benedetti anime un autre groupuscule Jeune Nation, qui doit être vu comme une organisation connexe à l’Œuvre française. Nous pouvons penser que ce groupe a pour objectif de rajeunir le mouvement de Sidos. Ils recrutent enfin parmi les éléments les plus radicaux.</p>
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		<title>Parution: A droite de l&#8217;acacia : de la nature réelle de la franc-maçonnerie ?</title>
		<link>http://tempspresents.wordpress.com/2012/01/25/parution-a-droite-de-lacacia-stephane-francois/</link>
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		<pubDate>Wed, 25 Jan 2012 20:22:53 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Esotérisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Stéphane François, A droite de l&#8217;acacia : de la nature réelle de la franc-maçonnerie ?, préface de Jean Solis, La Hutte, Valence d&#8217;Albigeois, 2012, 108p. Présentation de l&#8217;éditeur : Cet essai porte sur les liens existant entre l&#8217;ésotérisme et l&#8217;occultisme d&#8217;une part et la &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2012/01/25/parution-a-droite-de-lacacia-stephane-francois/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=3098&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2012/01/stephane-franc3a7ois-droite-acacia.jpg"><img class="alignleft  wp-image-3099" title="Stephane François droite acacia" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2012/01/stephane-franc3a7ois-droite-acacia.jpg?w=135&#038;h=180" alt="" width="135" height="180" /></a><strong>Stéphane François</strong></span>, <em>A droite de l&#8217;acacia : de la nature réelle de la franc-maçonnerie ?</em>, préface de Jean Solis, La Hutte, Valence d&#8217;Albigeois, 2012, 108p.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Présentation de l&#8217;éditeur</span></strong> : Cet essai porte sur les liens existant entre l&#8217;ésotérisme et l&#8217;occultisme d&#8217;une part et la franc-maçonnerie d&#8217;autre part. Stéphane François n&#8217;est pas franc-maçon mais un observateur extérieur, un chercheur historien et politologue qui s&#8217;intéresse scientifiquement à une forme de pensée, l&#8217;ésotérisme, ainsi qu&#8217;à l&#8217;histoire des idées.<span id="more-3098"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Si la problématique des liens existant ou supposés entre l&#8217;ésotérisme et la franc-maçonnerie est passionnante d&#8217;un point de vue intellectuel, elle est aussi un chemin semé d&#8217;embuches. En effet, le chercheur qui souhaite s&#8217;y intéresser sérieusement doit naviguer parmi des textes dont seule une très petite minorité est scientifique. Ceux-ci baignent au milieu d&#8217;ouvrages pseudo-scientifiques de spéculations ésotériques et occultistes, maçonniques ou non. De fait, la neutralité axiologique propre au monde de la recherche n&#8217;est que très rarement présente.</p>
<p style="text-align:justify;">La franc-maçonnerie, depuis quasiment ses origines, se voit associée à l&#8217;ésotérisme. Cette proximité, qui est tout sauf naturelle comme nous le verrons, s&#8217;est imposée a posteriori dans les esprits. Explications&#8230;</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://www.editionsdelahutte.com/RESSOURCES/EXTRAITS_ADROITE.pdf">L&#8217;éditeur propose en ligne le début de l&#8217;ouvrage et sa table des matières.</a></p>
<br />Classé dans:<a href='http://tempspresents.wordpress.com/category/breves/'>Brèves</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/category/histoire/'>Histoire</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/category/telechargement-streaming/'>Téléchargement / streaming</a> Tagged: <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/esoterisme/'>Esotérisme</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/tempspresents.wordpress.com/3098/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/tempspresents.wordpress.com/3098/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/tempspresents.wordpress.com/3098/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/tempspresents.wordpress.com/3098/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/tempspresents.wordpress.com/3098/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/tempspresents.wordpress.com/3098/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/tempspresents.wordpress.com/3098/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/tempspresents.wordpress.com/3098/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/tempspresents.wordpress.com/3098/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/tempspresents.wordpress.com/3098/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/tempspresents.wordpress.com/3098/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/tempspresents.wordpress.com/3098/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/tempspresents.wordpress.com/3098/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/tempspresents.wordpress.com/3098/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=3098&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Gianluca Casseri : « Breivik toscan » ?</title>
		<link>http://tempspresents.wordpress.com/2012/01/07/david-bisson-gianluca-casseri-breivik-toscan/</link>
		<comments>http://tempspresents.wordpress.com/2012/01/07/david-bisson-gianluca-casseri-breivik-toscan/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 07 Jan 2012 14:45:16 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Par David Bisson Le 13 décembre dernier, Gianluca Casseri descend de son appartement avec un 357 Magnum à la main pour tirer à vue sur plusieurs marchands ambulants sénégalais des vieux quartiers de Florence. Il tue deux personnes, en blesse &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2012/01/07/david-bisson-gianluca-casseri-breivik-toscan/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=3062&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;" lang="en-GB" align="CENTER"><span style="color:#ff0000;"><strong><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2012/01/vlad.jpg"><img class="alignleft  wp-image-3064" title="VLAD" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2012/01/vlad.jpg?w=174&#038;h=185" alt="" width="174" height="185" /></a>Par David Bisson</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;" lang="en-GB" align="CENTER">Le 13 décembre dernier, Gianluca Casseri descend de son appartement avec un 357 Magnum à la main pour tirer à vue sur plusieurs marchands ambulants sénégalais des vieux quartiers de Florence. Il tue deux personnes, en blesse grièvement une troisième, avant de se réfugier dans un parking souterrain, et de se donner la mort pour échapper aux forces de police. « Tueur néofasciste », « Meurtrier de Florence », « Breivik toscan » annoncent les titres de la presse italienne ; le crime raciste ne fait effectivement aucun doute, d’autant plus que le coupable entretenait des liens avec plusieurs groupes de la galaxie néofasciste. L’autre piste suivie, qui complèterait d’ailleurs la première, est celle d’un acte isolé perpétué par une personne dérangée. En somme, un fou dont les idées radicales ont finit par rompre une structuration psychologique friable pour ne pas dire malade. C’est aussi l’explication donnée à l’équipée criminelle du norvégien Anders Behring Breivik, lequel vient d’être déclaré psychotique et, donc, pénalement irresponsable de ses actes.<span id="more-3062"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Ces motifs – haine raciste et psychose personnelle – constituent très certainement le ressort du passage à l’acte, mais ne suffisent pas à sonder un bassin idéologique beaucoup plus profond qu’il n’y paraît. En effet, Casseri – comme Breivik avant lui – a laissé plusieurs écrits qui, s’ils ne permettent pas d’éclairer les raisons exactes de son crime, délimitent très nettement son champ idéologique. Agé de 50 ans, celui qui est décrit comme une personnalité « solitaire et déprimé », sans emploi fixe, s’est forgé un monde imaginaire aux confins de la politique, de l’occulte et de la mythologie. Nous pouvons en retracer le périmètre large à partir d’une présentation des thématiques qui irriguent ces principaux textes<sup><a href="#sdfootnote1sym"><sup>1</sup></a></sup>.</p>
<h1 style="text-align:left;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Un socle idéologique : Julius Evola</strong></span></h1>
<p style="text-align:justify;">Le premier type d’écrits de Casseri prend la forme de quelques articles mis en ligne sur internet, en particulier sur le site de la CasaPound Italia<sup><a href="#sdfootnote2sym"><sup>2</sup></a></sup>. Au lendemain des meurtres, les journaux ont d’ailleurs mis l’accent sur son appartenance à cette association néofasciste dont l’action se situe principalement sur le terrain social et culturel. Or, Casseri, s’il peut être considéré comme un sympathisant des combats menés par la CasaPound, n’appartient pas <em>stricto sensu</em> à une association dont le profil des militants est plutôt jeune, et les positions défendues clairement ancrées dans le nationalisme révolutionnaire.</p>
<p style="text-align:justify;">Les articles de Casseri laissent percer une autre source d’influence, clairement prédominante : celle du penseur Julius Evola<sup><a href="#sdfootnote3sym"><sup>3</sup></a></sup> – référence également bien connue mais non exclusive des « jeunes » de la CasaPound. Ces articles reprennent les deux principales antiennes du doctrinaire italien : au plan métahistorique, l’Europe ne plonge pas ses racines dans la religion chrétienne, mais dans le paganisme antique et, encore au-delà, dans les plus anciens textes de l’hindouisme (les Védas) ; au plan métapolitique, la véritable lutte oppose les tenants de la Tradition aux représentants de la Modernité, les garants de l’Ordre contre les agents de la Subversion. Cette superstructure idéologique, et volontiers ésotérique, fait de Casseri un traditionaliste évolien, c’est-à-dire un traditionaliste païen qui croit dans la vision apocalyptique d’une Europe en proie à l’hérésie chrétienne et à la subversion moderne. En cela, il ne peut pas être comparé à Breivik pour qui la défense de la civilisation chrétienne, notamment face à l’islam, constituait la raison d’être de son « engagement ».</p>
<h1 style="text-align:left;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Un essai d’interprétation : Dracula</strong></span></h1>
<p style="text-align:justify;">La deuxième production de Casseri se présente comme un essai relativement long, mis en ligne sur le site évolien Centro Studi La Runa en 2000, qui s’intitule « Dracula, il guerriero di Wotan » (« Dracula, le guerrier de Wotan »)<sup><a href="#sdfootnote4sym"><sup>4</sup></a></sup>. Il s’agit d’une étude substantielle – références historiques, appareil de notes, etc. – qui propose une relecture du roman de Bram Stoker. Sous la plume de Casseri, la figure de Dracula se présente comme la résurgence contemporaine des dieux de la mythologie nordique. Dans une argumentation foisonnante ponctuée de références à l’histoire des religions (Eliade, Ginzburg, etc.), l’auteur tient à démontrer la filiation qui existerait entre la symbolique du loup-garou, la figure du <em>berserkir</em> (guerrier-fauve des peuples germains), l’initiation guerrière et le dieu Wotan. Il reprend, à ce titre, certaines études de Dumézil et de Jung qui interprétaient la montée du nazisme, non sans quelque fascination, comme un surgissement de l’imaginaire païen et nordique dans l’inconscient collectif du peuple allemand.</p>
<p style="text-align:justify;">La lecture de ce texte laisse deux impressions. La première, qui est très fréquente dans les milieux évoliens, réside dans la mise en perspective de deux imaginaires antagoniques : d’un côté, l’appel de la nuit, de la forêt, de la magie, de la force, bref, des profondeurs de la psyché païenne et, de l’autre, l’image d’un Dieu étranger venu des plaines désertiques de l’Orient qui demande croyance et soumission. La seconde est également récurrente puisqu’il s’agit de révéler, à travers un texte à prétention scientifique, l’âme souveraine des peuples indo-européens, celle qui sera capable de se soulever brutalement contre l’ordre établi. Là encore, nous pouvons noter que l’imaginaire de Casseri diffère de celui de Breivik qui se voyait comme un « chevalier templier » prêt à défendre les « populations indigènes d’Europe » face au jihad mondial.</p>
<h1 style="text-align:left;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Un roman d’anticipation : </strong><em><strong>La clé du chaos</strong></em></span></h1>
<p style="text-align:justify;">Le troisième écrit de Casseri diffère à nouveau puisqu’il prend la forme d’un roman fantastico-ésotérique. Co-signé avec Enrico Rulli (écrivain et éditeur), <em>La chiave del caos</em> (« La clé du chaos ») a été publié en 2010 dans une petite maison d’édition spécialisée dans le développement personnel. Ce volume de plus de 400 pages – retiré des ventes – n’a pas un sens explicitement politique ; il surfe plutôt du côté de la vague ésotérique et trouverait aisément sa place aux côtés des nombreux ouvrages publiés à la suite du <em>Da vinci code</em>. L’histoire commence à Vienne à la fin de la Seconde Guerre mondiale et plonge ses protagonistes, suite à une séance de nécromancie, dans la ville de Prague au XVI<sup>è</sup> siècle. On y croise des personnages célèbres, dont l’alchimiste John Dee et le mage Giordano Bruno, qui devront lutter contre le spectre d’une femme afin de modifier le cours de l’histoire. Un des rares comptes rendus de l’ouvrage fait mention de l’écrivain Lovecraft et parlent d’un « roman unique dans son genre » qui parvient à mêler le fantastique et l’ésotérisme, l’aventure et la magie, la philosophie et l’histoire<sup><a href="#sdfootnote5sym"><sup>5</sup></a></sup>. Rien de moins.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est peut-être le préfacier de l’ouvrage qui donne sinon la clé de la lecture du moins la raison de lire ce livre. Gianfranco de Turris écrit effectivement que l’ouvrage remet en cause les principaux fondements de la société actuelle en prenant appui sur la mentalité des hommes du XVI<sup>è</sup> siècle, lesquels étaient encore capables de se référer à la <em>philosophia perennis</em>. Or, il se trouve que de Turris est une personnalité non négligeable de la culture de droite italienne : rédacteur en chef du journal radio de la RAI, conseiller d’édition, spécialiste de science fiction, président du prix Tolkien, etc. Il est par ailleurs le secrétaire de la Fondation Julius Evola et supervise, à ce titre, la plupart des rééditions de l’auteur de <em>La crise du monde moderne</em>. On peut, dès lors, s’interroger sur la teneur des relations entre le solitaire Casseri et l’influent de Turris : simple concours de circonstances ? Réelle amitié ? Communion intellectuelle ? Question d’autant plus légitime que Casseri a participé, comme discutant ou comme modérateur, à plusieurs rencontres et/ou conférences organisées par de Turris. Son nom apparaît également dans un ouvrage collectif consacré à l’œuvre de Tolkien, et dirigé par de Turris.</p>
<p style="text-align:justify;">L’intéressé, devant les réactions de plus en plus pressantes de certains journalistes italiens, s’est expliqué lors d’un entretien donné au <em>Secolo d’Italia</em><sup><a href="#sdfootnote6sym"><sup>6</sup></a></sup>, le 21 décembre 2011. Sa réponse s’articule autour de trois points. D’abord, il reconnaît avoir rencontré une dizaine de fois Casseri dans le cadre, principalement, de congrès relatifs à la science fiction. Ce qui n’en fait pas un ami intime même s’il lui témoigne d’une certaine estime intellectuelle. Ensuite, il a effectivement rédigé une préface pour son « très bon roman fantastique-ésotérique » tout en précisant que son co-auteur se situait clairement à la gauche de l’échiquier politique. Enfin, de Turris rappelle que le passage à l’acte de Casseri est tout simplement incompréhensible tout comme la « chasse aux sorcières » dont il fait l’objet est totalement injustifiée. Il termine son entretien en dénonçant le climat d’intolérance que les milieux de la gauche entretiennent, et renvoie finalement à la lecture de ses nombreux articles écrits depuis cinquante ans.</p>
<h1 style="text-align:left;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Un pamphlet aux relents antisémites</strong></span></h1>
<p style="text-align:justify;">Pourtant, et cela reste sans doute le plus révélateur, de Turris a également introduit le dernier livre de Casseri intitulé <em>I protocolli del savio di Alessandria</em> (« Les protocoles du sage d’Alexandrie »). Publié en 2011 aux éditions Solfanelli<sup><a href="#sdfootnote7sym"><sup>7</sup></a></sup>, cette quatrième production relève cette fois-ci du pamphlet<sup><a href="#sdfootnote8sym"><sup>8</sup></a></sup>. Casseri s’attaque à Umberto Eco – présenté comme le « sémiologue d’Alexandrie » – et plus précisément à son dernier ouvrage : <em>Le cimetière de Prague</em>. Il remet en cause la version proposée par Eco quant à l’origine des <em>Protocoles des Sages de Sion</em>, soit la reprise de la thèse historiquement démontrée d’un faux établi par la police secrète russe, et fortement inspiré par le pamphlet de Maurice Joly contre Napoléon III. Ajoutons qu’il s’agit bien dans <em>Le cimetière de Prague</em> d’une version romancée – et donc très libre – de cette thèse ; ce qui a d’ailleurs valu à son auteur de nombreuses critiques. Pour sa part, Casseri ne remet pas directement en cause la fausseté des <em>Protocoles</em>, mais indique plus subtilement qu’il existe encore des zones d’ombre comme ont pu le montrer certains historiens – Cesare de Michelis et Norman Cohn sont opportunément cités à cette fin.</p>
<p style="text-align:justify;">En vérité, la thèse de Casseri – comme celle de Turris<sup><a href="#sdfootnote9sym"><sup>9</sup></a></sup> – n’est pas nouvelle dans la mesure où elle reprend, mot pour mot, la position soutenue par Evola dans son introduction à la seconde édition italienne des <em>Protocoles des Sages de Sion</em> (1938). Ainsi, le doctrinaire italien établit une distinction machiavélique : ce n’est pas parce que les <em>Protocoles</em> sont probablement un faux que leur contenu ne correspond pas à une réalité objective. Autrement dit, une histoire inventée de toutes pièces peut très bien recéler une grande part de vérité ; une vérité d’autant plus inquiétante qu’elle cherche à être cachée. Et Casseri de prolonger cet argumentaire pour faire des <em>Protocoles</em> un véritable « roman d’anticipation » qui, en dehors même de son caractère fictif, traduit la main mise des Juifs sur le monde. Cette reprise du complot judéo-maçonnique, assortie d’un point de vue proche de celui des négationnistes, constitue la dernière strate idéologique de Casseri – strate une nouvelle fois éloignée d’un Breivik qui soutenait Israël dans son combat pour l’Occident.</p>
<h1 style="text-align:left;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Casseri, « tueur néofasciste » ?</strong></span></h1>
<p style="text-align:justify;">Cette première analyse de l’univers idéologique de Casseri mériterait bien sûr d’être affiné puisque l’on retrouve son nom – sans même parler des éventuels pseudonymes – sur plusieurs forums et sites de l’extrême droite radicale. De même, il faudrait sans doute insister davantage sur sa passion pour la littérature fantastique et les films de science fiction comme, de façon plus étonnante, sa connaissance de la bande dessinée en général, et de Tintin en particulier. Ces éléments <em>a priori</em> hétéroclites forment tout de même un ensemble cohérent dans lequel le mythe côtoie le fantastique, la politique rencontre l’ésotérique et la fiction se joue de la réalité.</p>
<p style="text-align:justify;">Au final, nous pouvons esquisser deux conclusions. La première est un constat qui nous semble difficilement discutable : Casseri appartient à la mouvance néofasciste, dans sa version évolienne, comme le prouvent ses liens avec certaines personnalités de ce milieu d’une part, et comme le révèle le contenu de ses textes d’autre part. La seconde s’exprime sous la forme d’une interrogation : l’identité idéologique de Casseri n’explique pas, en effet, son passage à l’acte. Ses écrits ne manifestent pas une haine intangible contre l’islam et ne stigmatisent pas une catégorie spécifique de la population. Pourtant, son champ d’action qui relève davantage du combat culturel a bien débouché sur une expédition meurtrière dont les victimes étaient toutes d’origine sénégalaise.</p>
<p style="text-align:justify;">Quant à la comparaison effectuée par plusieurs articles de presse avec le cas Breivik, elle n’est pas d’une très grande pertinence, tant sur le plan des actes que sur celui des motivations. Casseri ne semble pas avoir préparé son crime avec minutie. Le contenu de ses textes, par exemple, ne laisse aucunement envisagé un passage à l’acte. De même, il ne s’identifiait pas à un chevalier templier qui repartait en croisade contre l’envahisseur musulman.</p>
<h1 style="text-align:left;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Casseri, Breivik : un imaginaire structurant et apocalyptique</strong></span></h1>
<p style="text-align:justify;">En revanche, il existe plus sûrement un rapport entre les deux hommes pour ce qui concerne la place, fondamentale, de l’imaginaire politique dans leurs constructions mythologiques personnelles. Trois éléments communs entrent ici en ligne de compte. D’abord, la projection dans un passé fortement idéalisé, sinon fantasmé, qui sert de structure fondatrice à l’éclosion d’une idéologie à tonalités réactionnaires. Ainsi, l’horizon d’action se situe moins dans l’avenir que dans le retour à un âge d’or : celui d’une Europe blanche, homogène, chrétienne pour l’un, et païenne pour l’autre. Ensuite, le transfert de cette histoire dans un imaginaire typiquement contemporain qui mêle l’<em>heroïc fantasy</em>, les jeux vidéos, la littérature fantastique et la science fiction. Ainsi, la mythologie nordique revisitée par une imagerie volontiers obscure, et parfois même <em>gore</em> (guerriers sanguinaires, culte de la force brute, retour des dieux vengeurs, etc.), contribue à se défier d’une réalité honnie, et à se réfugier dans un monde parallèle<sup><a href="#sdfootnote10sym"><sup>10</sup></a></sup>. Enfin, la plongée dans une atmosphère apocalyptique qui prend les atours d’une guerre des civilisations. Les deux hommes se pensent comme les témoins ultimes d’un monde en voie de disparition et se focalisent sur un ennemi à dimension internationale : le complot judéo-américain pour l’un, et l’invasion islamiste pour l’autre.</p>
<p style="text-align:justify;">Si la part de cet imaginaire reste bien sûr difficile à évaluer dans le passage à l’acte criminel, elle n’en reste pas moins une source encore trop méconnue, et trop peu étudiée, dans les constructions extrémistes contemporaines. En cela, on peut se demander si la métapolitique, initiée dès les années 1950 par Evola, ne continue pas à dérouler ses effets, à savoir l’instrumentalisation de certains segments culturels (<em>héroïc fantasy</em>, histoire des religions, littérature fantastique, etc.) à des fins de justifications politiques. Déjà, à la fin des années 1960, le jeune activiste Giorgio Freda s’était fortement inspiré de <em>Chevaucher le tigre</em> – le dernier essai d’Evola – pour fondre l’esprit traditionnel dans la contre-culture contemporaine, et faire du combat contre la société moderne une œuvre de réalisation à la fois personnelle et terroriste – une sorte de voie héroïque par défaut.</p>
<h1 style="text-align:left;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Notes</strong></span></h1>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote1anc">1</a><span style="font-family:Garamond, serif;"> Pour cette étude, nous sommes partis d’un article très éclairant du chercheur Mark Sedgwick que nous avons recoupé avec la lecture des articles de presse, ainsi qu’avec l’analyse de plusieurs textes de Casseri. Cf. Mark Sedgwick, « Gianluca Casseri a Traditionalist, but the explanation lies elsewhere », mis en ligne le 14 décembre 2011 sur son blog : </span><span style="color:#0000ff;"><span style="text-decoration:underline;"><a href="http://traditionalistblog.blogspot.com/"><span style="font-family:Garamond, serif;">http://traditionalistblog.blogspot.com</span></a></span></span></p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote2anc">2</a><span style="font-family:Garamond, serif;"> Cette structure, qui tire son nom du poète américain Ezra Pound, se présente comme une « association » à vocation socio-culturelle et se revendique d’un « fascisme du troisième millénaire ». Depuis la création d’un premier squatt à Rome en 2003, l’association a essaimé dans plusieurs villes d’Italie. </span></p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote3anc">3</a><span style="font-family:Garamond, serif;"> Julius Evola (1898-1974) est un penseur atypique du fascisme italien. Il se fonde sur la tradition primordiale – définie par le français René Guénon – pour développer un fascisme ésotérique qui s’articule autour de </span><span style="font-family:Garamond, serif;"><em>La révolte contre le monde moderne</em></span><span style="font-family:Garamond, serif;">, titre de son principal ouvrage. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il devient une référence incontournable des droites radicales européennes. </span></p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote4anc">4</a><span style="font-family:Garamond, serif;"> L’article, s’il a été retiré du site, est assez facilement trouvable sur la toile électronique. Le site en question, Centro Studi di la Runa, se présente comme une association culturelle (fondée en 1994) entièrement dédiée à l’œuvre de Julius Evola en particulier, et à la pensée traditionnelle en général. </span><span style="font-family:Garamond, serif;">Cf. </span><span style="color:#0000ff;"><span style="text-decoration:underline;"><a href="http://www.centrostudilaruna.it/"><span style="font-family:Garamond, serif;">http://www.centrostudilaruna.it</span></a></span></span></p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote5anc">5</a><span style="font-family:Garamond, serif;"> Cf. </span><span style="color:#0000ff;"><span style="text-decoration:underline;"><a href="http://www.fantascienza.com/magazine/notizie/14361/la-chiave-del-caos"><span style="font-family:Garamond, serif;">http://www.fantascienza.com/magazine/notizie/14361/la-chiave-del-caos</span></a></span></span></p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote6anc">6</a><span style="font-family:Garamond, serif;"> Web journal dont la ligne politique est proche de celle de Turris. Ce dernier y est d’ailleurs présenté comme « un journaliste et intellectuel qu’il est difficile de prendre pour un extrémiste ». </span><span style="font-family:Garamond, serif;">Cf. </span><span style="color:#0000ff;"><span style="text-decoration:underline;"><a href="http://www.secoloditalia.it/"><span style="font-family:Garamond, serif;">http://www.secoloditalia.it</span></a></span></span></p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote7anc">7</a><span style="font-family:Garamond, serif;"> Cette petite maison d’édition dispose d’un catalogue assez hétéroclite qui comprend des essais politiques, des romans fantastiques, des ouvrages historiques et quelques rééditions d’écrivains reconnus (Jack London, Henry James, etc.). Elle se situe plutôt du côté de la droite catholique conservatrice et reste, donc, éloignée de la mouvance néofasciste. </span><span style="font-family:Garamond, serif;">Cf. </span><span style="color:#0000ff;"><span style="text-decoration:underline;"><a href="http://www.edizionisolfanelli.it/"><span style="font-family:Garamond, serif;">http://www.edizionisolfanelli.it</span></a></span></span></p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote8anc">8</a><span style="font-family:Garamond, serif;"> Notons que ce texte d’une trentaine de pages est consultable sur plusieurs sites internet (dont : </span><span style="color:#0000ff;"><span style="text-decoration:underline;"><a href="http://olo-dogma.myblog.it/gianluca-casseri"><span style="font-family:Garamond, serif;">http://olo-dogma.myblog.it/gianluca-casseri</span></a></span></span><span style="font-family:Garamond, serif;">), ce qui manifeste la volonté de le faire circuler au sein, notamment, des milieux négationnistes. </span></p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote9anc">9</a> Dans l’entretien précité, de Turris justifie l’écriture de cette préface de façon tout à fait claire : il partage entièrement la conception de Casseri sur ce point.</p>
</div>
<div>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote10anc">10</a><span style="font-family:Garamond, serif;"> Sur ce point, Breivik nourrit également une réelle fascination pour l’héritage païen nordique même s’il lui semble difficile de se regrouper derrière le marteau de Thor pour commencer la </span><span style="font-family:Garamond, serif;"><em>reconquista</em></span><span style="font-family:Garamond, serif;">. Aussi écrit-il : « Je crois que le christianisme est essentiel pour des raisons culturelles. Après tout, le christianisme est la </span><span style="font-family:Garamond, serif;"><em>seule</em></span><span style="font-family:Garamond, serif;"> plateforme culturelle qui peut unir tous les Européens, qui sera nécessaire dans la période à venir durant la troisième expulsion des musulmans » (</span><span style="font-family:Garamond, serif;"><em>2083</em></span><span style="font-family:Garamond, serif;">, p. 1362). Cf. Jean-François Mayer, « Terrorisme en Norvège : la religion d’Anders Breivik », mis en ligne le 28 juillet 2011 sur le site : </span><span style="color:#0000ff;"><span style="text-decoration:underline;"><a href="http://religion.info/french/articles/article_540.shtml"><span style="font-family:Garamond, serif;">http://religion.info/french/articles/article_540.shtml</span></a></span></span></p>
</div>
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		<title>L&#8217;Eternel retour réactionnaire : la République mariniste</title>
		<link>http://tempspresents.wordpress.com/2012/01/02/leternel-retour-reactionnaire-la-republique-mariniste/</link>
		<comments>http://tempspresents.wordpress.com/2012/01/02/leternel-retour-reactionnaire-la-republique-mariniste/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 01 Jan 2012 22:28:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dominiquesistach</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sociologie et sciences politiques]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême droite]]></category>
		<category><![CDATA[Marchandisation]]></category>
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		<category><![CDATA[Sanitaire et social]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Dominique Sistach La réaction contemporaine n’est pas une révolution conservatrice, au sens historique, dont nous connûmes le pire durant l’entre-deux-guerres en Allemagne (si des points communs sociologiques sont troublants – fragmentation culturelle et frustration de la classe moyenne, notamment &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2012/01/02/leternel-retour-reactionnaire-la-republique-mariniste/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=3053&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong><span style="line-height:19px;"><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2012/01/horloge-reactionnaire.jpg"><img class="alignleft  wp-image-3055" title="Horloge reactionnaire" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2012/01/horloge-reactionnaire.jpg?w=180&#038;h=180" alt="" width="180" height="180" /></a>Par Dominique Sistach</span></strong></span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">La réaction contemporaine n’est pas une révolution conservatrice, au sens historique, dont nous connûmes le pire durant l’entre-deux-guerres en Allemagne (si des points communs sociologiques sont troublants – fragmentation culturelle et frustration de la classe moyenne, notamment – la révolution conservatrice s’établît dans un rapport essentiel à la guerre comme levier social de lutte contre la déliquescence morale du pacifisme, du féminisme et du socialisme)<a name="sdfootnote1anc" href="#sdfootnote1sym"></a><sup>1</sup>. C’est plutôt le contrecoup de la libération des années 1960 (Nicolas Sarkozy ne s’y trompe quand en 2007, il choisit de dénoncer la déroute morale imposée par la génération de 1968 :<span id="more-3053"></span></p>
<p style="text-align:right;" align="JUSTIFY">« <em>Le mot &#8220;morale&#8221; ne me fait pas peur. La morale, après 1968, on ne pouvait plus en parler. C&#8217;était un mot qui avait disparu du vocabulaire politique. Pour la première fois, depuis des décennies, la morale a été au cœur d&#8217;une campagne présidentielle. Mai 68 nous avait imposé le relativisme intellectuel et moral. Les héritiers de mai 68 avaient imposé l&#8217;idée que tout se valait, qu&#8217;il n&#8217;y avait donc désormais aucune différence entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid. Ils avaient cherché à faire croire que l&#8217;élève valait le maître, qu&#8217;il ne fallait pas mettre de note pour ne pas traumatiser les mauvais élèves, qu&#8217;il ne fallait surtout pas de classement. La victime comptait moins que le délinquant. Ils avaient cherché à faire croire qu&#8217;il ne pouvait exister aucune hiérarchie des valeurs. Il n&#8217;y avait d&#8217;ailleurs plus de valeurs, plus de hiérarchie, ils avaient réussi, il n&#8217;y avait plus rien du tout, et eux-mêmes, ce n&#8217;était pas grand-chose&#8230; Ils avaient proclamé que tout était permis, que l&#8217;autorité c&#8217;était fini, que la politesse c&#8217;était fini, que le respect c&#8217;était fini, qu&#8217;il n&#8217;y avait plus rien de grand, plus rien de sacré, plus rien d&#8217;admirable, plus de règle, plus de norme, plus d&#8217;interdit. Beau résultat en vérité</em> »<a name="sdfootnote2anc" href="#sdfootnote2sym"></a><sup>2</sup>.</p>
<p align="JUSTIFY">La période d’émancipation post-1970, en l’occurrence époque d’affranchissement des peuples colonisés, mais aussi, époque d’émancipation des femmes, mais encore, époque d’émancipation des subcultures sociales de genre et des pratiques homosexuelles, implique un retour de flamme contre chacune de ses identités sociales revendiquées. Les conservateurs exigent que l’on se préoccupe d’eux, sous-entendue la majorité silencieuse, pour obtenir la reconnaissance et les avantages dont les minorités bénéficient. La société intégrée devient une société fragmentée, ou en d’autres termes, la répartition de la visibilité sociale et la relativité des totems normatifs transforment les dominants en catégorie consciemment contingente. De ce contexte nouveau, toutes les formes de réaction, légitimes ou pas, convergent vers le même horizon de renouvellement par le retour sociopolitique en arrière.</p>
<p align="JUSTIFY">On pourrait ainsi établir une filiation qui irait de Marine Le Pen à Christine Boutin, des parlementaires de la droite populaire de l’UMP à l’« ordre juste » de Ségolène Royal, de François Hollande et de sa « crise morale » à la réalisation d’une éthique sociale et politique des partis de la gauche radicale. Il ne s’agit donc pas d’un courant politique exprimé dans un parti ou une quelconque institution sociopolitique, mais plutôt, un fil de tensions des discours traversant toutes les formations. Plus qu’une nouvelle révolution conservatrice, c’est un inconscient conservateur qui fait jour, comme s’enchainant par opposition à la conscience libertaire des années 1960/1970. C’est cela que cristallise Marine Le Pen, non seulement parce qu’elle appartient à une formation politique « pure », pour reprendre ses propres termes, c’est-à-dire vierge de la saleté du gouvernement d’affaires, mais aussi, parce qu’elle veut incarner l’esprit du peuple, cette âme de la nation française. Elle affirme sa posture, car elle représente une des formations qui a répondu directement à la question qui sommeille dans cet inconscient conservateur : qui est l’ennemi ? En articulant sa doctrine virile contre le libéralisme et la figure de l’étranger, du dedans et du dehors, elle retrouve précisément les mécanismes idéologiques de la révolution conservatrice allemande de l’avant-guerre : la présence étrangère résulte de la mondialisation libérale, elle ne produit rien, elle amène le danger, elle est un corps étranger dans la culture nationale.</p>
<p align="JUSTIFY">Les transformations progressives sous le vocable mystérieux et consensuel de crises ne laissaient que tardivement apparaître la « grande transformation » de la mondialisation. Ainsi, au même moment où les idées allaient vers plus de libertés individuelles, les conditions générales de la production se rabougrissaient dans le contexte concurrentiel mondialisé. Ce chassé-croisé entre des idées socialement libératoires et des faits économiques contraignants aboutissait à ce sentiment partagé par tous : la liberté fournit les armes de notre insécurité. Aussi, entre l’aspiration libertaire des grandes révoltes étudiantes de la fin des années 1960, le choc pétrolier et la durabilité du chômage structurel des années 1970, l’inversion des valeurs socio-économiques sécuritaires sur les valeurs générales de liberté a probablement vu le jour en 1983, lors du tournant de la rigueur de la gauche mitterrandienne, le rêve d’un changement possible s’effondrant avec le gouvernement Fabius et le virage de la rigueur à gauche.</p>
<p align="JUSTIFY">De cette impasse idéologique et économique, la recherche électorale d’une rupture morale vint de l’extrême droite française. Le jeune Front National construit sur les cendres des factions les plus extrêmes des groupuscules radicaux français produit un discours du « tous pourris » contre la classe politique de gouvernement de droite comme de gauche. Le slogan favori du parti frontiste est durant les années 1980 « Mains propres et tête haute ». La doxa n’est pas encore totalement antimondialiste, Jean-Marie Le Pen n’hésitant pas à se laisser séduire par les principes des montages économiques et sociaux de Ronald Reagan et de Margareth Thatcher, entre liberté et répression<a name="sdfootnote3anc" href="#sdfootnote3sym"></a><sup>3</sup>.</p>
<p align="JUSTIFY">L’action du FN demeure au cœur de l’univers national un discours antirépublicain parce qu’antiparlementaire, contre les partis politiques jouissant de la gouvernementabilité et ainsi des réseaux de corruption. L’« UMPS », pour reprendre la formule du parti frontiste, devient l’acronyme de la collaboration et de la corruption des partis de gouvernement. Marine Le Pen, en prenant la succession de son père, et en réorientant le vieux parti d’extrême droite, en jeune formation populaire, républicaine et nationaliste, utilise le même argumentaire pour le redéployer dans son discours droitier et réactionnaire. « On se demande si on est encore dans la République tout court ! (…) Je ne peux manquer de rappeler l&#8217;impératif de service pour l&#8217;imposer à l&#8217;impératif de jouissance ». « C&#8217;est à une double crise que nous devons immédiatement apporter des solutions. Une crise économique, financière et sociale et une crise de la morale publique et donc de la politique. La deuxième ayant à l&#8217;évidence précipité la première »<a name="sdfootnote4anc" href="#sdfootnote4sym"></a><sup>4</sup>. Ainsi, quand elle affirme que « la préférence nationale est une discrimination légale et morale »<a name="sdfootnote5anc" href="#sdfootnote5sym"></a><sup>5</sup>, elle utilise le registre juridique et éthique républicain antidiscriminatoire pour justifier son altérophobie et l’intégrer ainsi à un corpus idéologique préexistant. De même, quand Jeannette Bougrahb est nommée Présidente de la Halde et augmente substantiellement son traitement, Marine Le Pen s’écrie alors : « Ces responsables politiques sont les symptômes d’un système en faillite morale. (…) (je) considère enfin que cette affaire confirme la nécessité de supprimer la Halde, une officine antirépublicaine qui promeut partout, grâce à un budget public effarant, le communautarisme contre l’égalité et la méritocratie. »<a name="sdfootnote6anc" href="#sdfootnote6sym"></a><sup>6</sup></p>
<p align="JUSTIFY">Le nouveau vernis du Front national « mariniste » prend forme : en s’appuyant sur l’ordre moral, le discours s’appuie sur le vieux Front national, moraliste et conservateur de la société passée, et également sur les bases réactionnaires qui prétendent à un retour de l’ordre antérieur à toutes les formes historiques révolutionnaires (avant 1789, avant 1848, avant 1875, avant 1945, avant 1968) ; par ailleurs, en s’appuyant sur le nouvel ordre moral que le courant mariniste tente de construire, il s’agit de déployer un discours conforme à la réalité républicaine, autoritaire et méritocratique, qui instille une superposition des valeurs nationales de la République que le parti frontiste tente désormais de relancer pour son compte, et ainsi, de l’opposer à la droite et à la gauche de gouvernement qui représente la déliquescence libérale et mondialiste de la démocratie. Quelque part s’érige une nouvelle opposition entre une République nationale et une démocratie cosmopolite : l’articulation de cette opposition réside dans les positions altérophobes que le nouveau Front national hérite autant du Lepénisme d’extrême droite que d’une tradition française du nationalisme républicain. La morale républicaine est digérée et se tourne contre la classe politique corrompue et contre les autres, étrangers musulmans, selon les propriétés intégrées des éléments de langage déplaçant les qualifications du discours, mais pas réellement le sens du discours du Front national. La seule véritable nouveauté est que désormais la position mariniste met en porte à faux les postures et les discours républicains égalitaires, soit essentiellement une grande part des montages politiques de la gauche française<a name="sdfootnote7anc" href="#sdfootnote7sym"></a><sup>7</sup>.</p>
<p align="JUSTIFY">Le Front National s’est transformé en organisation équivoque. Il s’agit d’une officine dont la devanture est clairement celle d’un parti républicain, et dont le fonds de commerce est celui de la droite extrême et de l’extrême droite traditionnelle. Il n’y a pas plus de contradiction à ce phénomène qu’il n’y en a dans la présence de la Droite populaire au sein de l’UMP. Le point de jointure est d’ailleurs le même entre les protagonistes d’un côté des nationalistes de la droite extrême et de l’autre versant de la droite nationale et populaire. Ce point est celui qui permet aux républicains de droite de déterminer la nature historique de la société nationale, et qui s’oppose fondamentalement à la conception républicaine de la gauche. Chez les premiers, la nation est fermée, par opposition aux seconds, qui pétrit de l’universalisme révolutionnaire, la pense comme ouverte. Marine Le Pen ne déroge pas à cette typologie. Elle l’exprime clairement : « Lorsqu’il n’y a ni communauté d’histoire, ni destin partagé, mais simplement le désir de piller l’oasis, d’abaisser la population autochtone en niant son identité, on prend le risque de dépasser la guerre civile froide et de mettre en jeu la paix civile », déclarait-elle le 4 novembre 2009<a name="sdfootnote8anc" href="#sdfootnote8sym"></a><sup>8</sup>.</p>
<p align="JUSTIFY">La communauté historique est ainsi menacée par les barbares (dont on aura compris, qu’en tant que « peuples du désert », qu’ils sont arabo-africains), non parce qu’ils sont des barbares, mais parce que leur barbarie n’est pas nôtre. Cette position est d’autant plus frappante, qu&#8217;en l’occurrence le discours dont il est question présente les conditions marinistes de la nation sous le couvert linguistique de l’inversion. Nous serions ces barbares vivant dans notre oasis menacée par l’invasion d’autres barbares. Subtiles arguties que de déployer l’excuse dans une affirmation dont on sait qu’elle sera contestée, mais surtout subtile inversion de la valeur qui neutralise la possibilité d’une condamnation éthique du jugement racial ou ethnoracial. Si le parti frontiste semble se républicaniser, il procède toujours du même intérêt politique de jouer sur les ressentiments des exclus menacés dans leur identité communautaire. Cette politique n’est pas celle de la raison. C’est celle qui joue de l’affect des volontés des vaincus de l’économie politique. En ce sens, la République mariniste apparaît non seulement comme protectrice, mais surtout comme l’instance de la vengeance face à l’injustice du monde. Sa morale est bien celle des faibles comme seul cœur axiologique de sa politique d’enfermement.</p>
<h1 align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong>Notes</strong></span></h1>
<div id="sdfootnote1">
<p style="text-align:justify;"><a name="sdfootnote1sym" href="#sdfootnote1anc"></a>1Lire <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2009/08/24/stephane-francoisqu’est-ce-que-la-revolution-conservatrice/">Stéphane François, «&nbsp;Qu&#8217;est ce que la Révolution conservatrice ?&nbsp;», </a><a href="http://tempspresents.wordpress.com/2009/08/24/stephane-francoisqu’est-ce-que-la-revolution-conservatrice/"><em>Fragments sur les Temps Présents</em></a><a href="http://tempspresents.wordpress.com/2009/08/24/stephane-francoisqu’est-ce-que-la-revolution-conservatrice/">, 24 août 2009.</a></p>
</div>
<div id="sdfootnote2" style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a name="sdfootnote2sym" href="#sdfootnote2anc"></a>2<span style="color:#333333;">Discours de Bercy, 29 avril 2007.</span></p>
</div>
<div id="sdfootnote3" style="text-align:justify;">
<p><a name="sdfootnote3sym" href="#sdfootnote3anc"></a>3Lire <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/07/22/olivier-dard-fn-liberalisme/">Olivier Dard, «&nbsp;Un discours radicalement antilibéral&nbsp;»,<em>Le Monde</em>, 14 janvier 2011</a></p>
</div>
<div id="sdfootnote4" style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY">4 «&nbsp;Marine Le Pen se pose en avocate de la &#8220;morale publique&#8221;, <em>Le Monde</em>, 17 septembre 2011,</p>
</div>
<div id="sdfootnote5" style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a name="sdfootnote5sym" href="#sdfootnote5anc"></a>5<span style="color:#333333;">Invitée de l’émission « Sans Transition » sur Radio Orient en 2011.</span></p>
</div>
<div id="sdfootnote6" style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a name="sdfootnote6sym" href="#sdfootnote6anc"></a>6<span style="color:#333333;">Communiqué de Presse de Marine Le Pen, Vice-présidente exécutive du FN.</span></p>
</div>
<div id="sdfootnote7" style="text-align:justify;">
<p><a name="sdfootnote7sym" href="#sdfootnote7anc"></a>7<em>Cf</em>. Nicolas Lebourg, <span style="color:#000000;">« La Diffusion des péjorations communautaires après 1945. Les Nouvelles altérophobies », <em>Revue d’Éthique et de théologie morale</em>, n°267, décembre 2011, pp, 35-58&nbsp;</span>; <em>idem</em>, <a href="http://tempsreel.nouvelobs.com/election-presidentielle-2012/20111212.OBS6542/front-national-le-parti-de-la-revolution-francaise.html">«&nbsp;Front National&nbsp;: le parti de la révolution française&nbsp;?&nbsp;», NouvelObs;com, 12 décembre 2011</a>.</p>
</div>
<div id="sdfootnote8">
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><a name="sdfootnote8sym" href="#sdfootnote8anc"></a>8Pour une République vraiment française, allocution du 4 novembre 2009.</p>
</div>
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	</item>
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		<title>Populismes d&#8217;Europe et juifs européens</title>
		<link>http://tempspresents.wordpress.com/2011/12/19/populismes-deurope-et-juifs-europeens/</link>
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		<pubDate>Mon, 19 Dec 2011 20:47:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jeanyvescamus</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sociologie et sciences politiques]]></category>
		<category><![CDATA[Antisémitisme]]></category>
		<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême droite]]></category>
		<category><![CDATA[Marchandisation]]></category>
		<category><![CDATA[République]]></category>
		<category><![CDATA[Religion]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Jean-Yves Camus Quelle attitude les juifs d’Europe doivent-ils avoir face à la montée des populismes ? Je ne peux répondre à cette interrogation sans dire au préalable ma conviction que les juifs ne doivent pas se dire « d’Europe &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/12/19/populismes-deurope-et-juifs-europeens/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=3039&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/12/enlevement-d-europe-par-titien-1525.jpg"><img class="alignleft  wp-image-3041" title="Enlevement d' Europe par Titien [1525]" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/12/enlevement-d-europe-par-titien-1525.jpg?w=198&#038;h=172" alt="" width="198" height="172" /></a>Par Jean-Yves Camus</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;">Quelle attitude les juifs d’Europe doivent-ils avoir face à la montée des populismes ? Je ne peux répondre à cette interrogation sans dire au préalable ma conviction que les juifs ne doivent pas se dire « d’Europe », simple constat d’un lieu peut-être temporaire de résidence, mais « européens », c’est à dire de culture, de tradition et de civilisation européennes, par choix pour certains, par héritage pour d’autres. Le juif européen ne doit pas se définir par rapport à l’objet sans contenu culturel qui s’intitule « Union européenne ». Il ne doit pas davantage porter les pseudo- valeurs de cette imposture que le national- populisme occidentaliste nomme « judéo-christianisme ». L’Europe des juifs est plutôt l’espace géographique et civilisationnel dans lequel ils sont présents depuis au moins 1000 ans et qui a structuré leur univers mental. Il faut articuler cet ancrage européen avec l’affirmation que notre façon d’être et notre manière de penser sont évidemment républicaines mais aussi proprement, entièrement françaises. Donc que nous sommes aussi le peuple.<span id="more-3039"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Le terme « populisme », qui nous concerne donc tous, est une catégorie trompeuse, utilisée tellement à tort et à travers qu’elle n’a pas de pertinence et d’ailleurs pas de définition scientifique satisfaisante. Elle sert de paravent : tout le monde comprend qu’on me demande de parler aujourd’hui de l’extrême- droite, qu’elle soit traditionnelle (NPD allemand), en voie de mutation, (FN français) ou droite radicale occidentaliste anti-musulmane (Geert Wilders). Il faut craindre ces extrémismes- là non seulement parce qu’ils seraient antisémites ou pourraient le devenir, mais parce qu’ils veulent abolir la démocratie représentative au profit de la démocratie directe, qui signifie la dictature de l’opinion, la versatilité des passions donc le gouvernement à courte vue et le primat des affects sur le dessein politique.</p>
<p style="text-align:justify;">L’usage inconsidéré et disqualifiant du mot « populiste » sert désormais à délégitimer toute manifestation de la volonté des peuples d’être dirigés par des gouvernements élus et d’orienter librement leur avenir. Or quand les gouvernements agissent de la sorte et évacuent le peuple, ils font courir aux juifs deux dangers aussi grands que le populisme. D’abord celui d’une réaction contre les « élites » dont les juifs peuvent être désignés comme le noyau dirigeant, le « centre secret ». Ensuite celui qui résulte d’une perte de substance de l’Etat, qui se produit lorsque celui-ci cesse d’exercer sa fonction de puissance. Quand un gouvernement pose le postulat qu’on ne peut que gérer et non changer la réalité, l’Etat cesse de faire de la politique. Cependant celle-ci ne disparaît pas, parce que c’est la politique qui fait l’Etat et non l’inverse: elle migre simplement ailleurs et ce sont des pouvoirs non- étatiques qui la prennent en charge. Situation néfaste pour les juifs parce que l’Etat politique est seul à pouvoir les protéger et les inclure alors que, mis en compétition avec des acteurs non- étatiques dans une jungle qui échappe à l’exercice par l’Etat de sa puissance, ils sont livrés à la concurrence sans loi des communautés, des égoïsmes économiques ou même des instances internationales qui disent le droit à la place des Nations.</p>
<p style="text-align:justify;">Les juifs en tant que citoyens sont évidemment libres de leurs choix militants et électoraux. Certains appartiennent à des formations d’extrême- droite, rien n’est nouveau en ce domaine et rien ne changera. Ceux qui suivent cette voie se réclament le plus souvent de la droite mais l’hédonisme post- moderne de Wilders et des partis xénophobes scandinaves est-il vraiment de droite ? Et vraiment conforme aux enseignements du judaïsme ? La théorie du choc des civilisations défend-elle les valeurs de la droite et les intérêts des juifs contre l’islamisme, ou est-elle le vecteur de la suprématie américaine sur un monde globalisé, indifférencié, n’obéissant qu’à la technique et au marché ? Pour conclure, le plus problématique pour les juifs n’est-il pas le caractère radicalement moderne des populismes d’extrême- droite, au sens où ceux-ci étant le produit d’un monde où la Tradition, la transcendance et la Loi ne forment plus les mentalités, le fait juif ne lui est pas compréhensible ?</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Contribution de Jean-Yves Camus à la journée &#8220;Demain, les juifs de France&#8221; du CRIF, 20 novembre 2011.</strong></span></p>
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			<media:title type="html">Enlevement d&#039; Europe par Titien [1525]</media:title>
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		<title>Le Néo-nazisme allemand aujourd&#8217;hui</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Dec 2011 21:02:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>stephanefrancois</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien(s)]]></category>
		<category><![CDATA[Sociologie et sciences politiques]]></category>
		<category><![CDATA[Antisémitisme]]></category>
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		<description><![CDATA[Propos de Stéphane François recueillis par Annick Berger, rapportés dans le Jérusalem Post, édition française, 6-12 décembre 2011, p.18 Que qualifie-t-on aujourd’hui d’idéologie néonazie ? Stéphane François : Le néonazisme doit être vu comme une résurgence de l’idéologie nationale-socialiste après 1945, &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/12/13/stephane-francois-neo-nazisme-allemand-aujourdhui/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=3023&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/12/art-spiegelman.jpg"><img class="alignleft  wp-image-3025" title="Croquis d'Art Spiegelman [galerie Martel]" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/12/art-spiegelman.jpg?w=172&#038;h=210" alt="" width="172" height="210" /></a></strong><strong>Propos de Stéphane François recueillis par Annick Berger, rapportés dans le <em>Jérusalem Post</em>, édition française, 6-12 décembre 2011, p.18</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Que qualifie-t-on aujourd’hui d’idéologie néonazie ?</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Le néonazisme doit être vu comme une résurgence de l’idéologie nationale-socialiste après 1945, dans une version moins conceptualisée, moins réfléchie. La référence à Hitler et au III<sup>ème</sup> Reich y sont omniprésentes. Il fait la promotion de la défense de la race « blanche », et non plus comme durant la guerre de la seule composante nordique, même si elle reste très prégnante. Nous trouvons fréquemment les tags suivants<span id="more-3023"></span> dans les zones où se trouvent des néonazis : « mort aux youpins » ; « mort aux négros » ; « mort aux arabes », « mort aux bougnoules » ; « tonton Hitler » ; « vive l’holocauste », « white power », « SS », « HH », etc. Le néonazisme est violemment homophobe, raciste et antisémite, et parfois négationniste. Je dis parfois car nous pouvons nous retrouver devant deux possibilités : soit la Shoah est reconnue et revendiquée (avec en plus souvent des propos du type : « on n’en a pas brulé assez », ou autres discours explicites de ce type), soit la Shoah est niée, et nous nous trouvons face à un discours négationniste (« les chambres à gaz n’ont pas existé »). Sociologiquement, les néonazis sont plutôt issus de milieux populaires, en déshérence et ont un niveau scolaire assez bas.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Quelle différence entre fascisme et néonazisme ?</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Pour faire simple, nous pouvons dire que le néonazisme, c’est le fascisme plus l’antisémitisme et le racisme. Même, plus précisément, nous pouvons dire que le nazisme (que les néonazis reprennent), c’est la conception fasciste de l’Etat plus la « vision du monde » nazie : antisémitisme, impérialisme racial, supériorité de la « race blanche », etc. Historiquement, il y a eu un fascisme générique, c’est-à-dire qu’il y a eu plusieurs expériences fascistes, adaptées aux contextes nationaux (notamment en Italie et en Hongrie), mais une seule expérience nazie, en Allemagne. Les mouvements des autres pays ont calqué et accepté cette vision du monde. Evidemment, cette acception peut être discutée. Elle l’est d’ailleurs dans les milieux universitaires. Pour résumer, le nazisme et son rejeton le néonazisme sont des racialismes violents. Déjà le distinguo avait été fait en 1934 par le juriste nazi Carl Schmitt. Après une rencontre avec Mussolini, il a pu écrire que le fascisme se distingue du nazisme sur deux points : « le primat de l’Etat sur le parti » et « l’absence du problème de la race ».</span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>L’idéologie néonazie est-elle toujours centrée sur les thèmes dominants du nazisme : antisémitisme, homophobie, notion de supériorité de race ?</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Oui. Elle l’est toujours. Le tout est toujours enrobé dans un discours ultra-violent.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><strong>Observe-t-on une augmentation des mouvements néonazis en Allemagne ? Si oui depuis quand ?</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Oui, les mouvements néonazis ont augmenté en Allemagne. Leur apparition est datable : entre la chute de l’URSS et le début de la réunification allemande. Elle est liée au décalage entre la l’opulence Ouest-Allemande et la situation économique désastreuse dans les Lands de l’ex Allemagne de l’Est : les meurtres racistes et les attentats xénophobes qui se sont multipliés dans l’ex-Allemagne de l’Est à cette période trouvaient leur origine dans le profond choc provoqué par la réunification, par la mise au grand jour du décalage entre l’opulence de l’Ouest et l’effondrement de l’économie de l’Est. Une petite frange de laissés pour compte issue des milieux défavorisés s’est alors lancée dans une dérive raciste, en s’en prenant notamment aux immigrés turcs et aux foyers de travailleurs immigrés, en particulier africains, installés en RDA à l’époque communiste. On retrouve un schéma similaire dans le Nord et l’Est de la France en pleine désindustrialisation, sans toutefois la violence meurtrière présente en ex RDA. Le néonazisme apparaît donc plutôt dans les régions fortement industrialisées, qui voient le déclassement et la paupérisation d’une classe populaire blanche. Ceci dit, des mouvements apparaissent aussi dans des zones rurales, par exemple aux États-Unis.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Comment expliquer cette recrudescence d’idée de « haine » de l’autre ?</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Le contexte économique joue un rôle très important dans la recrudescence de mouvements néonazis, que ce soit en Allemagne ou dans d’autres pays. Ils réapparaissent dans les périodes de crises économiques profondes : l’Angleterre des années 1970, l’Allemagne de l’Est des années 1990, la Russie de la même période… Il s’agit d’une idéologie du ressentiment, qui n’existe que par la volonté de se créer un bouc émissaire : les Juifs dans l’Allemagne des 1930, les populations de couleurs à partir des années 1970 (en plus des Juifs). Le néonazi est un homme de violence qui n’existe que dans l’affrontement à l’autre : c’est la notion de lutte, de combat qui retient toute l’attention de ce genre de personne. L’opposition violente à tout adversaire (individu ou groupe) le caractérise. L’antagonisme, le conflit sont les lieux par excellence qui le définissent. En outre, Ces personnes, ne sentant pas leurs revendications sociales prises en compte par les politiques, ont investi le champ idéologique identitaire/raciste comme une thématique de compensation. C’est ce que j’appelle le « socialisme de ressentiment » : la « race » a remplacé dans leur discours, la « classe ».</span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Et comment expliquer le retour d’un tel phénomène en Allemagne, pays d’Hitler et de la Shoah ?</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Il y a plusieurs raisons, comme la résurgence dès l’après-guerre de formations nazies, devenues « néo ». En outre, il y a toujours eu des nostalgiques du régime national-socialiste en Allemagne, ainsi que des personnes ayant une vision raciale du monde et qui continuera de se manifester dans le racisme et l’antisémitisme. Enfin, le nazisme n’a pas été chassé partout de la même façon : dans certains pays, comme les États-Unis, il a été très peu pourchassé au nom de la liberté d’expression. Et je ne parle même pas des groupes existants en Amérique Latine, ou des nazis réfugiés dans différents pays du Proche Orient… et qui sont entrés en contact avec les nazis allemands qui ont réussi à passer entre les mailles de la dénazification…</span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Cette montée de l’extrémisme est-elle symptomatique du climat de peur de l’autre qui s’impose peu à peu dans nos sociétés modernes ?</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Oui, je le pense. La peur de l’autre se développe dans tous les pays occidentaux. Seulement, parfois le bouc émissaire change : certains partis/groupuscules extrémistes de droite ont abandonné l’antisémitisme (du moins officiellement, donc de façon stratégique) pour le remplacer par une haine des musulmans, surfant ainsi sur la peur des islamistes, qui, en tant qu’expression d’une vision du monde intolérante, sont à combattre.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La crise actuelle est-elle un vecteur de la montée de cet extrémisme, notamment en Allemagne, impliquant un repli sur soi ?</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Il ya un lien très net avec les ravages de la mondialisation. De façon générale, les périodes de crise, et les situations de détresse sociale qui en découlent, favorisent le repli et les discours identitaires, en particulier dans la dérive radicale de certains groupuscules. En France par exemple, la montée en puissance de l’extrême droite commence avec la crise de 1973. On retrouve un schéma similaire en Grande-Bretagne à la même époque, ainsi qu’en Russie dans les années 1990, comme je l’ai dit ci-dessus. La peur de l’avenir entraîne la peur de l’autre, la volonté de revenir à une société fermée, pour reprendre l’expression de Poppers.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Comment œuvrent aujourd’hui ces groupes ? Et qui visent-ils ?</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : La stratégie de ces groupes relève de l’amateurisme et de la pulsion. Il n’y a pas, comme l’ont suggéré des articles allemands, de « Brigades Brunes » (calquées sur les Brigades Rouges des années 1970). Il s’agit, simplement, mais c’est déjà beaucoup, de passages à l’acte, très violents, puisqu’il y a eu des morts, d’individus (et non de groupes). Pour rester dans le cas allemand qui vient de défrayer la chronique, le passage à l’acte visait des personnes issues des minorités de couleurs. Ceci dit, la violence antisémite n’a pas disparue. Elle se manifeste plus actuellement par des violences aux personnes, des tags sur les synagogues et des destructions de tombes. Cependant des affaires de l’ampleur de l’affaire de Carpentras, pour prendre cette fois un exemple français, ont plutôt tendance à disparaître.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>La découverte du groupuscule néonazi, <em>Nationalsozialistischer Untergrund</em>, et les accusations de coopération avec la police révèlent-elles un problème profond de l’Allemagne à gérer le retour de ces idées d’extrême droite ?</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : A mon avis non : la police allemande a toujours eu tendance à infiltrer ces milieux afin de les surveiller. La stratégie des services allemand relève à la fois du cynisme et du réalisme : il vaut maintenir quelques-uns de ces groupes pour en surveiller les membres, plutôt de voir des éléments radicaux jouer les électrons libres, comme cela vient de se passer, et de voir des passages à l’acte.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Comment expliquer le phénomène du village de Jamel en Allemagne totalement contrôlé par un pouvoir proche du néonazisme ?</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Honnêtement, je ne sais pas… Le hameau de Jamel est un cas intéressant. Je ne peux émettre qu’une hypothèse : la volonté de la part de Krüger et de ses amis de créer une sorte de communauté blanche, un entre-soi loin, comme le font les séparatistes blancs américains. Ce n’est pas impossible. Elle est même plutôt probable puisque, de mémoire, Krüger et ses amis parle du hameau comme étant une « zone nationale libérée ». La question est « Libérée de quoi ?, de qui ? » La réponse est évidente. Nous retrouvons la volonté d’être « entre soi », c’est-à-dire entre « blancs ».</span></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Pourrait-on envisager l’interdiction du NPD en Allemagne, parti connu pour ses affiliations avec le monde néonazi ?</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Non, je ne le pense pas. Le NDP est un vieux parti d’extrême droite, né en 1964, qui a, jusqu’à présent, réussi à exister. Comme il s’est institutionnalisé depuis quelques années, il serait très dur de l’interdire. Il ne faut pas oublier que différentes institutions allemandes ont tenté de l’interdire. En vain : la décision a été rejetée en 2002 par la Cour constitutionnelle allemande.</span></p>
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		<title>Parution : Se battre pour ses idées</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Dec 2011 20:24:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>tempspresents</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
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		<category><![CDATA[Extrême droite]]></category>
		<category><![CDATA[Guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Violence]]></category>

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		<description><![CDATA[Se battre pour ses idées. La violence militante en France des années 1920 aux années 1970, Michel Audigier et Pascal Girard dir., Riveneuve, Paris, 2011, 246p. Présentation de l&#8217;éditeur : Même si on excepte l’Occupation, l’histoire de France au XXe siècle reste jalonnée &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/12/13/parution-se-battre-pour-ses-idees/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=3016&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><em><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/12/athenes-fevrier-2011-source-inconnue.jpg"><img class="alignleft  wp-image-3017" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/12/athenes-fevrier-2011-source-inconnue.jpg?w=210&#038;h=149" alt="" width="210" height="149" /></a>Se battre pour ses idées. </em><em>La violence militante en France des années 1920 aux années 1970</em>, Michel Audigier et Pascal Girard dir., Riveneuve, Paris, 2011, 246p.</p>
<p style="text-align:justify;"><em></em><span style="color:#ff0000;"><strong>Présentation de l&#8217;éditeur :</strong></span> Même si on excepte l’Occupation, l’histoire de France au XX<sup>e</sup> siècle reste jalonnée d’épisodes de violence militante parfois spectaculaires qui ont pu avoir de lourdes répercussions sur la vie politique nationale : émeute du 6 février 1934, grèves «insurrectionnelles» de 1947-1948, manifestation Ridgway de 1952, « journée des tomates » du 6 février 1956, soulèvement du 13 mai 1958, massacre de Charonne en 1962 et bien entendu barricades de mai 68.<span id="more-3016"></span> Même si cette tension n’atteint pas les pics révolutionnaires du siècle précédent (du Printemps des Peuples à la Commune), elle est remarquable par son ampleur, sa fréquence et son intensité. Ligueurs des années 30, communistes et gaullistes de la Guerre froide, poujadistes, nationalistes OAS puis gauchistes, beaucoup se sont « battus pour leurs idées » au sens propre de l’expression, c’est-à-dire à coup de poings, de cannes-épées et de matraques, voir de grenades et de revolvers. Le terme « militant » n’est-il d’ailleurs pas issu du vocable latin « milites » qui renvoie au soldat ? La politique semble bien parfois être le prolongement de la guerre par d’autres moyens…</p>
<p style="text-align:justify;">Pour autant, en France, si la violence constitue un objet d’étude déjà bien défriché par les politologues, le thème est encore peu exploré en histoire politique. D’où l’intérêt de cet ouvrage collectif qui fait le point sur ce sujet passionnant au travers d’études de cas originales. L’enquête aborde tous les acteurs de cette violence (militants, service d’ordre, policiers) et pose la question des raisons et origines d’un tel niveau de radicalité (modèle révolutionnaire hérité, brutalisation des sociétés par la violence de guerre, influence d’un cadre de propagande archaïque et accidentogène). On y découvre que ce phénomène a été non seulement plus important et persistant qu’on le pense (débordant les seules formations extrémistes) mais qu’il a été aussi longtemps valorisé par les états-majors de parti et l’opinion considérant la violence comme la forme ultime de l’engagement et de la conviction politique. Il est certain que le lent reflux de cette tension autant physique que verbale, entre les années 1920 et les années 1970, constitue une des formes de la modernisation de la vie politique française.</p>
<h2 style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Table des matières :</strong></span></h2>
<p style="text-align:justify;">François Audigier et Pascal Girard &#8211; Introduction<br />
Sylvain Boulouque &#8211; Les cadres communistes et la violence : expériences de formation et pratique politique (1920-1939)<br />
Jean Philippet &#8211; Maurras et les maurrassiens ou la violence considérée comme l’un des beaux-arts<br />
Jean Philippet -<em>Ultima ratio regi</em>s la « Cagoule » : un mouvement terroriste d’extrême droite<br />
Aude Chamouard &#8211; Les maires socialistes face aux violences militantes l’exemple de Toulouse (1919-1939)<br />
Gilles Morin &#8211; Lorsque les ligues sont victimes des violences de la gauche : les incidents de la salle Franklin, à Bordeaux, le 7 décembre 1931<br />
Pascal Girard &#8211; La violence militante communiste à l’apogée de la guerre froide, 1947-1953<br />
Anne-Laure Ollivier &#8211; Violences socialistes à Marseille entre guerre froide et décolonisation<br />
Nathalie Pistre &#8211; Les poujadistes et la violence politique<br />
Édouard Lynch &#8211; La violence paysanne : entre construction identitaire et réalité militante (1930-1970)<br />
François Audigier &#8211; Évolution de la violence militante en France de 1958 à 1967 et gestion partidaire de cette violence, le cas gaulliste<br />
Olivier Dard -La violence des activistes en Algérie (1955-1962)<br />
Alexis Vrignon -Écologie, lutte antinucléaire et rapport à la violence dans les années 70<br />
Jean El Gammal -Violence verbale et champ politique des années 1920 aux années 1960<br />
Olivier Dard &#8211; Conclusions</p>
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		<title>Le Front National et les harkis. De l’Algérie française à Marine Le Pen</title>
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		<pubDate>Sun, 27 Nov 2011 22:52:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>abderahmenmoumen</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
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		<description><![CDATA[Par Abderahmen Moumen « J’ai toute ma place aux côtés des harkis ». C’est par ces mots que Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du Front national, a justifié sa venue au Mas Thibert, dans la commune d’Arles, lors de la journée d’hommage &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/11/28/abderahmen-moumen-front-national-harkis-algerie-francaise-marine-le-pen/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2998&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/11/baiser-magritte.jpg"><img class="alignleft  wp-image-2999" title="baiser magritte" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/11/baiser-magritte.jpg?w=234&#038;h=169" alt="" width="234" height="169" /></a>Par Abderahmen Moumen</span></strong></p>
<p align="JUSTIFY">« J’ai toute ma place aux côtés des harkis ». C’est par ces mots que Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du Front national, a justifié sa venue au Mas Thibert, dans la commune d’Arles, lors de la journée d’hommage aux harkis le dimanche 25 septembre 2011. Une « visite » largement médiatisée et qui a suscité nombre de commentaires sur les connexions qui existeraient entre le Front national et le groupe social harkis, et par extension sur d’autres populations en provenance d’Algérie comme les pieds-noirs<sup><a href="#sdfootnote1sym"><sup>1</sup></a></sup>. Il nous faut revenir aux origines même du groupe social harkis durant la guerre d’Algérie et à l’année 1962 pour comprendre que le discours à leur endroit n’est que le droit fil de cette période, avec en particulier l’épisode de l’OAS.<span id="more-2998"></span> Dès la constitution du Front national en 1972, ce parti s’approprie un discours Algérie française dans lequel la thématique « harkis » est bien entendu intégrée. Enfin, ce discours omniprésent, et réactivé à la veille des échéances électorales, doit cependant être relativisé quant à ces résultats lors des scrutins : « algérophobie » et islamophobie constituent en cela les freins tangibles à une adhésion significative à ce parti.</p>
<h1 style="text-align:left;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;">Les harkis, parangons de l’Algérie française et soutien de l’OAS ?</span></h1>
<p align="JUSTIFY">Durant les « évènements » ou les « opérations de maintien de l’ordre », terme alors employé pour désigné la guerre d’indépendance algérienne, toute une partie de la droite française prend fait et cause dans le combat pour le maintien de l’Algérie française : le Centre National des Indépendants et Paysans (CNIP), l’Union pour la Nouvelle République (UNR)<sup><a href="#sdfootnote2sym"><sup>2</sup></a></sup> et poujadistes, mouvements royalistes comme la Restauration nationale… Déjà, un certain Jean-Marie Le Pen, plus jeune député poujadiste élu en 1956, fait parler de lui en abandonnant son mandat et en s’engageant dans l’armée pour servir en Égypte puis en Algérie. Il aurait ensuite perdu l’usage de son œil gauche en défendant Ahmed Djebbour victime d’un attentat du FLN, qui se présentait à la députation à Paris en 1958, tous deux membres du Front national des combattants. Une anecdote qui parcourra sa vie politique et qu’il entretiendra pour démontrer sa proximité avec les « musulmans », partisans de l’Algérie française.</p>
<p align="JUSTIFY">Durant cette période, les « musulmans » se situant pour des raisons diverses aux côtés de l’État français ou de l’armée française<sup><a href="#sdfootnote3sym"><sup>3</sup></a></sup> sont mis en avant pour justifier le combat pour le maintien de l’Algérie française, même si en réalité les facteurs d’engagement ou d’enrôlement sont largement hétérogènes<sup><a href="#sdfootnote4sym"><sup>4</sup></a></sup>. Les harkis, terme générique, sont ceux qui sont progressivement désignés comme les parangons de cet idéal.</p>
<p align="JUSTIFY">Mais, c’est avec l’épisode de l’Organisation armée secrète (OAS) en 1961<sup><a href="#sdfootnote5sym"><sup>5</sup></a></sup>, que le lien avec les harkis sera par la suite encore plus entretenu, plus particulièrement avec certains responsables et membres de l’organisation qui rejoindront le Front national lors de sa constitution comme Pierre Sergent<sup><a href="#sdfootnote6sym"><sup>6</sup></a></sup>, responsable de la branche métropolitaine de l’OAS, l’OAS-Métro ou « Mission II ». L’OAS reprend à son compte l’idée, d’ailleurs constamment utilisée par le 5<sup>e</sup> bureau de l’action psychologique, service de propagande de l’armée française durant la guerre d’Algérie, selon laquelle la majorité des « musulmans » souhaitent demeurer au sein d’une Algérie française. Les harkis, ces hommes qui se seraient volontairement levés pour combattre hors-la-loi (HLL), rebelles et autres bandits, devenant par la même les apôtres de ce combat.</p>
<p align="JUSTIFY">Ainsi, trois épisodes jalonnent l’histoire de l’OAS en faveur du maintien de l’Algérie française, et durant lesquels les harkis sont, bien malgré eux, insérés : la constitution d’un maquis OAS dans l’Ouarsenis (au sud-ouest d’Alger), le procès des auteurs de la tentative d’assassinat du général de Gaulle et enfin l’arrivée des harkis en France, sur fond de surenchère médiatique sur les liens supposés entre harkis et OAS.</p>
<p align="JUSTIFY">Après les Accords d’Evian, les pouvoirs publics sont ainsi dans la crainte de voir les anciens supplétifs rejoindre en masse les commandos de l’Organisation armée secrète (OAS) qui ensanglantent l’Algérie par ses attentats. Ceux-ci — constitués d’Européens d’Algérie radicalisés et jusqu’au-boutistes, de militaires refusant la substitution d’une défaite politique à leur victoire militaire et des militants d’extrême droite — refusent la politique d’autodétermination menée par le général de Gaulle et qui doit aboutir à l’indépendance de l’Algérie. La région de l’Ouarsenis est choisie pour créer ce que Raoul Salan, un des chefs OAS, appelait des zones insurrectionnelles dans les campagnes. Cette opération est aujourd’hui connue sous le nom de « l’affaire Gardes », du nom du colonel Jean Gardes, ancien chef du service d’action psychologique et ami du Bachaga Boualam, figure emblématique de l’Algérie française<sup><a href="#sdfootnote7sym"><sup>7</sup></a></sup>. Il prévoyait ainsi que le Bachaga lève 5.000 harkis sous deux conditions : que plusieurs unités militaires se joignent à la dissidence et que le sang ne coule pas. Le Bachaga délègue son fils aîné, Mohamed Boualam, pour guider le colonel Gardes. Cependant, après un succès éphémère avec la prise de la cote 505 dans l’Ouarsenis, le maquis OAS, composé essentiellement d’Européens d’Algérie qui n’ont jamais connu le djebel, est rapidement mis hors d’état de nuire par l’armée française et les troupes de l’ALN, malgré l’aide de harkis du Bachaga qui les renseignent et les hébergent dans leurs douars.</p>
<p align="JUSTIFY">Néanmoins, très rapidement, et voyant la situation s’avérer intenable, Saïd Boualam enlève son soutien aux maquisards de l’OAS et est rapatrié officiellement avec une partie de ses proches. Dans le carnet du colonel Broizat, celui-ci retrace une entrevue avec de jeunes dirigeants de l’OAS, dont deux « musulmans ». Si pour eux l’affaire de l’Ouarsenis était bien lancée, <em>« l’un des jeunes porte cependant une appréciation dure sur le bachaga Boualam qui ne serait plus homme à prendre des risques et préférerait s’installer tranquillement en métropole »</em><sup><a href="#sdfootnote8sym"><sup>8</sup></a></sup>.</p>
<p align="JUSTIFY">A la fin de la guerre d’Algérie, hormis cet épisode du « maquis Gardes », rares ont cependant été les harkis à suivre l’OAS, la majorité souhaitant une reconversion dans l’Algérie indépendante ou se réfugier en France. On retrouve toutefois la trace de quelques algériens de l’armée française, le plus souvent des engagés et non des supplétifs, qui rejoignent l’OAS, comme Nadji Madoui, alias Rémy, dont le parcours est assez atypique. Membre du FLN à 15 ans, accusé de trahison et torturé lors des purges internes de la wilaya 4 (zone de l’Algérois), il réussit à s’enfuir et à rejoindre l’armée française qu’il intègre. En 1962, il déserte et rejoint le maquis OAS de l’Ouarsenis où il est finalement fait prisonnier<sup><a href="#sdfootnote9sym"><sup>9</sup></a></sup>.</p>
<p align="JUSTIFY">Ensuite, lors des procès à l’encontre des responsables et membres de l’OAS, les harkis sont systématiquement cités pour expliquer les facteurs de leur engagement. Ainsi, en est-il du procès le plus emblématique, celui de Jean-Marie Bastien-Thiry, l’organisateur de l’attentat contre le Général de Gaulle au Petit-Clamart, le 22 août 1962, dans le cadre de l’opération Charlotte Corday sous l&#8217;égide de l’OAS-CNR.</p>
<p align="JUSTIFY">Le 2 février, lors de son procès, il évoque des motifs d&#8217;ordre humanitaire pour justifier son action : selon lui, l&#8217;impératif était d&#8217;arrêter les exactions commises à l’encontre des harkis restés fidèles à la France, en totale violation des accords d&#8217;Evian, et dont de Gaulle était, selon lui, directement responsable.</p>
<p style="text-align:right;" align="JUSTIFY"><em>« Cependant, la trahison de l&#8217;actuel pouvoir politique à l&#8217;égard des populations françaises musulmanes est certainement plus infâme encore et ses crimes plus impardonnables. Car il s&#8217;agit d&#8217;hommes et de femmes qui, ayant fait confiance à la parole du chef de l’État, général en uniforme, ayant fait confiance à l&#8217;Armée et à l&#8217;administration française agissant conformément à la politique et aux instructions du gouvernement, s&#8217;étaient, en vertu d&#8217;un choix libre et courageux, rangés à nos côtés, et pour beaucoup d&#8217;entre eux avaient combattu à nos côtés. Parmi ces populations françaises musulmanes, il y a eu la fraction d&#8217;entre elles qui, grâce aux officiers agissant parfois de leur seule initiative et contrairement aux instructions de M. Joxe, ont pu gagner la métropole, abandonnant leurs terres, et sont installées maintenant dans des conditions souvent misérables, parfois en butte aux menaces des agents du FLN. Mais il y a ceux, beaucoup plus nombreux, qui ont été purement et simplement abandonnés à leurs bourreaux et à leurs égorgeurs. La presse, et surtout la radio d’État, a été singulièrement discrète sur l&#8217;ampleur des massacres et des tortures infligés aux Musulmans francophiles qui sont nos frères. Tous ces hommes sont actuellement sous le coup d&#8217;une loi d&#8217;épuration. Dans certaines régions d&#8217;Algérie, tous ces hommes sont morts en prison. Il s&#8217;agit d&#8217;un véritable génocide, perpétré contre des Musulmans qui avaient cru en la France; ce génocide a fait plusieurs dizaines ou centaines de milliers de victimes mises à mort dans des conditions et après des tortures abominables. Ces massacres dépassent de loin en horreur ceux de Katyn, ceux de Budapest, ceux du Katanga, et le caractère monstrueux du dictateur apparaît à son indifférence devant ces indicibles souffrances qui sont pour lui autant de manquements à l&#8217;honneur ».</em></p>
<p align="JUSTIFY">Jugés en tant que simples exécutants, les tireurs du Petit-Clamart furent condamnés à différentes peines de réclusion,mais bénéficièrent en 1968 de la grâce présidentielle. Jean-Marie Bastien-Thiry, Alain de la Tocnaye et Jacques Prévost furent condamnés à mort. Deux des condamnés furent graciés ; seul Bastien-Thiry fut exécuté, fusillé au fort d’Ivry le 11 mars 1963. Son avocat, Jean-Louis Tixier-Vignancourt, sera candidat à la présidence de la république en 1965, et son directeur de campagne ne sera autre que Jean-Marie Le Pen…</p>
<p align="JUSTIFY">Ainsi, en même temps que soumis à une protection particulière de crainte de représailles de la Fédération de France du FLN, les anciens supplétifs réfugiés en France sont suspectés, par les pouvoirs publics, d’une possible collusion voire récupération de la part de l’OAS qui poursuit ses attentats en France, afin d’assassiner ceux qui ont « liquidé » l’Algérie française, de Gaulle en tête, ou de permettre le renversement de son « régime ». Le conseiller d’État, Michel Massenet, en réponse aux craintes du directeur général de la sûreté nationale sur l’utilisation des anciens supplétifs par l’OAS, affirme qu’un encadrement solide des réfugiés est prévu dans les premiers temps de leur installation en France<sup><a href="#sdfootnote10sym"><sup>10</sup></a></sup>.</p>
<p align="JUSTIFY">Les camps de transit et les concentrations de familles d’anciens supplétifs sont ainsi l’objet d’une surveillance singulière. D’ailleurs, la perception des harkis comme de possibles soutiens de l’OAS, poursuivant l’amalgame harki-mercenaire, est relayée par la presse, essentiellement communiste. Ainsi, le journal <em>La Marseillaise</em> évoque, dans son billet du jour « L’affaire des harkis » du 24 mai 1962, <em>« qu’il est en effet probable que parmi les harkis se trouvent un certain nombre d’hommes qui accepteraient facilement de continuer à être des hommes de main de l’OAS ».</em> Pierre Vidal-Naquet, historien et militant des droits de l’homme, dénonce d’ailleurs, dans un article paru dans <em>Le Monde</em>, cet amalgame entre les harkis et l’OAS :</p>
<p style="text-align:right;" align="JUSTIFY"><em>« On a pu concevoir que les </em><em>harkis</em><em> risquaient de devenir une masse de manœuvre entre les mains d’officiers OAS ; cette crainte n’a plus guère de sens aujourd’hui. Et d’ailleurs, il appartient aux Français et aux Algériens de France, notamment aux militants ouvriers, de faire en sorte que cette crainte soit vaine »</em><sup><a href="#sdfootnote11sym"><sup>11</sup></a></sup>.</p>
<h1 style="text-align:left;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;">Les harkis, une clientèle électorale acquise au Front national ?</span></h1>
<p align="JUSTIFY">Avec la création du Front national en 1972, la thématique « Algérie française » est dorénavant partie intégrante du discours frontiste. Tout comme les pieds-noirs, les harkis deviennent une clientèle électorale à séduire. Dans certaines régions, ils constituent un poids électoral non négligeable comme en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), en Languedoc-Roussillon ou dans le Nord-Pas-de-Calais.</p>
<p align="JUSTIFY">Pour l’historien Guy Pervillé, le Front national <em>« est le seul grand parti où ces qualités </em>[de rapatrié, d’ancien activiste ou partisan de l’Algérie française] <em>soient plus un honneur qu’un handicap »</em><sup><sup><a href="#sdfootnote12sym">12</a></sup></sup>. D’anciens acteurs de l’OAS rejoignent d’ailleurs le Front national à l’image de Pierre Sergent qui siège à l’Assemblée nationale de 1986 à 1988. Jean-Jacques Susini se présente aux élections législatives de 1997 à Marseille où il échoue au second tour mais devient conseiller régional en 1998.</p>
<p align="JUSTIFY">Sur ses listes, le FN s’efforce d’arborer des candidats présentés comme issus du groupe social « harkis », mais le plus souvent des rapatriés français musulmans issus de familles de fonctionnaires, de militaires de carrière ou d’anciens élus. Tel est le cas de Soraya Djebbour : Jean-Marie Le Pen se targua longtemps d’avoir été le premier à avoir permis l’élection d’une « musulmane » dans une élection en France. Soraya Djebbour, fille de l’ancien député de l’Assemblée algérienne Ahmed Djebbour, est ainsi élu conseillère régionale FN en Ile-de-France en 1986. Soraya Djebbour s’est ensuite retirée de ce parti dénonçant l’utilisation de sa personne à des fins électorales et dénonçant « les propos racistes anti-musulmans »<sup><a href="#sdfootnote13sym"><sup>13</sup></a></sup>.</p>
<p align="JUSTIFY">Néanmoins, comme pour les pieds-noirs, le Front national utilise des associations satellites pour récupérer cet électorat, comme avec le Cercle national des rapatriés. Le profil type est actuellement Joseph Castano, conférencier au cercle Algérianiste, animateur du site pied-noir « le coin du popodoran », et candidat aux élections cantonales à Lunel (Hérault) en 2011 sous l’étiquette du Front national. Largement marqué par la guerre d’Algérie et l’indépendance de l’Algérie, avec un père recherché puis arrêté pour « activités subversives » en 1962, son discours tend systématiquement à inviter la grande famille des Français d’Algérie, pieds-noirs et harkis, à voter pour le Front national.</p>
<p align="JUSTIFY">Les harkis permettent de justifier le combat pour l’Algérie française en minimisant un racisme anti-arabe – et plus particulièrement anti-algérien- souvent prégnant, dans une période où, de surcroît, les harkis sont médiatisés avec l’apparition de nouveaux porte-paroles issus de la « seconde génération », à l’inverse du groupe social pied-noir.</p>
<p align="JUSTIFY">Ainsi, dans un courriel signé par Joseph Castano et Danièle Lopez, webmaster du site <em>Les petits échos</em>, en référence aux <em>Echos d’Oranie</em>, journal des Français d’Algérie, un appel est lancé aux rapatriés, harkis compris, à voter Marine Le Pen aux élections présidentielles de 2012<sup><a href="#sdfootnote14sym"><sup>14</sup></a></sup>. <strong> </strong></p>
<p style="text-align:right;" align="JUSTIFY">        « <em>Les Français d’Algérie &#8211; Harkis compris &#8211; bernés, spoliés, méprisés par les politiciens de gauche et de droite durant un demi-siècle, auront leur mot à dire, à ce moment-là… Bien sûr, il en est qui roulent, encore, pour l’UMP et leurs cousins germains gaullistes. D’autres, moins glorieux (aux relents « </em><em>progressistes</em><em> »), sont favorables à une </em><em>repentance</em><em> de la France envers l’Algérie et, en ce sens, soutiennent la gauche socialo-communiste pour une hypothétique « </em><em>paix des mémoires</em><em> »… Et puis, il y a ceux qui, sous couvert d’une </em><em> « reconnaissance réclamée depuis cinquante ans </em><em>», œuvrent d’arrache-pied en espérant détourner les voix des Français d’Algérie en faveur de leur Mouvement.</em> <em>Pour toutes ces raisons, « </em><em>Les Petits Echos »</em><em>, toujours à la pointe du combat patriotique, s’engagent à soutenir la seule candidate capable de redonner aux Français, l’espoir qu’ils ont perdu au fil des législatures… </em><em>Celle qui stoppera l’islamisation programmée de la France et lui inculquera les valeurs qui ont fait, jadis, sa grandeur, sa gloire et son renom</em>… <em>Celle qui a promis d’accorder aux Réfugiés Français d’Algérie, la reconnaissance qui leur est due en réhabilitant leur mémoire, en dénonçant les crimes « contre l’humanité » que représentent les milliers de disparus, les génocides d’El-Halia, de Melouza, de la rue d’Isly à Alger, du 5 juillet 1962 à Oran et des massacres de milliers de harkis et Musulmans fidèles à la France&#8230;</em> <em>Celle qui veut empêcher –en dépit de la dictature des associations « </em><em>droits de l’hommiste</em><em> »- que la situation criminelle qu’ils ont vécue, « là-bas », se reproduise un jour, ici, en combattant l’insécurité et l’immigration maghrébine incontrôlée, synonyme de </em><em>libanisation</em><em> de la France vers laquelle nous mènent inéluctablement les protagonistes de l’UMPS. </em><em><strong>NOUS SERONS « </strong></em><em><strong>LES GARS DE LA MARINE »</strong></em><em><strong> ! »</strong></em></p>
<p align="JUSTIFY">Ce soutien n’est que la suite logique des prises de position, souvent médiatiques, à l’intention des rapatriés d’Algérie et des harkis, surtout à l’approche des grandes échéances électorales, de Jean-Marie Le Pen, puis de Marine Le Pen. Ainsi, déjà en décembre 2009, à l’approche des élections régionales, Jean-Marie Le Pen se rend, accompagné de la tête de liste FN en Ile-de-France Marie-Christine Arnautu, auprès de Hamid Gourai et Zohra Benguerrah, qui campent devant l’Assemblée nationale depuis plusieurs mois. Deux « enfants de harkis » qui effectueront une marche de Montpellier à Paris en août-septembre 2011, largement appuyée par José Castano… et dont certains soutiens de Marine Le Pen appelleront à les accueillir lors de leur venue à Bourg-la-Reine après un hommage sur la tombe de Jean-Marie Bastien Thiry.</p>
<p align="JUSTIFY">Marine Le Pen, accompagné de son compagnon Louis Alliot, vice-président du parti et responsable politique du Front national dans les Pyrénées-Orientales et dont la mère rapatriée d’Algérie était déjà une responsable frontiste<sup><a href="#sdfootnote15sym"><sup>15</sup></a></sup>, fut invitée à l’été 2011 à un rassemblement des rapatriés d’Algérie, dans le cadre de la 5<sup>ème</sup> édition du « Salon du savoir-faire pied-noir » au Barcarès, près de Perpignan. Là aussi, les harkis sont intégrés dans son discours. Devant une foule de plusieurs centaines de personnes, après avoir entonné le « Chant des Africains », elle rappelle le rôle de son père durant la guerre d’Algérie et à la tête du FN en faveur des rapatriés d’Algérie. «<em>J&#8217;ai été, depuis ma plus tendre enfance, particulièrement sensibilisée aux drames des pieds-noirs et des harkis. Mon père a toujours été à leurs côtés</em><em>, a rappelé Marine Le Pen, </em><em>Je vois que leurs douleurs ne sont toujours pas entendues ni respectées. 50 ans après, ils sont toujours victimes de promesses jamais tenues. Je pense qu&#8217;ils savent qu&#8217;ils peuvent compter sur nous</em> »<sup><a href="#sdfootnote16sym"><sup>16</sup></a></sup>. Louis Alliot, quant à lui, rendit un vibrant hommage aux « résistants » de l’OAS.</p>
<p align="JUSTIFY">Jean-Marie Le Pen, toujours président d’honneur du FN, dans une vidéo du site officiel frontiste suite à son déplacement à Mas Thibert lors de la journée d’hommage aux harkis et sur la lancée de sa fille, rappela encore une fois son soutien indéfectible aux harkis en France<sup><a href="#sdfootnote17sym"><sup>17</sup></a></sup>. En réponse à une question d’un internaute fils de rapatrié d’Algérie s’interrogeant sur le fait que « les harkis et leurs descendants ne votent pas tous Front national alors qu’il serait le seul mouvement à défendre leur cause depuis toujours », Jean-Marie Le Pen souligne ne pas être récompensé des efforts effectués… Il assimile l’accueil des harkis à « un enfermement dans des camps de concentration derrière des barbelés ». Les seuls à s’être occupés d’eux seraient « quelques uns de nos amis, quelques associations charitables du camp national qui ont essayés de les aider ». Estimée à un million de personnes, il considère cette « communauté » comme un « enjeu politique auquel on fait des promesses, auquel on distribue des prébendes », mais les appelle finalement à voter Front national.</p>
<p align="JUSTIFY">Un discours ainsi bien rôdé, avec des interventions ciblées (reconnaissance des massacres et abandon, dette d’honneur et préférence nationale à leur endroit….), qui ont pour objectif de séduire un électorat dont la mémoire collective est encore loin d’être apaisée, aboutit-il réellement à un vote conséquent en faveur du Front national ?</p>
<h1><strong><span style="color:#ff0000;">Un comportement politique néanmoins largement hétérogène</span></strong></h1>
<p align="JUSTIFY">Quelques études ont été menées sur le comportement politique du groupe social « harkis » à l’instar de Philippe Launay<sup><a href="#sdfootnote18sym"><sup>18</sup></a></sup>, Abdelmoula Souida et Stéphanie Abrial. Ils aboutissent à la conclusion que leur vote tend à correspondre à la moyenne nationale, en particulier avec ceux que l’on désigne maladroitement par la notion de « seconde génération ». Outre l’hétérogénéité des parcours de vie et les différents facteurs déterminants de la culture politique s’ajoute bien évidemment des contextes politiques locaux qui nuancent, renforcent ou atténuent ce constat.</p>
<p align="JUSTIFY">Le chercheur Abdelmoula Souida écrit ainsi, pour la ville de Roubaix, que <em>« la première génération vote principalement à droite, voire à l’extrême droite, la seconde génération est plus nuancée et la troisième se comporte tendanciellement de la même manière que ses homologues du même âge »</em><sup><a href="#sdfootnote19sym"><sup>19</sup></a></sup>.</p>
<p align="JUSTIFY">La sociologue Stéphanie Abrial a, quant à elle, soutenu une thèse sur les « enfants de harkis » de trois classes d’âge différentes (20-25 ans, 26-30 ans, 31-35 ans) dans quatre régions différentes (Rhône-Alpes : Ardèche, Drôme, Isère, Rhône ; Provence-Alpes-Côte d’Azur : Vaucluse ; Languedoc-Roussillon : Hérault ; Nord-Pas-de-Calais)<sup><a href="#sdfootnote20sym"><sup>20</sup></a></sup>. Ses conclusions aboutissent à la construction d’un discours autour de sept thématiques : la famille, la religion, les cultures et les traditions maghrébines, l’histoire, l’immigration, le parcours scolaire et professionnel, la politique, les difficultés de vie quotidienne. Les descendants d’anciens supplétifs se disent en majorité intéressés par le monde politique soit pour se tenir informés des mesures d’aides les concernant, soit pour se préparer aux diverses échéances électorales. Selon la sociologue, plusieurs orientations peuvent être définies dans leur comportement politique : un positionnement marqué à droite dans le giron de l’ancien RPR (actuel UMP), les difficultés à être à gauche avec le constat d’absence du parti socialiste (et par extension du parti communiste) à l’égard des familles d’anciens supplétifs, enfin l’attention particulière pour l’extrême droite et le discours du Front national. Cependant, cette enquête ne s’appuie que sur un échantillon de vingt-cinq personnes et ne saurait prétendre à dresser réellement et exhaustivement le comportement politique de cette population.</p>
<p align="JUSTIFY">Par ailleurs, le recensement des élus issus de ce groupe social, essentiellement présents dans le cadre des élections locales, montre une hétérogénéité des situations dans le cas des enfants d’anciens supplétifs<sup><a href="#sdfootnote21sym"><sup>21</sup></a></sup>. Depuis les années 1980, des descendants de fonctionnaires, d’élus politiques ou d’anciens militaires de carrière rapatriés français musulmans et descendants d’anciens supplétifs sont présents sur les listes des différents partis politiques lors des échéances électorales, pour l’essentiel au RPR/UMP, à l’UDF/Modem, au PS ou Les Verts/Europe Ecologie Les Verts mais beaucoup plus rarement au Front national.</p>
<p align="JUSTIFY">Les années 1990 et 2000 voient se poursuivre ce mouvement d’accession à des responsabilités politiques. En guise d&#8217;exemples, on peut relever les cas de Djamila Azrou, fille d’ancien supplétif installé en Alsace, adjointe au maire UMP de Strasbourg jusqu’en 2008, ou Mebarek Serhani, conseiller municipal Modem à Roubaix, Nadia El-Okki, adjointe au maire de Saint-Martin de Valgagues et vice-présidente de la communauté d’agglomération d’Alès dans le Gard, ou encore Saïd Mérabti, adjoint au maire, délégué à la communication dans l’ancienne municipalité socialiste de Vitrolles. Les années 2000 permettent l’accession à des responsabilités plus importantes de personnalités politiques issus du groupe des Français musulmans rapatriés tels que Hamlaoui Mékachéra, ancien ministre des Anciens Combattants et proche de Jacques Chirac, ou descendants d’anciens supplétifs comme Kader Arif, député européen PS dans la région Midi-Pyrénées, élu en 2004 et 2010, ou Mohand Hamoumou, élu maire sans étiquette de la ville de Volvic en 2008, ou enfin Jeannette Boughrab, secrétaire d’Etat à la Jeunesse et à la Vie associative depuis novembre 2010.</p>
<p align="JUSTIFY">Finalement, les rapatriés d’Algérie, dont les harkis, constituent pour le Front national une clientèle électorale parmi d’autres à l’instar de l’UMP<sup><a href="#sdfootnote22sym"><sup>22</sup></a></sup> et de la gauche socialiste<sup><a href="#sdfootnote23sym"><sup>23</sup></a></sup>. Le discours distillé, péjorant les mondes arabo-musulmans, constitue un frein à une adhésion au FN. Rappel est trop rarement fait que la marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, et dénommé par la suite « marche des beurs », dans un contexte de montée de la xénophobie, fut initié par Toumi Djaidja, fils d’un ancien supplétif installé à Vénissieux, victime d’une bavure policière. Six des dix marcheurs partis de Marseille et rejoints à Paris par près de cent mille personnes, étaient aussi des « enfants de harkis ». Ils furent reçus par François Mitterrand en décembre 1983<sup><a href="#sdfootnote24sym"><sup>24</sup></a></sup>. L’association France Plus fut aussi largement investie par des descendants d’anciens supplétifs, objet ensuite d’une récupération clientéliste tant à droite qu’à gauche. Enfin, le discours islamophobe actuel, tenu entre autres par le Front national, contribue à éloigner de ce parti un groupe social encore majoritairement de confession ou de culture musulmane<sup><a href="#sdfootnote25sym"><sup>25</sup></a></sup>.</p>
<p align="JUSTIFY">Nombre de lieux de culte musulman en France ont été crées ou sont encore gérés par ce groupe social. Néanmoins, les idées reçues sont encore profondes et le raccourci zélé rapatriés-harkis-OAS, et a fortiori Front national, est encore tenace. Il est encore redynamisé lorsque la majorité parlementaire UMP, avec le soutien du groupe socialiste, amplifie les ambigüités en votant la loi du 23 février 2005 où mesures matérielles pour les anciens supplétifs, indemnisation des rapatriés d’Algérie, reconnaissance du rôle positif de la colonisation, et retraite des membres de l’OAS sont étroitement associés dans une même loi – pour ne pas dire : dans un amalgame.</p>
<h1 align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;">Notes</span></h1>
<div>
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote1anc">1</a> <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2009/05/18/abderahmen-moumenles-pieds-noirs-et-le-front-national">Abderahmen Moumen, « Les pieds-noirs et le Front national »,  <em>Fragments sur les Temps Présents</em>, 18 mai 2009</a>.</p>
</div>
<div>
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote2anc">2</a> François Audigier, « <a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mat_0769-3206_2004_num_74_1_980">Malaise et divisions des jeunes gaullistes durant la guerre d’Algérie », </a><em>Matériaux pour l&#8217;histoire de notre temps, </em>2004, n°74, p.50-55</p>
</div>
<div>
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote3anc">3</a> En février 1961, le nombre de Français de souche nord-africaine (FSNA), appellation désignant les Algériens musulmans à l’époque, engagés dans l’armée ou l’Etat français, est estimé à environ 250.000 personnes réparties entre 217.000 Algériens dans l’armée régulière ou supplétifs (57.000 harkis, 9.100 GMS (gardes mobiles de sécurité), 19.450 moghaznis, 65.850 gardes d’autodéfense dont 29.270 armés répartis en 2.107 groupes et 65.600 appelés et engagés) ; et environ 33.000 Algériens inscrits dans la vie politique et l’administration (46 députés sur un total de 67 pour l’Algérie, 350 conseillers généraux sur un total de 452, 11.550 conseillers municipaux sur un total de 14.000 et 20.000 fonctionnaires dont un ministre, un préfet et plusieurs sous-préfets). Service historique de la Défense (SHD) 1 H 2538.</p>
</div>
<div>
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote4anc">4</a> <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2008/12/01/parution-et-extrait-idees-recues-les-harkis/">Abderahmen Moumen, Fatima Besnaci-Lancou, <em>Les harkis</em>, Le Cavalier Bleu, Collection Idées reçues, 2008, 128p.</a></p>
</div>
<div>
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote5anc">5</a> Pour une mise au point récente sur l’OAS, voir en cela l’ouvrage d’<a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/01/31/parutions-olivier-dard-de-letude-de-valois-a-celle-de-lo-a-s/">Olivier Dard, <em>Voyage au cœur de l’OAS</em>, Paris, Perrin, 2010, 544p</a>.</p>
</div>
<div>
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote6anc">6</a> <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2009/05/21/un-itineraire-politique-pierre-sergent-1926-1992/">Nicolas Lebourg, « Un itinéraire politique : Pierre Sergent (1962-1992) »,  <em>Fragments sur les Temps Présents</em>, 21 mai 2009.</a></p>
</div>
<div>
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote7anc">7</a> Né en 1906, Saïd Boualam fait une carrière militaire avant de devenir bachaga – auxiliaire administratif durant la période coloniale- des Beni Boudouane. Partisan de l’Algérie française, il devient vice-président de l’Assemblée nationale française entre 1958 et 1962, et crée le Front pour l’Algérie Française (FAF) lorsque de Gaulle évoque la possibilité d’une autodétermination de l’Algérie. Rapatrié au Mas Thibert près d’Arles, il décède en 1982. Son nom est largement respecté par les rapatriés d’Algérie, voyant en lui, la figure de l’Algérie française.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote8anc">8</a>« Carnets du colonel broizat », in <em>OAS parle</em>, Julliard, archive, p.262.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote9anc">9</a> Rémy Madoui, <em>J’ai été fellagha, officier français et déserteur. Du FLN à l’OAS</em>, Paris, Seuil, 2004, 399p.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote10anc">10</a> CAC 19910467/2. Courrier du 17 avril 1962.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote11anc">11</a> Pierre Vidal-Naquet, « La guerre révolutionnaire et la tragédie des harkis », <em>Le Monde</em>, 11-12 novembre 1962</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote12anc">12</a>Guy Pervillé, « L’Algérie dans la mémoire des droites », in Jean-François Sirinelli (dir), <em>Les Droites en France </em>, tome 2, Cultures, Paris, Gallimard, 1992, p.650.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote13anc">13</a> Voir <a href="http://www.ina.fr/politique/partis-politiques/video/I00005355/les-gens-qui-quittent-le-front-national-islam-incompatible-avec-l-europe.fr.html">cette vidéo de l&#8217;INA.fr</a></p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote14anc">14</a>« A l’ère du grand nettoyage », 25 octobre 2011.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote15anc">15</a> <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/07/23/beauregard-lebourg-numeros-deux-fn/">Joseph Beauregard, Nicolas Lebourg, « Les numéros deux du FN (4/4) : Louis Alliot, le mariniste », <em>Le Monde Magazine</em>, 31 juillet 2011, pp.41-44</a>.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote16anc">16</a> <em>L’Indépendant</em>, 28 août 2011.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote17anc">17</a> Journal de bord de Jean-Marie Le Pen n°250, 28 octobre 2011.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote18anc">18</a> Philippe Launay, <em>Le passage au politique des enfants de harkis dans les Bouches-du-Rhône</em>, Mémoire d’IEP, Aix-en-Provence, 1990, 252p.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote19anc">19</a> Abdelmoula Souida, « Les RONA dans la cité », <em>Hommes et migrations</em>, n°1135, septembre 1990, p.58.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote20anc">20</a> Stéphanie Abrial, <em>Les enfants de harkis. De la révolte à l’intégration </em>, Paris, L’Harmattan, 256p.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote21anc">21</a> Catherine Withol de Wenden, Rémy Leveau, <em>La beurgeoisie : les trois âges de la vie associative issue de l’immigration </em>, Paris, CNRS, 2001, 188p.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote22anc">22</a> Le <a href="http://www.u-m-p.org/site/index.php/s_informer/discours/nicolas_sarkozy_a_toulon">discours de Nicolas Sarkozy à Toulon le 7 février 2007 </a>est largement révélateur, ainsi que les sorties médiatiques de nombre de députés de la Droite populaire à l’instar de Lionnel Luca (Alpes-Maritimes) ou Philippe Vitel (Var).</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote23anc">23</a> Le président de la région PACA, Michel Vauzelle, avait largement médiatisé les opérations de réhabilitation des cimetières pieds-noirs en Algérie et en 2007, en pleine campagne électorale présidentielle, François Hollande, au nom du parti socialiste et de la candidate Ségolène Royal, reconnaissait la responsabilité de la France dans les massacres et l’abandon des harkis en 1962.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote24anc">24</a> Régis Pierret, <em>Les filles et fils de harkis &#8211; Entre double rejet et triple appartenance</em>, Paris, L&#8217;Harmattan, 2008, 303 pages.</p>
</div>
<div>
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote25anc">25</a> Durant la guerre d’Algérie, les partisans de l’Algérie française dont nombre deviendront des responsables et militants du FN étaient alors assimilationnistes concernant les « musulmans », alors que de nos jours, dans le discours islamophobe ambiant, l’islam est jugé incompatible avec la République ! Des raisons exogènes participent à ce renversement, en particulier les ombres portées de la révolution iranienne de 1979 et l&#8217;apparition du « terrorisme global » islamiste en 2001. Ces évènements ont permis la cristallisation d&#8217;une mythologie subversive.</p>
</div>
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		<title>Où en sommes nous ?</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Nov 2011 21:33:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>tempspresents</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>

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		<description><![CDATA[Que l&#8217;on vous donne un peu de nos nouvelles et, conséquemment, un peu des vôtres&#8230; Primo, Fragments sur les Temps Présents vient d&#8217;atteindre ce 16 novembre son troisième anniversaire en s&#8217;offrant peu auparavant une maquette neuve et même, dans un &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/11/20/ou-en-sommes-nous/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2993&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2008/09/saint-just-original-newsj-w.jpg"><img class="alignleft  wp-image-2887" title="saint just original newsj-w" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2008/09/saint-just-original-newsj-w.jpg?w=172&#038;h=216" alt="" width="172" height="216" /></a>Que l&#8217;on vous donne un peu de nos nouvelles et, conséquemment, un peu des vôtres&#8230; Primo, <em>Fragments sur les Temps Présents </em>vient d&#8217;atteindre ce 16 novembre son troisième anniversaire en s&#8217;offrant peu auparavant une maquette neuve et même, dans un élan moderniste, une page Facebook (dont le flux s&#8217;inscrit en pied de page). De nombreuses et patientes évolutions se sont produites (<a href="http://tempspresents.wordpress.com/2009/11/16/un-an-passe-au-temps-present/">voir le billet du premier bilan</a>), en partie résumées par l&#8217;ajout du sous-titre depuis cet été : « Marges politiques &amp; Radicalités sociales ». A dire vrai, nous hésitâmes à ajouter « et vice-versa »&#8230; mais telle est bien l&#8217;idée. L&#8217;identité visuelle a également été très nettement affinée au fil du temps, cherchant les ambivalences, les associations et, souvent, puisque nous y sommes, l&#8217;éducation populaire à l&#8217;Art contemporain.<span id="more-2993"></span></p>
<p style="text-align:justify;">A l&#8217;heure présente, le site propose 190 billets rédigés par 15 contributeurs, représentant un panel diversifié de disciplines et de degrés d&#8217;avancement dans la recherche, et quelques nouvelles signatures sont amicalement attendues pour prochainement. En outre, nombre de rédacteurs ont pris l&#8217;habitude de collaborer ailleurs à des productions communes, démontrant l&#8217;impact positif de l&#8217;usage régulier des nouvelles technologies sur la production académique. Comme l&#8217;affirmait Victor Hugo : « la forme, c&#8217;est le fond qui remonte à la surface ».</p>
<p style="text-align:justify;">Secundo, s&#8217;est tenu ces 16 et 17 novembre le premier atelier du Programme <a href="http://www.msh-lorraine.fr/index.php?id=533">IDREA (Internationalisation des Droites Radicales Europe Amériques)</a> dirigé par <a href="http://tempspresents.wordpress.com/contributeurs/olivier-dard/">Olivier Dard </a>et auquel, relativement aux auteurs présents sur le site, contribuent également <a href="http://tempspresents.wordpress.com/contributeurs/stephane-francois/">Stéphane François</a> et <a href="http://tempspresents.wordpress.com/contributeurs/nicolas-lebourg/">Nicolas Lebourg</a>. Le thème en était les « Passeurs ». Les échanges ont particulièrement permis de mettre à jour les travaux d&#8217;hybridations et de vulgarisation doctrinale dans l&#8217;élaboration des stratégies politiques nationalistes (<a href="http://www.univ-metz.fr/ufr/sha/crulh/PROGRAMME-IDREA.pdf">voir le programme</a>). Les actes seront publiés en 2012. Ce programme international rejoignant fortement les problématiques de FTP , nous ferons part de ses actualités.</p>
<p style="text-align:justify;">Tertio, signalons que le Centre de Recherches Historiques sur les Sociétés Méditerranéennes, dont <a href="http://tempspresents.wordpress.com/contributeurs/nicolas-lebourg/">Nicolas Lebourg</a> et <a href="http://tempspresents.wordpress.com/contributeurs/abderahmen-moumen">Abderahmen Moumen</a> sont membres, disposent désormais d&#8217;<a href="http://crhism.wordpress.com/">un site</a> et que ce dernier propose un <a href="http://crhism.wordpress.com/bilan-ressources/catalogue-ressources/">grand nombre de documents en ligne</a>.</p>
<p style="text-align:justify;">Si <em>Fragments sur les Temps Présents</em> ne propose ni la possibilité de commenter les articles, ni d&#8217;« ours », ni d&#8217;emails de contact, c&#8217;est toujours à dessein et devrait ainsi continuer. Sachez toutefois que nous ne sommes pas insensibles à la façon dont, sur le web, nous voyons le site relayé, souvent avec grande courtoisie, parfois avec des injures et billevesées qui nous honorent tout autant. A tous ceux qui ont fait les 243 846 lectures sur ce site à l&#8217;instant précis où ce texte y est publié : merci.</p>
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		<title>L’Histoire du communisme, la seule, la vraie. Réponse à François Ferrette</title>
		<link>http://tempspresents.wordpress.com/2011/11/08/romain-ducoulombier-francois-ferrette/</link>
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		<pubDate>Tue, 08 Nov 2011 20:35:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>romainducoulombier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Communisme]]></category>
		<category><![CDATA[Mémoire]]></category>
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		<category><![CDATA[Théorie du complot]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Romain Ducoulombier Depuis un demi-siècle, l’interprétation dominante de la naissance du Parti communiste en France a tenu en une phrase : il s’agissait d’un « accident », selon les mots de l’historienne Annie Kriegel. Point culminant d’un « biennio rosso » à la française &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/11/08/romain-ducoulombier-francois-ferrette/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2985&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;" align="CENTER"><strong><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/11/bilal.jpg"><img class="alignleft  wp-image-2988" title="bilal" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/11/bilal.jpg?w=231&#038;h=151" alt="" width="231" height="151" /></a>Par Romain Ducoulombier</span></strong></p>
<p style="text-align:justify;" align="CENTER">Depuis un demi-siècle, l’interprétation dominante de la naissance du Parti communiste en France a tenu en une phrase : il s’agissait d’un « accident », selon les mots de l’historienne Annie Kriegel. Point culminant d’un « biennio rosso » à la française – pendant deux ans, en 1919 et 1920, le mouvement ouvrier français se mobilise et paie, dans la rue, le prix fort –, le Congrès de Tours consacre, à la toute fin décembre 1920, la formation, par un vote largement majoritaire, du Parti socialiste – section française de l’Internationale communiste (PS-SFIC). Il faudra encore attendre quelques mois pour que le nouveau parti prenne le nom de « parti communiste – SFIC », comme le souhaitaient Lénine et les bolcheviks, pour accentuer la rupture avec la « social-démocratie » honnie d’avant-guerre.<span id="more-2985"></span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Cette interprétation « accidentaliste » a régné sur les destinées de l’historiographie communiste française pendant de longues années. C’est cette thèse que j’ai remise en cause par la publication, en octobre 2010, d’un livre issu de ma thèse de doctorat, soutenue en 2007 à l’IEP de Paris. Dans ce livre, <em>Camarades</em><a href="#sdfootnote1sym"><sup>1</sup></a>, j’ai avancé l’idée, appuyée sur de nouvelles archives (de Moscou et d’ailleurs), que les socialistes français ont voulu, au sortir de la guerre, <em>régénérer le socialisme</em>, pour le rendre à sa vocation révolutionnaire, dont la guerre et l’Union sacrée l’avaient écarté, en adoptant une nouvelle méthode d’organisation partisane inspirée ou imitée, si l’on veut, du bolchevisme russe. Cette interprétation nouvelle n’a pas manqué d’être discutée, et elle l’est encore ; et moi-même je me suis efforcé, dans mon dialogue avec l’œuvre de Kriegel, de lui témoigner malgré mes critiques, toute la considération qu’elle mérite. Soulever à nouveaux frais le problème des origines du Parti communiste en France supposait de bouleverser les routines intellectuelles et les visions convenues d’une histoire assez largement réécrite tant par les vainqueurs (les staliniens) que par les vaincus, c’est-à-dire les exclus des années 1920, qui insistaient sur leur jeunesse et leur inexpérience pour expliquer la destruction, de leurs propres mains, du « parti de Jaurès ».</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Cette volonté m’a valu des critiques, mais elle m’a exposé aussi à des attaques d’autant plus surprenantes qu’elles sont diamétralement opposées. Il y a plusieurs mois, à la suite du numéro de <em>L’Histoire</em> consacré au 90<sup>e</sup> anniversaire du Congrès de Tours<a href="#sdfootnote2sym"><sup>2</sup></a>, un historien pourtant rigoureux et bien informé m’avait accusé de ressusciter les « vieilles lunes léninistes ». Me voilà devenu, depuis quelques semaines, un « ennemi de la révolution », dans un livre que le militant François Ferrette a consacré au rétablissement de la « véritable histoire du communisme<a href="#sdfootnote3sym"><sup>3</sup></a> ». Disons-le : on a connu son éditeur, Démopolis, mieux inspiré. Le propos de F. Ferrette n’est pas scientifique mais politique : rallié au Front de Gauche, il veut transformer en modèles les militants de 1920, chargés d’inspirer ce que le PCF compte encore de jeunes pousses. Je doute malheureusement qu’ils y trouvent l’héroïsme qu’ils y chercheront peut-être.</p>
<h1 style="text-align:left;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><em><strong>Oh oui, raconte-moi une véritable histoire !</strong></em></span></h1>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Passons sur la maladresse du titre, qui est bien présomptueux. Jean Fréville lui-même, le porte-plume du « stalinien » Thorez, ne s’y était jamais risqué ! Mais soit, j’aime que l’on me raconte des histoires, surtout quand elles sont véritables.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Celle que nous raconte F. Ferrette est assez mignonne. Au sortir de la Première Guerre mondiale, sur laquelle on n’apprendra rien, une poignée de militants dévoués, innocents et révolutionnaires, sans argent et armés de leur seule énergie, décident de prendre le pouvoir en France, et d’abord dans le Parti socialiste. Ils s’organisent dans des sections, des comités qui veulent adhérer à la III<sup>e</sup> Internationale de Lénine, ils sillonnent la France pour combattre la bourgeoisie et la social-démocratie – c’est du pareil au même – et comme ils sont très bons, ils manquent d’emporter le morceau au congrès de Strasbourg en février 1920. Mais voilà, les votes sont manipulés et ils ne parviennent pas à remporter la majorité. Il leur faut attendre quelques mois encore pour que deux ignobles « centristes », le directeur de <em>L’Humanité</em> Marcel Cachin et le secrétaire général du PS depuis octobre 1918, Louis-Oscar Frossard, se soumettent à leur désir après un long voyage de négociations à Moscou et signent, sans vraiment réfléchir, la trop fameuse motion d’adhésion à la III<sup>e</sup> Internationale. Evidemment, ces deux « réformistes » ne sont pas « révolutionnaires » : ils vont pervertir le nouveau parti, le faire dévier du sacro-saint marxisme, et – on ne sait trop comment – le livrer au redoutable ZINOVIEV ! Car c’est bien lui, ZINOVIEV, qui est à l’origine de la perversion bureaucratique du Parti communiste, qui est une organisation fondamentalement démocratique – où chacun, n’est-ce pas, peut se faire entendre avant de se taire.</p>
<h1 style="text-align:left;"><span style="color:#ff0000;"><em><strong>L’argent, c’est mal</strong></em></span></h1>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Voilà, en substance, le « pitch » du scénario de la scission selon F. Ferrette. La naïveté de cette reconstruction militante est d’autant plus surprenante que c’est F. Ferrette lui-même qui, dans un mémoire de maîtrise – comme on disait à l’époque – consacré aux effectifs du Comité de la III<sup>e</sup> Internationale, avait montré que les estimations de Kriegel étaient trop basses et qu’il s’agissait bien d’un « parti dans le parti », motivé, bien organisé et décidé à « adhérer ». C’est à ce titre que je l’ai cité dans mon propre livre, convaincu, sur ce point, par ses démonstrations fondées sur le dépouillement de la presse régionale. Le débat cependant, n’était pas tranché sur le caractère « hégémonique » de ce courant d’une force incontestable dans le PS de l’époque. Ses chefs ont toujours prétendu avoir été floués à Strasbourg, mais c’est un argument insuffisant. Pour ma part, je reste convaincu que, sans l’appoint des militants amenés dans le camp de l’adhésion par Cachin et Frossard en août 1920, la scission aurait été minoritaire, comme partout ailleurs en Europe ou presque. Malgré lui, d’ailleurs, F. Ferrette ajoute à mes propres démonstrations d’autres éléments qui confirment bien que la motion d’adhésion de Tours, « signée » par Cachin et Frossard, a bien été négociée par le secrétaire de leur groupe, Daniel Renoult, avec les représentants (alors emprisonnés) du Comité de la III<sup>e</sup> Internationale.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">À vrai dire, cependant, je crois que ces discussions légitimes et courtoises n’intéressent guère F. Ferrette. Le portrait des partisans de l’adhésion est d’un simplisme confondant. Pas de question d’argent, bien entendu, ni de présence de Moscou – tout au plus, une « influence » évoquée en une ligne ! Il est vrai qu’il n’existe pour l’instant aucune étude systématique des finances du PCF, ce qui est bien dommage. Mais il est clair, et unanimement admis, que le PCF des années 1920 est largement dépendant du trop fameux « or de Moscou ». Que des intransigeants comme Souvarine en aient fait, après leur exclusion, un instrument de « corruption » du Parti est tout à fait vrai ; mais cela n’empêche que Souvarine lui-même a sans doute bénéficié de l’appui financier de Moscou dans la mise en place du Comité et de son <em>Bulletin communiste</em>.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Pas d’argent, donc pas de calcul : F. Ferrette nous présente une jeunesse militante innocente et candide, « révolutionnaire », quoi ! Il s’est laissé tromper par le portrait que cette relève a dressé d’elle-même : sans formation ni passé, entièrement « née de la guerre », irresponsable de ses actes et de leurs conséquences – et en tout premier lieu, de la scission du « parti de Jaurès ». La naissance du Parti communiste est pourtant bien le fruit d’une opération réussie de relève militante, où un groupe plus ou moins cohérent de militants (jeunes et moins jeunes) utilise son illégitimité même comme un moyen pour renverser les « éléphants » du PS, maîtres de l’appareil. La naissance du PC, c’est une question de génération.</p>
<h1 style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><em><strong>Mon crime</strong></em></span></h1>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Quant à Moscou, aux bolcheviks et à leurs émissaires, ils sont <em>totalement</em> absents du livre de F. Ferrette. Les nouvelles archives qu’il se targue d’utiliser en quatrième de couverture n’existent pas, et il ne recule pas devant le recours aux idées des autres, sans bien entendu les référer en note quand ils sont, comme j’y suis, dans le « camp du capital ». Cette faille béante dans sa démonstration est d’autant plus grave qu’il m’accuse sans cesse, pour me dépeindre en « ennemi du changement », de vouloir démontrer que le régime des tendances – un peu comme dans le PS d’aujourd’hui – a été supprimé dans le PC non par sa « bolchevisation » après 1924-25, mais par la volonté même de ceux qui, dans le Comité de la III<sup>e</sup> Internationale, voulaient régénérer le socialisme et adhérer à Moscou. Là aussi, le débat me semble ouvert. Il est certain que le régime des tendances d’avant 1914 est rejeté comme un symbole d’impuissance par les « révolutionnaires de la SFIO ». Ce dont le nouveau parti a besoin, c’est d’une direction révolutionnaire, où les débats, sans être interdits, ne peuvent plus la contredire une fois qu’elle est fixée. C’est la question de la minorité et de sa représentation qui est donc en jeu. Reste à savoir par quoi la remplacer, et les appels à la « discipline librement consentie » ne peuvent pas y pourvoir : c’est au contraire à la centralisation progressive du pouvoir dans des organes restreints que l’on assiste, processus appuyé, jusqu’à ce qu’il se retourne contre eux, par ces nouveaux militants décidés à « purger » le Parti. Pire : dès la fin de 1921, les membres du Comité de la III<sup>e</sup> Internationale sont battus à plusieurs reprises lors des congrès nationaux. Ils doivent donc réclamer l’appui de Moscou pour préserver leurs positions et conjurer leur situation de minorité. C’est cette situation baroque qui permet de comprendre pourquoi le Comité s’est progressivement décomposé.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">En fait, mon crime pour Ferrette est d’avoir posé la question du parti, la question de l’organisation. F. Ferrette attribue à Zinoviev la « dérive bureaucratique » du PCF. L’explication me semble singulièrement faible pour en éclairer l’histoire. Il s’agit plutôt d’un processus, enclenché dès la fondation du nouveau parti, qui est le résultat de l’action même de la relève militante de 1920, si désireuse d’introduire en France les méthodes imitées des bolcheviks. Certains de ses chefs opposeront encore, au seuil de leur exclusion en 1925 ou 1926, une centralisation « démocratique » et une centralisation « oligarchique » dont ils étaient les victimes. Les bolcheviks, d’ailleurs, connaissent avant la guerre les travaux de Roberto Michels, un élève de Max Weber qui dénonce la dérive oligarchique des organisations<a href="#sdfootnote4sym"><sup>4</sup></a>. Mais ils n’ont tenu aucun compte de ces analyses, écartées d’un revers de main au nom de la « vertu » révolutionnaire. Boukharine avait très bien compris que la critique de Michels était radicale et impliquait que « si les socialistes peuvent être victorieux, le socialisme ne peut l’être ». F. Ferrette me présente en « ennemi de la révolution » parce que j’ai osé poser la question de l’organisation. Je crois pour ma part, que le XX<sup>e</sup> siècle a fourni la démonstration massive et angoissante qu’il est impossible d’y échapper et qu’est contre-révolutionnaire, non pas celui qui la pose, mais celui qui l’évite comme F. Ferrette. Ce dernier, d’ailleurs, ne m’a pas réservé ses coups et il accuse aussi bien les trotskistes – un peu « crispés », dit-il, on les comprend ! – que les socialistes d’y avoir trouvé un intérêt.</p>
<h1 style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><em><strong>Totalitarise-moi ça !</strong></em></span></h1>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Il reste un dernier point à liquider. F. Ferrette s’appuie sur mon DEA, publié par la Fondation Jaurès en 2004, pour m’accuser d’appartenir à une école « totalitariste » à laquelle il agrège des historiens très différents. Il est vrai que c’est de là que je viens ; mais il est tout aussi vrai que j’ai maintenant pris mes distances avec un concept – le totalitarisme – qui n’est pas sans mérite, mais qui n’échappe pas non plus à la critique. J’ai pu m’en expliquer récemment dans un petit livre dont ce site a bien voulu rendre compte<a href="#sdfootnote5sym"><sup>5</sup></a>. Quelle que soit sa force explicative, le totalitarisme est un concept identitaire, qui fonctionne encore dans l’historiographie comme un signal de ralliement. Je crois, pour ma part, que cet âge d’or de la lutte idéologique et historique autour de la menace communiste est révolu, puisqu’il s’est terminé avec l’URSS. Il est désormais possible de juger sans passion de l’utilité d’un concept aussi complexe et controversé. Avec le temps, son utilisation dans l’étude du PC m’est apparue comme un obstacle, plutôt qu’un avantage.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Le concept de totalitarisme est essentiellement un concept « statique ». Il décrit, de manière idéale-typique, la structure d’un État capable d’exercer un pouvoir total. Pour rentrer dans la catégorie « totalitarisme », cet État doit donc présenter un certain nombre de caractéristiques – en particulier un parti unique de masse et une idéologie officielle contraignante. Il est bien difficile de savoir cependant quand et comment un État <em>devient</em> totalitaire, comment et quand il <em>cesse</em> de l’être, quels en sont les <em>limites</em>. Lorsqu’il s’agit d’appliquer cette grille non plus à un État, qui possède le pouvoir, mais à un parti qui en est éloigné, le casse-tête devient insurmontable. On ne peut guère, en fait, conclure qu’à d’éventuelles « prédispositions totalitaires », ce que j’avais fait en 2004, mais cette explication ne me paraît plus aujourd’hui satisfaisante. F. Ferrette affecte d’ignorer entièrement cette discussion que j’ouvre au contraire dans la conclusion de mon livre. Le PCF, sans être totalitaire, a présenté une <em>solution autoritaire</em> à un certain nombre de problèmes propres au mouvement ouvrier français d’avant-guerre, et cette solution a séduit, pour des raisons différentes, plusieurs générations successives de militants – et en tout premier lieu, la génération de 1920. Cette interprétation permet de comprendre pourquoi le PCF est parvenu à capter un héritage proprement français de ce que certains appellent la « démocratie absolue », la « démocratie jacobine » où un égalitarisme radical et niveleur épouse certaines formes de représentation directe et de conceptions de ce que l’on pourrait appeler la « vertu de salut public ». Les communistes, autrement dit, ne sont pas des agents, mais des acteurs ; ce qui m’intéresse, ce sont les <em>motivations positives</em> qui les incitent à adopter un modèle de pouvoir et d’organisation partisane à la fois rigoureux et inédit, diffusé par le Komintern où l’imitation des structures et des pratiques de l’État soviétique va grandissante dès les années 1920, pour culminer à l’époque de Staline. L’appareil inquisitorial communiste n’a pas été « greffé » de l’extérieur, mais adopté par les « indigènes », qui n’ont pas toujours mesuré les effets induits par cette adoption positive.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">F. Ferrette affecte de ne rien connaître de ces questionnements. Là encore, cela ne l’intéresse pas. Il préfère agiter la vaine querelle contre François Furet, qui n’est plus lui non plus un historien qu’on peut lire et discuter, mais un « marqueur » qu’on vous colle au front – mais pas de gauche, bien entendu. Pour toutes ces raisons, sa « véritable histoire » me semble surtout être une vague historiette, où la volonté de bien faire s’embourbe dans la phraséologie et l’aveuglement militants.</p>
<h1 style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;">Notes</span></h1>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote1anc">1</a><sup></sup> Romain Ducoulombier, <em>Camarades ! La naissance du Parti communiste en France</em>, Paris, Perrin, 2010.</p>
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote2anc">2</a><sup></sup> Romain Ducoulombier, « Le congrès de Tours : le big bang », <em>L’Histoire</em>, n°359 ainsi que le « rebond » de Jean-Louis Panné dans le n°360.</p>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote3anc">3</a><sup></sup> François Ferrette, <em>La véritable histoire du Parti communiste</em>, Paris, Démopolis, 2010.</p>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote4anc">4</a><sup></sup> Roberto Michels,</p>
<div>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote5anc">5</a><sup></sup> Romain Ducoulombier, <em>De Lénine à Castro. Idées reçues sur un siècle de communisme</em>, Paris, Cavalier Bleu, 2011.</p>
</div>
</div>
</div>
</div>
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		<title>Parution : Pour l&#8217;honneur du Gaullisme. Contre-enquête sur un héritage</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Nov 2011 14:42:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>tempspresents</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[République]]></category>

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		<description><![CDATA[Jean Charbonnel, entretiens avec Laurent De Boissieu, Pour l&#8217;honneur du Gaullisme. Contre-enquête sur un héritage, Riveneuve, Paris, 2011. Présentation de l&#8217;éditeur : Jean Charbonnel est l’un des derniers ministres encore en vie du général de Gaulle. « Fantassin de tous les gaullismes &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/11/08/parution-pour-lhonneur-du-gaullisme-contre-enquete-sur-un-heritage/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2977&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;"><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/11/dgp.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-2979" title="dgp" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/11/dgp.jpg?w=120&#038;h=180" alt="" width="120" height="180" /></a><strong><span style="color:#ff0000;">Jean Charbonnel</span></strong>, entretiens avec <strong><span style="color:#ff0000;">Laurent De Boissieu</span></strong>, <em>Pour l&#8217;honneur du Gaullisme. Contre-enquête sur un héritage</em>, Riveneuve, Paris, 2011.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Présentation de l&#8217;éditeur</strong></span> : Jean Charbonnel est l’un des derniers ministres encore en vie du général de Gaulle. </span><span class="Apple-style-span" style="color:#000000;">« Fantassin de tous les gaullismes », il mène, à travers ce livre d’entretien, une contre-enquête sur ce qu’il reste actuellement de l’œuvre du Général, à la lumière de ses réflexions et de son parcours personnel. </span><span class="Apple-style-span" style="color:#000000;">Pour lui, une part majeure de cet héritage s’est progressivement délitée. Initiateur dans les années 1960 de l’équipée des « jeunes loups », il soutint les débuts en politique de Jacques Chirac. Mais sa fidélité à une certaine idée du gaullisme le conduisit à plusieurs reprises à rompre avec la droite chiraquienne pour se rapprocher de la gauche modérée.<span id="more-2977"></span> Elle le conduisit également à oeuvrer avec efficacité pour la modernisation de la France puisqu’il fut aussi le promoteur d’Ariane et du programme électro-nucléaire, tout en s’efforçant, dans l’affaire Lip, de répondre aux exigences de la justice sociale.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Bien qu’il ait appuyé Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007, espérant un sursaut national, Jean Charbonnel porte aujourd’hui un regard critique sur la pratique présidentialiste et le bilan extérieur et intérieur du président de la République sortant.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Il convient donc à ses yeux, au moment où s’ouvre le débat national pour l’élection présidentielle, de proposer aux Français un nouveau chemin, inspiré du gaullisme social, pour leur rendre, sans nostalgie d’un passé qui ne reviendra pas, l’ambition d’incarner à nouveau, pleinement, la France dans l’Histoire.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;"><em>Ancien député et maire de Brive, Jean Charbonnel a été ministre de Charles de Gaulle puis de Georges Pompidou. Normalien et agrégé d’histoire, il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont À la gauche du Général et Les légitimistes de Chateaubriand à De Gaulle. Il préside la Convention des gaullistes sociaux pour la Ve République.</em></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;"><em>Laurent de Boissieu est journaliste politique et fondateur des sites Internet <a href="http://www.gaullisme.net/">gaullisme.net</a> et <a href="http://www.france-politique.fr/">France-politique.fr</a>.</em></span></p>
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		<title>Dessins transgressifs et normes politiques</title>
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		<pubDate>Sat, 05 Nov 2011 20:19:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>tempspresents</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Pop culture]]></category>
		<category><![CDATA[Sociologie et sciences politiques]]></category>
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		<description><![CDATA[Par Sylvain Crépon, Romain Ducoulombier, Stéphane François, Nicolas Lebourg, Jean-Baptiste Pointel et Valéry Rasplus  Le dessin de presse est un lieu d&#8217;exacerbation des paradoxes du réel, surtout quand ce dernier exaspère&#8230; Il ne pratique pas le consensus mais est incisif &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/11/05/dessins-transgressifs-et-normes-politiques/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2964&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/11/charia-hebdo.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-2973" title="charia-hebdo" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/11/charia-hebdo.jpg?w=156&#038;h=195" alt="" width="156" height="195" /></a>Par Sylvain Crépon, Romain Ducoulombier, Stéphane François, Nicolas Lebourg, Jean-Baptiste Pointel et Valéry Rasplus</strong><span class="Apple-style-span" style="font-size:16px;line-height:24px;"> </span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Le dessin de presse est un lieu d&#8217;exacerbation des paradoxes du réel, surtout quand ce dernier exaspère&#8230; Il ne pratique pas le consensus mais est incisif par fonction : c’est un genre que l’on nomme « caricature » de manière générique depuis le XVIIIe siècle et jusqu’à il y a une vingtaine d’années (le travail d’un Art Spiegelman, par exemple, dans <em>The New Yorker</em>, témoignant clairement que le seul champ de la caricature est amplement dépassé). Oscillant donc entre l’éditorial, critique sur l’actualité, relevant de l’information, et la caricature, visant l’humour et le ridicule, le dessin de presse suit une ligne délicate. La presse satirique, dont relève cet exercice de style graphique, a pour finalité de provoquer une prise de conscience d’un phénomène, de mettre en lumière une situation pour susciter des questions et accoucher d’une pensée critique. En cela, le dessin de presse participe clairement de l’activité démocratique : « Le genre satirique est une tradition bien française qui apparaît comme une forme de la liberté d’expression », soulignait Basile Ader, avocat spécialiste de la liberté de la presse.<span id="more-2964"></span></span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Cette forme d’humour et de représentation s&#8217;inscrit en effet dans la longue histoire de la conquête de la liberté de la presse. Les affres des pressions connurent bien des formes. Sous l&#8217;Ancien régime, la censure frappait après la production libre des œuvres &#8211; redoutable liberté qui impliquait une auto-censure hégémonique. Ce fut d’ailleurs le destin de la pièce <em>Le fanatisme ou</em> <em>Mahomet</em> de Voltaire que d’être censuré pour la charge implicite qu’elle représentait contre l’Église catholique, avant que d’être sous le poids de nouveaux censeurs durant « l’affaire des caricatures danoises » où on tenta derechef d’empêcher ses représentations… </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">La pleine liberté de la presse fut un chantier de la Révolution. On vit les gazettes fleurir et, à côté, les gravures satiriques (1 500 entre 1789 et 1792). La déclaration des Droits de l&#8217;Homme et du Citoyen signifie en son article 11 : « la libre communication des pensées et des opinions est un des biens les plus précieux de l&#8217;homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l&#8217;abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». Robespierre dénonça avec véhémence cette restriction. Durant la Terreur, il n&#8217;interdit d&#8217;ailleurs pas les opinions dissidentes, mais c&#8217;est la menace de mort qui servit de censeur et de moteur à l&#8217;auto-censure. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">La chaotique histoire politique française du XIXe siècle entraîna un long chemin. Talleyrand certifiait la complexité de la tâche pour un gouvernement se souhaitant pérenne: « Quand la presse est libre, lorsque chacun peut savoir que ses intérêts sont ou seront défendus ou attend du temps une justice plus ou moins tardive, l&#8217;espérance soutient, et avec raison, car cette espérance ne peut être longtemps trompée ; mais, quand la presse est asservie, quand nulle voix ne peut s&#8217;élever, les mécontentements exigent bientôt, de la part du gouvernement, ou trop de faiblesse ou trop de répression. » </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">A la suite de la révolution de 1830, est fondé le premier journal satirique, <em>La Caricature</em> offrant articles et dessins pour traiter de l’information mais aussi la traîner en dérision. Quoique le journal subisse force répression, il invente un format qui essaime dans toute l’Europe. <em>Le Canard enchaîné</em> est un de ses descendants. L’hebdomadaire satirique a construit en partie son image sur ses caricatures et inventé une dialectique légende-dessin qui n’existait pas. Il lui est revenu également d’imposer un style graphique enlevé rompant avec la tradition de la lithographie imposée par <em>La Caricature</em>. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">La libéralisation juridiquement énoncée intervint avec la loi du 29 juillet 1881. L&#8217;article 1 déclare sobrement : « l&#8217;imprimerie et la librairie sont libres ». Contrebalançant ce droit, sont institués le dépôt légal, le droit de réponse au profit de toute personne citée, des pénalisations de la diffamation et de l&#8217;injure. Avec quelques évolutions (loi de 1970 sur le droit à l&#8217;image, lois de 1993 et 2000 sur la présomption d&#8217;innocence) cette loi constitue toujours le socle de la liberté d&#8217;expression publique en France. Dans la libre production qui s&#8217;épand, le dessin prend une place nouvelle au sein des polémiques rageuses du temps (scandale du Panama, Affaire Dreyfus, séparation de l’Église et de l’État&#8230;). En témoigne l&#8217;agitateur antisémite Édouard Drumont, qui explique lors du lancement en 1893 de son journal ouvertement antisémite <em>La Libre parole illustrée </em>comment « l&#8217;image doit compléter l&#8217;œuvre de la plume. Elle s&#8217;adresse à ceux que l&#8217;écriture n&#8217;a pas encore touchés ». L’Affaire voit les caricaturistes se mobiliser, l’art étant intégré à l’ensemble du combat politique. Lancé par le camp antidreyfusard <em>Psst… ! </em>arrête sa publication avec la condamnation du capitaine, les dessinateurs Forain et Caran d’Ache signifiant en une métaphore limpide : « nous remettons le fusil au râtelier, et nous arrêtons la publication de notre journal ». </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">L&#8217;illustration et la presse allaient jouer ensuite un rôle majeur dans la propagande belliciste des États lors de la Première guerre mondiale. Un sursaut éthique intervient avec la création du premier syndicat de journalistes en France le 10 mars 1918. Ce dernier adopte une charte de « devoirs professionnels des journalistes français », fixant les règles de respect du public, des sources et des pairs. La réflexion critique intègre également la production du dessin. Celui-ci se détache de l&#8217;illustration et de l&#8217;humour pour devenir un genre journalistique en-soi. Il n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas omis lorsque l&#8217;État se décide à doter la profession d&#8217;un statut juridiquement défini, par la loi du 29 mars 1935 puis en 1936 par l&#8217;instauration de la carte professionnelle. Bien sûr, il existe une déontologie différenciée entre le journaliste auteur de reportages et d&#8217;articles et son confrère dessinateur. Pour le second, il s&#8217;agit moins d&#8217;informer que de faire jaillir ce qu&#8217;il y a de cruel et drôle, de « bête et méchant », dans l&#8217;actualité. C&#8217;est un travail paradoxal par rapport au reste de la profession, et également dans sa pratique (René Pétillon, pilier du <em>Canard enchaîné,</em> soulignait dans un entretien comment les hommes politiques dont il traque les travers finissent par devenir ses « héros », ses propres personnages, comme en partie déconnectés de leur modèle, un phénomène suractivé dans la caricature télévisée avec un Chirac des <em>Guignols de l&#8217;Info </em>qui mène sa vie propre en parallèle à celle de l&#8217;homme politique). </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">L’écrivain collaborationniste André Billy écrivait dans <em>Le Figaro </em>du 5 juillet 1940 : « c&#8217;est le régime de la parole qui nous a fait descendre où nous sommes. C&#8217;est par une cure de silence qu&#8217;il faudra entreprendre l&#8217;œuvre de notre guérison. » Faire taire la dissonance est bien une marque de l&#8217;autoritarisme. <em>Je suis partout</em>confie ses dessins de « Une » à Ralph Soupault. Cadre du Parti Populaire Français de Doriot, la fluidité de son trait, prompt à pointer les stéréotypes tant physiques que psychologiques attribués aux juifs,sert la tendance la plus radicale du journal, également incarnée par l’écrivain Lucien Rebatet.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">A la Libération, il s&#8217;est donc agi non seulement de permettre l&#8217;émission des discours mais également leur diffusion. Les scandales sur les liens entre médias et milieux d&#8217;affaires, Vichy, furent deux motivations poussant à une nouvelle normalisation en 1944. Outre l&#8217;Épuration des collaborateurs, la Résistance souhaitait libérer la presse des conglomérats financiers pour assurer un réel pluralisme politique. La tâche fut empiriquement délicate, mais, au niveau des valeurs, traça une dynamique. En 1971, les pays de la Communauté Européenne adoptèrent une déclaration sur la liberté de la presse dont le préambule précise : « le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain. De ce droit du public à connaître les faits et les opinions procède l’ensemble des droits et des devoirs des journalistes. La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l’égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics ». L&#8217;Europe a d&#8217;ailleurs pu parfois modérer les velléités de répression des médias émis par les États. Ainsi, entre autres exemples, en 1999, la Cour de Strasbourg a sanctionné la France pour avoir condamné <em>L</em><em>e Canard enchaîné</em> pour « recel de document officiel ». </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">« Dans toute société la production du discours est à la fois contrôlée, sélectionnée, organisée et redistribuée, remarqua Michel Foucault, par un certain nombre de procédures qui ont pour rôle d&#8217;en conjurer les pouvoirs et les dangers, d&#8217;en maîtriser l&#8217;événement aléatoire, d&#8217;en conjurer la lourde, la redoutable matérialité. » Or, le dessin satirique peut partir à l’assaut des convenances tant politiques que formelles. Sous la houlette de Siné, Mai 68 eut son journal illustré : <em>L’Enragé</em>, journal révolutionnaire alignant 25 dessinateurs dont Cabu, Pétillon ou Wilhem. Non diffusé en kiosques mais à la criée, de façon militante, le périodique a un slogan sans ambiguïté : « ce journal est un pavé ». Il y a là la matrice de <em>Charlie Hebdo</em>, journal satirique et subversif dont la « Une » n’est pas composée d’articles mais d’un dessin qui tient tant de l’affiche politique qu’il sert souvent à cela… quelles autres Unes que celles de <em>Charlie Hebdo</em> sont-elles ainsi collées sur des cartons et exhibées dans les manifestations ? </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Sortie du dessin, la satire politique peut même tenter de subvertir le champ politique de l’intérieur, comme lorsque Coluche, soutenu par <em>Charlie Hebdo</em>, se lance dans la course à l’élection présidentielle en 1981. Elle peut aussi devenir le masque de représentation de la subversion, ainsi lorsque Dieudonné habille déclarations et meetings politiques radicaux en spectacles – l’argument de l’art permettant un jeu plus vif avec la législation encadrant la liberté d’expression.</span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Ce n&#8217;est donc pas un marché sans fin ni règle qui doit s&#8217;élaborer dans l&#8217;espace public européen, mais un espace qui doit assurer la réalisation des valeurs démocratiques. La société de l&#8217;information a entraîné dorénavant une réflexion critique régulière des médias sur eux-mêmes. Si, au cours du siècle, le ton de la presse française s&#8217;est policé, elle use encore d&#8217;un nombre considérable d&#8217;éditorialistes qui démontre la persistance d&#8217;une tradition très « politique » et « citoyenne » que l&#8217;on retrouve aujourd&#8217;hui dans nombre de blogs amateurs avec les mêmes défauts chroniques (paraphrase de l’événement, commentaires sur le commentaire, absence de vérification des assertions, et même, désormais, ici aussi, collusion avec le mercantilisme). L&#8217;esthétique et l&#8217;éthique maniées en permanence par les « toutologues » n&#8217;est pas un approfondissement de la morale publique mais bien sa stérilisation : « allons, n&#8217;aie pas peur de te fatiguer pour rendre service à un ami : je t&#8217;en prie réfute moi » disait Socrate à Polos. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Le dessin de presse, lui, continue à saillir. D’une manière certes pondérée : l’outrance en tel journal est norme en tel autre. Le dessin satirique vient conforter un lectorat dans un entre-soi, dans l’identité politique et culturelle partagée par ses lecteurs. Souvent, l’illustration fait rire, parfois elle exaspère. Vient le temps des controverses. La caricature de l’actualité révèle un problème, un malaise. Cela est typique de la confrontation avec le refoulement des questions : les identités deviennent difficiles à conserver, dès lors il est plus aisé de refuser le questionnement et de partir dans l’excès de littéralité. Alors, ce n’est pas tant la caricature qui pose problème, c’est son interprétation. Ainsi, nombreux sont ceux qui, bien que défendant la liberté d’expression, viennent pondérer leur soutien en affirmant que telle caricature n’est pas de bon goût, pas pertinente ou « allait trop loin »… Deux ordres de discours sont confondus. D’une part, il existe une critique esthétique. La question qui se pose est celle de la qualité de l’image, de sa réalisation, de la pertinence d’un choix pour transmettre un message. Ceci relève d’un choix et d’une adhésion. Aucun juge n’acceptera de statuer sur cette question. Ici, le débat relève du « choix artistique », notion individuelle dans nos sociétés libérales. D’autre part, le fondement éthique est l’inverse même. La caricature est évaluée selon des critères moraux. Or, cette dernière vise justement à transgresser un code. Il faut interroger la finalité de cette transgression. Ainsi il est possible de différencier le commencement d’une réflexion critique d’un comportement condamnable : l’appel à la haine, la volonté de dégrader ou d’humilier, l’outrage, la diffamation, la calomnie…  </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Dans un monde planétarisé, la caricature peut connaître des destins bien éloignés de son élaboration factuelle. Plantu, le dessinateur de la « Une » du <em>Monde</em>, s&#8217;était ainsi vu expliqué en 1992 par ses pairs du quotidien qu&#8217;un dessin moquant les rumeurs de mort imminente du Président Mitterrand risquait, s&#8217;il était ainsi publié, d&#8217;être pris pour une validation de ces rumeurs, et d&#8217;entraîner <em>ipso facto </em>une spéculation contre le franc sur les marchés internationaux. En 2006, suite à l&#8217;affaire des « caricatures danoises », il certifiait qu&#8217;« il y a de plus en plus une chape de plomb qui tombe sur les dessinateurs et sur les humoristes quand on parle de religion ». En réponse à ces dessins, avait été lancé en Iran un concours international de caricatures à propos du judéocide. Il s’agissait d’arguer du fameux « deux poids, deux mesures », de prendre l’Occident dans la contradiction de ses valeurs et normes. Suite à <em>Charia Hebdo</em>, une caricature antisémite et négationniste s’est répandu sur internet dans la même optique. Rien de nouveau dans ces embuscades contre les principes démocratiques, mais tel est l’enjeu politique. L’honnêteté intellectuelle discerne les divergences et, puisque somme toute tout cela n’est que dessins, recourt à la vieille analyse iconologique. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Le principal dessin danois avait été interprété de diverses manières car graphiquement il représentait un Mahomet terroriste aux yeux emplis de haine&#8230; soit tout le contraire de celui dessiné par Luz à la « Une » de <em>Charia Hebdo</em>. Le regard hagard du personnage vient y souligner le caractère loufoque et <em>nonsense</em> de son propos : c&#8217;est là la grande tradition de la caricature de presse qui invente un personnage en en présentant un référentiel, comme déconnecté de son modèle historique, et qui démonte l&#8217;absurdité de la pensée paranoïaque en mettant à jour son aporie argumentative. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">L’actualité du débat mettant aux prises la caricature et la liberté d’expression, qui, comme nous venons de le montrer, date de plus d’un siècle, montre que le b.a.-ba démocratique a, aujourd’hui encore, du mal à passer. Il est donc urgent de réaffirmer ses principes, en évitant toutefois deux écueils. Tout d’abord celui du piège d’un humour communautarisé qui voudrait que seule une « communauté » soit habilitée à se moquer d’elle-même. Ce qui aurait pour conséquence d’annihiler la notion le bien commun (la liberté) en la soumettant à un relativisme culturel généralisé faisant la part belle aux instrumentalisations les plus grégaires. Ensuite, celui d’une concurrence généralisée entre entités communautaires qui ne s’autoriseraient qu’à caricaturer l’Autre. L’exposition des caricatures antisémites du régime iranien en guise de réponse aux caricatures de Mahomet en est le plus sinistre exemple. Plus proche de nous, on peut déjà supposer que les mouvements nationaux-populistes vont s’engouffrer à nouveau dans le débat en soulignant l’incompatibilité de certaines religions avec les principes démocratiques. Ce qui tient, là encore, au rabais la valeur universelle des fondements démocratiques qui font du bien commun un principe transcendant les particularismes.</span></p>
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		<title>Le Front National et l&#8217;offre politique</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Oct 2011 19:42:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nicolaslebourg</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
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		<category><![CDATA[Communisme]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême droite]]></category>
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		<description><![CDATA[Par Nicolas Lebourg La fonction tribunicienne fut tenue jusqu&#8217;à la fin des années 1970 par le Parti Communiste Français, usant d&#8217;un langage révolutionnaire au  bénéfice d’une attitude réformiste. Les slogans radicaux étaient une manière d’obtenir des dominants des transformations sociales, &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/10/25/le-front-national-et-loffre-politique/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2904&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/10/afp-source-www-lemonde-frl.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-2905" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/10/afp-source-www-lemonde-frl.jpg?w=240&#038;h=120" alt="" width="240" height="120" /></a><strong>Par Nicolas Lebourg</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;">La fonction tribunicienne fut tenue jusqu&#8217;à la fin des années 1970 par le Parti Communiste Français, usant d&#8217;un langage révolutionnaire au  bénéfice d’une attitude réformiste. Les slogans radicaux étaient une manière d’obtenir des dominants des transformations sociales, par une transaction entre le langage de rupture et la praxis pragmatique. Le communisme parlementaire et syndical joua ainsi peu ou prou le rôle de lobby au bénéfice non d’une classe, mais de masses usant de ce moyen pour agir sur un seul segment politique, celui désigné par les communistes sous le vocable de « justice sociale ». Plus encore que le P.C.F., le Front National a tant joué cette fonction transactionnelle que l’on pourrait le qualifier de « parti-lobby », agissant au profit de masses n’en usant que sur le segment que les frontistes intitulent la « préférence nationale ».<span id="more-2904"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Alors que le F.N. a joui d’un groupe parlementaire, aucun de ses députés n’a donné son nom à une  loi. En revanche, depuis que le parti projette son ombre sur la scène politique, la législation relative à l’immigration n’a cessé d’être compulsivement révisée par toutes les majorités parlementaires. Le FN est structurellement un instrument de lobbying d’une fraction de l’électorat. Celui-ci ne réclame pas un retour à Vichy mais un « libéralisme ethnocratique », où le libre marché est régulé par le discriminant ethno-national. D&#8217;où la capacité du parti a agréger ensemble des clientèles socialement très diverses.</p>
<p style="text-align:justify;">Or, lors de la scission mégretiste de 1999,  faite sur une ligne non loin en bien des points de celle de Marine Le Pen, la vision des mégretistes a été unanimement relayée : ils allaient remplacer le F.N. La victoire leur était promise car ils avaient emporté l’encadrement et les structures de l’appareil dont ils étaient devenus les maîtres d’œuvre idéologiques. Le résultat du 21 avril 2002 est ainsi obtenu par le président septuagénaire d’un parti sans cadre ni militant, et à la doctrine désormais inexistante et illisible dès que l’on s’écarte du slogan de « préférence nationale ».</p>
<p style="text-align:justify;">En somme, la politique telle que conçue sur la base d&#8217;un corps militant diffusant un programme dogmatique relève de la défunte société industrielle. Elle se constitue désormais sur le modèle du marché libéral où l&#8217;excitation d&#8217;une demande permet la production d&#8217;une offre. Le vote FN a su répondre à une demande politique, et on a pas assez insisté sur le fait que le 21 avril la moitié du corps électoral s&#8217;est portée sur des candidats se présentant comme hostiles à la mondialisation néo-libérale. Leur report en 2007 sur le candidat Sarkozy se fait moins car il traite de « l&#8217;identité nationale » que parce que ce discours se joint à la promesse « travailler plus pour gagner plus ». Soit un ordre social où la hiérarchie serait enfin légitime, où le travailleur déclassé n&#8217;aurait pas au dessus l&#8217;obscénité des gains et en dessous des immigrés censés jouir de toutes les aides.</p>
<p style="text-align:justify;">Subséquemment, les discours attaquant le FN sur le thème du « populisme » ou du déficit de sérieux des frontières à l&#8217;heure mondialiste ne sont pas une réponse en contre au FN mais un viatique pour lui. L&#8217;exaspération suscitée par le système politico-économique est telle qu&#8217;entre lui et quoi que ce soit qui y fasse rupture, une part conséquente de nos concitoyens choisit la rupture. Ils ne réclament pas une révolution anticapitaliste mais un ordre hiérarchique légitime. Répondre au FN exige donc que chaque camp politique assume ses responsabilités.</p>
<p style="text-align:justify;">La droite doit se restaurer idéologiquement. L&#8217;échec du néolibéralisme a laissé sans logiciel une droite française qui ne s&#8217;y était pourtant convertie que  récemment. Avalisant les thèmes altérophobes, elle ne fait que légitimer le discours frontiste, transfère ainsi ses voix au FN et mobilise en face l&#8217;électorat de gauche. Elle doit retrouver un discours quant à l&#8217;ordre, la nation, la personne, et non être une version soft du libéralisme ethnocratique.</p>
<p style="text-align:justify;">La gauche de gouvernement se doit d&#8217;admettre l&#8217;attachement des Français à des cadres unifiés avec une fonction sociale de l&#8217;Etat et non à une société atomisée où la régulation étatique ne toucherait que les « exclus », les « sans ».</p>
<p style="text-align:justify;">La gauche antilibérale a un devoir de restaurer sa propre fonction tribunicienne en s&#8217;unifiant électoralement. Elle doit porter cette contestation du peuple français. Sachant que le FN a pu allier ensemble poujadistes et néo-nazis n&#8217;ayant rien de commun, on ne connaît pas de raison sérieuse interdisant la même opération à gauche de la gauche, permettant la même pression législative sur la question sociale que celle que le FN a obtenue sur la question migratoire depuis trente ans.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Première parution :</strong></span> Nicolas Lebourg, <a href="http://www.maisondespotes.fr/sites/default/files/pdf/pap131-1.pdf">&#8220;Réclamer un ordre juste&#8221;, <em>Pote à pote </em>(organe de SOS Racisme), juillet-septembre 2011, p.38.</a></p>
<br />Classé dans:<a href='http://tempspresents.wordpress.com/category/histoire/'>Histoire</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/category/tribune/'>Tribune</a> Tagged: <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/communisme/'>Communisme</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/extreme-droite/'>Extrême droite</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/republique/'>République</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/tempspresents.wordpress.com/2904/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/tempspresents.wordpress.com/2904/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/tempspresents.wordpress.com/2904/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/tempspresents.wordpress.com/2904/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/tempspresents.wordpress.com/2904/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/tempspresents.wordpress.com/2904/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/tempspresents.wordpress.com/2904/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/tempspresents.wordpress.com/2904/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/tempspresents.wordpress.com/2904/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/tempspresents.wordpress.com/2904/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/tempspresents.wordpress.com/2904/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/tempspresents.wordpress.com/2904/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/tempspresents.wordpress.com/2904/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/tempspresents.wordpress.com/2904/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2904&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Νέες όψεις της ριζοσπαστικής Δεξιάς</title>
		<link>http://tempspresents.wordpress.com/2011/10/11/jean-yves-camus-new-radical-right-wing/</link>
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		<pubDate>Tue, 11 Oct 2011 18:07:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>jeanyvescamus</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sociologie et sciences politiques]]></category>
		<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême droite]]></category>
		<category><![CDATA[Religion]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Jean-Yves Camus Μέχρι τις αρχές του 21ου αιώνα, η πολιτική επιστήμη όριζε την «άκρα Δεξιά» διαφορετικά από τη συντηρητική και τη φιλελεύθερη Δεξιά, στη βάση διάφορων θεμελιωδών σημείων, αν και οι ορισμοί διέφεραν ανάλογα με το συγγραφέα. Η προσκόλληση &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/10/11/jean-yves-camus-new-radical-right-wing/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2825&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/10/narcise-le-carevage.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-2827" title="Narcisse [Le Carevage]" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/10/narcise-le-carevage.jpg?w=149&#038;h=180" alt="" width="149" height="180" /></a>Par Jean-Yves Camus</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;">Μέχρι τις αρχές του 21ου αιώνα, η πολιτική επιστήμη όριζε την «άκρα Δεξιά» διαφορετικά από τη συντηρητική και τη φιλελεύθερη Δεξιά, στη βάση διάφορων θεμελιωδών σημείων, αν και οι ορισμοί διέφεραν ανάλογα με το συγγραφέα. Η προσκόλληση της παραδοσιακής Δεξιάς σε μια απόλυτα περιεκτική αντίληψη για το έθνος και, κατά συνέπεια, σε μια συμβατική εκδοχή της εθνικής ταυτότητας ήταν, όπως φαίνεται, το μη διαπραγματεύσιμο στοιχείο που εμπόδιζε την πλήρη ενοποίηση της Δεξιάς σε ευρωπαϊκό επίπεδο, που θα είχε βάλει τέλος στον εξοβελισμό, από το 1945 και εξής, κάθε ιδεολογίας ή πολιτικού σχηματισμού που ήταν ύποπτοι ότι έβλεπαν με ευαρέσκεια το ρατσισμό και την ξενοφοβία, για να μην αναφέρουμε τον αντισημιτισμό. Στο σημείο αυτό εμφανίστηκαν αρκετοί πολιτικοί σχηματισμοί που φανέρωναν την ύπαρξη υβριδικών λαϊκιστικών και ξενοφοβικών δεξιών κινημάτων, που σε διάφορες ιστορικές περιόδους κάλυπταν ανάγκες των κυβερνήσεων, κινημάτων που καταλάμβαναν το χώρο από την ολική αντίθεση με το «σύστημα» μέχρι τη συμμετοχή σε αυτό μέσω σημαντικών εκλογικών νικών.</p>
<p style="text-align:justify;"><span id="more-2825"></span>Χαρακτηριστικό παράδειγμα είναι η ιδεολογική μεταμόρφωση του ελβετικού αγροτικού κόμματος, της Δημοκρατικής Ένωσης Κέντρου (UDC)· η απότομη άνοδος του αυστριακού Κόμματος της Ελευθερίας (FPÖ) υπό την ηγεσία του Γεργκ Χάιντερ· η σταθερή συμμετοχή της Λίγκας του Βορρά (LegaNord) στις κυβερνήσεις του Μπερλουσκόνι· ο ρόλος που έπαιξε το Λαϊκό Κόμμα της Δανίας (Folkeparti) στην πολιτική ζωή της χώρας· και τέλος, ο σύντομος πάταγος που έκανε η Λίστα του Πιμ Φορτούιν στο πολιτικό τοπίο της Ολλανδίας.</p>
<p style="text-align:justify;" lang="el-GR">Ενώ το παραδοσιακό αντιφασιστικό κίνημα συνέχιζε να καιροφυλακτεί για την ανάδυση του ξενόφοβου λαϊκισμού στο πνεύμα των δεκαετιών του 1930 και του 1940, η Δεξιά στην Ευρώπη αναθεωρούσε το πολιτικό της πρόγραμμα. Τα πιο ριζοσπαστικά κομμάτια συνειδητοποίησαν ότι θα έμεναν στο περιθώριο αν δεν έκαναν κάποιες τουλάχιστον παραχωρήσεις στο δημοκρατικό τρόπο λειτουργίας.</p>
<p style="text-align:justify;" lang="el-GR">Ακροδεξιά πραξικοπήματα δεν γίνονται πια, η υποψία για φασισμό οδηγεί σε εξοστρακισμό και ο νεοναζισμός είναι μια περιθωριακή αντικουλτούρα χωρίς πολιτικό μέλλον. Η ανάγκη να τραβήξουν ψηφοφόρους από τα εθνικιστικά-λαϊκιστικά κόμματα, καθώς και διάφοροι θεμελιώδεις μετασχηματισμοί έχουν οδηγήσει τις δεξιές κυβερνήσεις σε μια πρωτοφανή ιδεολογική επίθεση, που βασίζεται στην υποστήριξη τριών αξιών: του νόμου και της τάξης, της αντιμετανάστευσης και μιας περιοριστικής αντίληψης για την εθνική ταυτότητα.</p>
<h1 style="text-align:left;"><span style="color:#ff0000;">Μια νέα σύνθεση</span></h1>
<p style="text-align:justify;">Τι συμβαίνει στα άκρα δεξιά της πολιτικής αρένας; Έχει δημιουργηθεί ένα νέο υποσύνολο πολιτικών οικογενειών, που αποτελείται από δεξιούς λαϊκιστές και ριζοσπάστες ξενοφοβικούς. Ορισμένες αποτελούνται από δεξιούς που έχουν αποσχιστεί από φιλελεύθερα ή συντηρητικά κόμματα (ο Βίλντερς προέρχεται από το Φιλελεύθερο Λαϊκό Κόμμα για την Ελευθερία και τη Δημοκρατία (VVD) και η πολιτική του πορεία θυμίζει εκείνη του Φιλίπ ντε Βιλιέ στη Γαλλία)· ορισμένες αποτελούν εδραιωμένους σχηματισμούς που ριζοσπαστικοποιήθηκαν (όπως το ελβετικό Λαϊκό Κόμμα [UDC] υπό την ηγεσία του Κρίστοφ Μπλόχερ)· και μερικές φορές πρόκειται για νέους παίκτες, όπως η Λίγκα του Βορρά στην Ιταλία. Κοινό τους χαρακτηριστικό είναι η αυστηρή κριτική για την απομάκρυνση των ελίτ από το λαό, κάτι που οδηγεί στην αντίθεση με την αντιπροσωπευτική δημοκρατία, που έχει χάσει το δρόμο της, και στην υποστήριξη μιας άμεσης δημοκρατίας που θα επιτρέπει τη διακυβέρνηση στη βάση των φωνών που θα προέρχονται από τη «λαϊκή κοινή λογική». Κοινός είναι επίσης ο διαχωρισμός που κάνουν ανάμεσα σε μια ψευδή Δεξιά, που έχει διαποτιστεί από τον πολιτισμικό σχετικισμό, την ανεκτικότητα και την «πολιτική ορθότητα», και σε μια Δεξιά που δεν έχει κανένα κόμπλεξ, είναι ιδεολογικά επιθετική και υποστηρίζει μια μορφή εθνικής ταυτότητας, η οποία απομακρύνεται ριζικά από την παράδοση του κοινωνικού συμβολαίου.</p>
<p style="text-align:justify;">Στην καρδιά της συζήτησης βρίσκεται μια κριτική προσέγγιση του πολυπολιτισμού, που αποτελεί ένα έξυπνο προκάλυμμα και μπορεί να εμφανίζεται ως θεμιτή. Είναι εύκολο, για παράδειγμα, να καταλάβουμε ότι ο Ουμπέρτο Μπόσι δεν χρειάζεται να ασπάζεται τις παραδοσιακές αξίες της Δεξιάς ή να καταδεικνύει το ισλάμ (όχι τον ισλαμικό φονταμενταλισμό) ως επεκτατική δύναμη, ως έναν από τους παράγοντες διάλυσης της εθνικής ταυτότητας και ως απολυταρχική ιδεολογία που είναι ανίκανη να προσαρμοστεί στον ευρωπαϊκό πολιτισμό. Κάτω από την ομπρέλα της άκρας Δεξιάς, με τη δύναμη αποκλεισμού που έχει, τα κινήματα αυτά πρέπει να εξεταστούν πιο προσεκτικά για να εντοπιστούν οι σημαντικές καινοτομίες στις απόψεις και τη στράτευση αυτής της υποομάδας της Δεξιάς στην Ευρώπη.</p>
<p style="text-align:justify;" lang="el-GR">Το πρώτο βήμα αυτού του εκσυγχρονισμού είναι αναμφίβολα η κατασκευή ενός πολιτικού προγράμματος αποκλεισμού, βασισμένου στις αξίες της συμπερίληψης που υποστηρίζουν συνήθως η Αριστερά και η μετριοπαθής Δεξιά. Η αντιισλαμική ατζέντα του Φορτούιν και του Βίλντερς έχει θεμελιωθεί στην ανάγκη των ευρωπαϊκών κοινωνιών να διατηρήσουν τις αξίες της ανοχής, της ισότητας των φύλων (ακόμα και της σεξουαλικής ελευθερίας), του διαχωρισμού εκκλησίας και κράτους, ως παράγοντες προαγωγής της ατομικής και της επιχειρηματικής ελευθερίας, καθώς και της ελευθερίας της συμπεριφοράς. Κατά συνέπεια, τα κόμματα αυτά, καθώς και πολλοί άλλοι σχηματισμοί αυτής της χωρίς αναστολές Δεξιάς, ιδίως στη Γαλλία και την Ιταλία, κάνουν εκλογικές επιδρομές σε λαϊκά τμήματα της κοινωνίας, που παλιότερα ανήκαν στην Αριστερά, επαναφέροντας απαιτήσεις για αυστηρότητα, νόμο και τάξη, εργασία και αξιοκρατία, που δεν αποτελούν θεμελιώδεις αξίες της αντιδραστικής Δεξιάς, αλλά αναπόσπαστο τμήμα μιας εργατικής ή, τουλάχιστον, λαϊκής κουλτούρας, με συντηρητικές, αυταρχικές και συχνά εθνοκεντρικές τάσεις.</p>
<h1 style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;">Μια νέα ταυτότητα</span></h1>
<p style="text-align:justify;">Η δεύτερη καινοτομία συνίσταται στην παρουσίαση του οράματος μιας εθνικής ταυτότητας ριζικά διαφορετικής από εκείνη που πρότεινε η φιλελεύθερη-συντηρητική παράδοση, που βασιζόταν στις αρχές του 1789 ή στην έννοια της ιδιότητας του πολίτη που αποκτάται μέσω μιας σύμβασης, με βάση την επιθυμία για οικουμενικές αξίες. Στα πολιτικά σχήματα λαϊκιστικού τύπου της Σκανδιναβίας, στο ελβετικό UDC του Όσκαρ Φρέισινγκερ ή στην περίπτωση του Ουμπέρτο Μπόσι και της «νεανικής φρουράς» του, που αποτελείται από επίλεκτα μέλη της Λίγκας, η ταυτότητα στηρίζεται στο έθνος, τη Heimat, την πατρίδα: στην ουσία είναι αναλλοίωτη, σταθερή στο χώρο, την ιστορία και την παράδοση. Δεν αφήνει κανένα περιθώριο για συνθετικά μοντέλα, όπως το δημοκρατικό έθνος, η ομοσπονδιακή Ευρώπη της ελεύθερης μετακίνησης, η παγκόσμια οικονομία ή η παγκόσμια κυβέρνηση. Συχνά αυτό το μοντέλο περιγράφεται ως «εθνο-διαφοροποιητικό» και αναδιατυπώνει πολιτικά τις ιδέες της Νέας Δεξιάς, που διαφέρουν ριζικά ως προς την κοσμοαντίληψη και την κλασική συναινετική ιδέα μιας εθνικής ταυτότητας βασισμένης στην αφομοίωση των αξιών της πλειοψηφίας. Πρόκειται στην πραγματικότητα για μισή αλήθεια.</p>
<p style="text-align:justify;">Τα κόμματα που αναφέραμε παραπάνω, καθώς και κάποια μικρότερης σημασίας (Plataforma per Catalunya, Bloc Identitaire) προτάσσουν την ομοιογένεια των ανθρώπων σε μια συγκεκριμένη επικράτεια, ενώ ο Αλέν ντε Μπενουά, ένας από τους ιδρυτές της Νέας Δεξιάς και του GRECE, της γαλλικής ακροδεξιάς «δεξαμενής σκέψης», επιμένει ότι «η εθνοπολιτισμική ταυτότητα των διαφορετικών κοινοτήτων που ζουν σήμερα στη Γαλλία δεν πρέπει να καταπιέζεται στο ιδιωτικό πεδίο προκειμένου να μπορεί να ανταμειφθεί στη δημόσια σφαίρα»<strong>[i]</strong>. Η συζήτηση αυτή δεν αφορά φήμες και δεν περιορίζεται στην εξωκοινοβουλευτική ή τη ριζοσπαστική Δεξιά. Τα επόμενα χρόνια, οι ομάδες της Δεξιάς που βρίσκονται στην κυβέρνηση θα αντιμετωπίσουν μεγάλο πρόβλημα σε σχέση με τον τρόπο που θα ορίζουν την εθνική ταυτότητα.</p>
<p style="text-align:justify;">Είτε θα συνεχίσουν να υπερασπίζονται ανοιχτά την ιδιότητα του πολίτη, κάτι που δεν θα τους επιτρέψει να προσεταιριστούν ψηφοφόρους των εθνικιστικών-λαϊκιστικών κομμάτων όπως το Εθνικό Μέτωπο (FN), είτε θα επιλέξουν ως προτεραιότητα αυτούς τους ψηφοφόρους και η τοποθέτησή τους στο ζήτημα του έθνους θα γίνει «ταυτοτική». Το παλιό εθνικό-δημοκρατικό μοντέλο «της γης και των νεκρών», της εξύμνησης του εθνικού κράτους και της ιδιότητας του πολίτη στη βάση ιστορικά κοινών αξιών, θα γίνει αναμφίβολα λιγότερο ελκυστικό από εκείνο μιας εθνοπολιτισμικής ταυτότητας που θα μπορεί να συναρθρώσει τοπικές, περιφερειακές και εθνικές ρίζες σε ένα ευρύτερο πλαίσιο αναφοράς, που δεν θα είναι αυτό μιας «Ευρώπης που λειτουργεί», ούτε μιας «θεσμικής Ευρώπης». Στην περίπτωση της Γαλλίας, αυτό σημαίνει ότι η σημερινή πολιτική, που εφαρμόζει έναν όλο και πιο περιοριστικό ορισμό του ανήκειν στην εθνική κοινότητα, αργά ή γρήγορα θα έρθει σε σύγκρουση με αυτή την πραγματικότητα: Για τους τακτικούς ψηφοφόρους του Εθνικού Μετώπου, και ιδίως για τους πιο σκληροπυρηνικούς, η γαλλική ταυτότητα μπορεί να αποκτηθεί μόνο από άτομα ευρωπαϊκής εθνοτικής καταγωγής, με δεδομένο ένα σύστημα ρωμαιοκαθολικών αξιών ως πολιτισμικό κανόνα. Όλες οι προσπάεθιες της Δεξιάς –τουλάχιστον στα λόγια– να κυνηγήσει ψήφους στα εδάφη του Εθνικού Μετώπου προορίζονται μάλλον να αποτύχουν, επειδή η εστίαση στην έννοια της εθνικής ταυτότητας προϋποθέτει τη συνοχή ανάμεσα στα διαφορετικά επίπεδα ταυτότητας, από τα πιο κοντινά (την επαρχία, την περιφέρεια, την «περιοχή») μέχρι τα πιο απόμακρα (τον ευρωπαϊκό πολιτισμό), περνώντας μέσα από το έθνος. Στη βάση αυτή, οι «ταυτοτικές» δεξιές ομάδες έχουν το προβάδισμα: Θα είναι πάντα ευκολότερο να καταλάβει κανείς το «μια γη, ένας λαός» παρά τη «διαφορετικότητα» που προάγουν οι γαλλικές ελίτ προβάλλοντας τη νομικά ανύπαρκτη έννοια του «Γάλλου ξενικής καταγωγής»<strong>[ii]</strong>.</p>
<h1 style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;">Ιεραρχικός ρατσισμός</span></h1>
<p style="text-align:justify;">Η τελευταία καινοτομία αυτών των «ταυτοτικών» ομάδων της Δεξιάς είναι η απομάκρυνσή τους από ορισμένες δομικές αδυναμίες της παραδοσιακής άκρας Δεξιάς, όπως η εστίαση σε μια χαρισματική προσωπικότητα, η σημασία του «χάσματος των γενεών» και η ακραία προσωποποίηση της πολιτικής διαχείρισης. Το ζήτημα της χαρισματικότητας είναι ουσιώδες για να κατανοήσουμε την επιτυχία του Ζαν-Μαρί Λεπέν και του Γεργκ Χάιντερ. Έχει παίξει πολύ μικρότερο ρόλο στην περίπτωση της Λίγκας του Βορρά, του νορβηγικού Κόμματος της Προόδου (Fremskrittspartiet) και του δανικού Λαϊκού Κόμματος (Folkeparti), που έχουν καταφέρει είτε να αναπληρώσουν τις ελλείψεις των ηγετών τους διασφαλίζοντας την εναλλαγή γενεών στα στελέχη του πυρήνα τους και στους εκλεγμένους τους αντιπροσώπους, επιτρέποντας επίσης την ανάδυση όχι μίας αλλά πολλών εμβληματικών προσωπικοτήτων (Λίγκα του Βορρά, UDC).</p>
<p style="text-align:justify;">Αυτό ακριβώς έκανε η Εθνική Συμμαχία στην Ιταλία, μετά το μετασχηματισμό της από νεοφασιστικό κόμμα σε συντηρητικό σχήμα με δημοκρατικό και πλουραλιστικό χαρακτήρα. Ο χαρισματικός ηγέτης συχνά απουσιάζει ή έχει μικρή παρουσία, όπως συμβαίνει στην περίπτωση της Σιβ Γιένσεν και της Πία Κιέρσγκορ στη Σκανδιναβία, που εκπροσωπούν απλώς τη βασική τάση της οργάνωσής τους, η οποία υπερβαίνει κατά πολύ την προσωπική τους αύρα. Τα δύο τελευταία παραδείγματα μαρτυρούν επίσης ότι και οι γυναίκες έχουν τη δυνατότητα να κερδίσουν την εμπιστοσύνη των ψηφοφόρων αυτής της πολιτικής οικογένειας, μια καινοτομία που επιβεβαιώνεται και από την επιτυχία της Κριστίνα Μορβάι, που είναι αρχηγός στο Κίνημα για μια Καλύτερη Ουγγαρία (Jobbik), από το σημαντικό ρόλο της Φλερ Αγκεμά στην ηγεσία του ολλανδικού Κόμματος της Ελευθερίας (PVV) και, τώρα πια, από την παρουσία της Μαρίν Λεπέν στο τιμόνι του Εθνικού Μετώπου.</p>
<p style="text-align:justify;" lang="el-GR">&gt;Το μέλλον των πολιτικών θεματικών που θα βασίζονται στην ταυτότητα είναι μέρος μιας ευρύτερης κίνησης που, στη δεκαετία του 1970, οδήγησε στην εμφάνιση του εθνοπλουραλισμού, για τον οποίο ο Πιερ-Αντρέ Ταγκιέφ έχει δείξει ότι είναι υποκατάστατο του ιεραρχικού ρατσισμού. Όπως αναδιατυπώθηκε μετά την 11η Σεπτεμβρίου 2001, στα συμφραζόμενα της «σύγκρουσης των πολιτισμών» και του χαρακτηρισμού του Ισλάμ ως κύριου εχθρού των λαών της Ευρώπης, η θεωρία της ταυτότητας φαίνεται να επιτρέπει στην άκρα Δεξιά να εισέλθει σταδιακά στην «γκρίζα ζώνη» ανάμεσα στα δεξιά κόμματα εξουσίας και το ριζοσπαστικό λαϊκισμό. Η σχετική της επιτυχία στις σφυγμομετρήσεις, εκτός του ότι αναγκάζει τη συντηρητική Δεξιά να αναδιατυπώσει το δόγμα της περί εθνικής ταυτότητας ώστε να το κάνει πιο αιχμηρό, δείχνει ότι το ζήτημα της σχέσης ανάμεσα στην εθνοπολιτισμική ταυτότητα και το έθνος θα είναι μία από τις μεγάλες διανοητικές και πολιτικές διαμάχες των επόμενων ετών.</p>
<h2 style="text-align:center;"><span style="color:#ff0000;">Φ</span></h2>
<p style="text-align:justify;"><strong>[i]</strong> A. de Benoist/Charles Champetier: <em>2000 Manifesto of the New Right. Eléments</em> No. 94, February 1999. Στη δεκαετία του 1980, το GRECE γνώρισε κάποιες διαμάχες στο εσωτερικό του σχετικά με αυτό τον ορισμό της ιδεολογίας της ταυτότητας. Η κοινοτιστική αντίληψη του Αλέν ντε Μπενουά έρχεται σε αντίθεση με εκείνη του Πιερ Βιάλ: αυτή του «τέλους του λευκού κόσμου» που περιγραφει ο Ζαν Ρασπέ, το 1973, στο μυθιστόρημά του <em>Le Camp des Saints</em>.</p>
<div dir="LTR">
<p style="text-align:justify;"><strong>[ii] </strong>Που το πιο εθνοκεντρικό τμήμα του εκλογικού σώματος την καταλαβαίνει διαισθητικά ως «μη ευρωπαϊκής (και μη χριστιανικής) καταγωγής.</p>
</div>
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		<title>Les Lois de la Haine</title>
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		<pubDate>Sun, 02 Oct 2011 21:49:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nicolaslebourg</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Par Nicolas Lebourg En l’ère du relativisme triomphant, la haine conserve le privilège d’être un objet d’anathème, un étendard dont nul ne se revendique. Sentiment humain ou dynamique sociale, sa structure est mal identifiée de par l’opprobre qui la couvre. &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/10/02/nicolas-lebourg-lois-haine/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2797&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/09/hate_by_nicole1331-deviantart.gif"><img class="alignleft  wp-image-2808" title="Hate_by_nicole1331 DeviantArt" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/09/hate_by_nicole1331-deviantart.gif?w=165&#038;h=165" alt="" width="165" height="165" /></a><span style="color:#ff0000;"><strong>Par Nicolas Lebourg</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">En l’ère du relativisme triomphant, la haine conserve le privilège d’être un objet d’anathème, un étendard dont nul ne se revendique. Sentiment humain ou dynamique sociale, sa structure est mal identifiée de par l’opprobre qui la couvre. Sa présence est dès lors surtout invoquée dans le débat polémique où elle est un terme de disqualification venant clouer au pilori éthique l’adversaire rhétorique choisi. Dans le langage commun, la haine a un champ d&#8217;adjectifs construit : elle est « aveugle », sanguinaire », « bestiale », « imbécile », « rabique », « sadique », <em>etc</em>. En somme, ce qui est entendu est qu’elle fait penser et agir hors du cadre de la raison. Plus vil des instincts, son relâchement entraînerait des actions sans mesure. Conséquemment, la haine devrait être auto-destructrice quand elle est homicide, puisque l’objet détruit impliquerait sa disparition. Elle trouve en fait souvent un nouveau lieu de fixation.<span id="more-2797"></span> Elle dispose donc d’un aspect dynamique et entropique qui lui permet de se maintenir et de se conserver, et ce même si en raison sa tâche est achevée. Cet aspect à la fois conservateur (la haine veut se perpétuer) et dynamique peut être liée à son origine sentimentale. Pour Freud, la haine provient « de la lutte du moi pour sa conservation et son affirmation ». L’extérieur au Moi est donc d’abord perçu sous le signe de la haine, corollaire premier à la constitution de l’être<strong>[1]</strong>.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Cette projection, conjointement à la question et au stéréotype des « jeunes des quartiers », explique en partie pourquoi la société craint en la jeunesse une figure de la haine et pourquoi celle-là use de l&#8217;expression « avoir la haine ». Car la haine renvoie à cette énergie typique de l&#8217;adolescence : le produit de la frustration à l&#8217;encontre d&#8217;une sourde hétéronomie. Conséquemment et postérieurement, perpétuer sa haine serait, pour des personnes ne disposant que de peu d’autres fondements acquis, une manière de se perpétuer soi-même, de trouver son identité – pour user d&#8217;un mot-valise justement producteur de légitimation de l&#8217;altérophobie.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Toutefois, la haine ne saurait être comprise dans le cadre de l&#8217;éristique ou de la psycho-histoire. Elle est un objet de sciences sociales lorsque de rage individuelle et intérieure elle devient expérience collective qui transporte des groupes sociaux. Elle peut alors être un moteur politique, en conjonction toutefois avec d&#8217;autres éléments la rendant opérationnelle, que ce soit sur le plan des idées (le racisme politisé) ou des actes (les camps de la Seconde Guerre mondiale). Cette absence d&#8217;autonomie pratique alliée à sa disqualification morale implique de considérer ensemble ses actions et ses représentations, miroir interagissant désignant sa part séductive et normative, telle que l&#8217;iconographie audiovisuelle du viol collectif. Il ne s&#8217;agit certes pas de circonscrire la haine au domaine des crimes et délits. Cependant, dans des sociétés de type légal-rationnel désenchantées du monde, c’est le droit qui devrait indiquer ce qu’est la morale autant que réprimer l’action. C’est donc la façon dont le droit encadre la pratique de la haine qui peut <em>in fine</em> faire entendre la place qui lui est sociétalement réservée. C’est aussi ainsi, puisque le droit est également le moyen que produit une société pour se réprimer elle-même, qu&#8217;apparaît la trace du dernier sentiment du « dernier homme » : la haine de soi.</p>
<h1 style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong>La Haine en politique</strong></span></h1>
<p style="text-align:justify;">De sentiment individuel, la haine peut se muer en dynamique sociale de par les processus de mythification à l&#8217;œuvre dans le débat public. Elle abolit la pluralité des autres pour en faire un type générique et paraître ainsi rationnelle. Toutefois, elle n’unifie pas que son objet. En effet, Freud dessine la dimension sociale de la haine. « Nous sommes tous issus d’une longue lignée d’assassins », déclare-t-il en référence à Caïn<strong>[2]</strong>. Effectivement, bibliquement la haine est issue de Caïn, à l&#8217;instar du crime, de la civilisation urbaine et de la forge. Dès l’origine, elle est contagieuse, puisque Dieu doit mettre un signe sur Caïn pour le protéger des hommes<strong>[3]</strong>.</p>
<p style="text-align:justify;">Le mythe signifie dès lors que la haine est tout à la fois fondatrice et expansionniste, qu&#8217;elle ne se borne pas à séparer les hommes : elle les relie également. La haine unifie et structure les groupes. Certes il faut la travestir, il n&#8217;est guère que l’Italie fasciste à avoir osé le slogan « travailler, haïr, se taire » ; durant la Guerre totale, la <em>Reppublica Sociale Italiana</em> préféra néanmoins un triptyque « croire, obéir, combattre », faisant ainsi entrer en résonance la haine et l’obéissance… Il est bien des idéologies qui pourraient servir à analyser l&#8217;usage politique de la haine, mais ce jeu entre figures mythiques (l&#8217;Ennemi, l&#8217;Autre, l&#8217;Identité) et valeurs soldatesques (le combat, l&#8217;obéissance) correspond plus à la Périphérie du système qu&#8217;à son Centre. Le discours politique des années 1980 fustigeait justement la montée de l’extrême droite xénophobe en la taxant « d’idéologie de la haine et de l’exclusion », tant et si bien que la presse frontiste moquait la chose<strong>[4]</strong>. La formule fut brillamment inopératoire, car la fonction structurante de la haine désarme les dénonciations vertueuse<span style="color:#000000;">s. </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">En effet, haïr en chœur n&#8217;est pas un acte de désunion sociale mais</span><span style="color:#000000;">, </span><span style="color:#000000;"><em>a contrario</em></span><span style="color:#000000;">, une</span><span style="color:#000000;"> lutte contre l&#8217;atomisation. Un membre du service d’ordre du Front National avait cet</span>te formule « avant il y avait le Front popu&#8217;, et maintenant il y a le Front »<strong>[5]</strong>. Derrière les mots, la référence était sans doute moins relative aux mesures sociales prises ou prônées qu’à la représentation de grande liesse fraternelle qu&#8217;est l’image du Front populaire. En haïssant ensemble la même cible, les individus deviennent un groupe, un espace préservé, un entre-soi de fraternité et de solidarité. D&#8217;autant que la haine n’est pas reconnue comme relevant de la responsabilité du sujet : c’est l’objet de sa haine qui en est redevable. La chose est manifeste dans les entretiens avec des militants de base du F.N. : en tant que Français ils se considèrent victimes de la haine des immigrés à leur encontre, en tant que citoyens il se considèrent victimes de la haine des médias et de la classe politique. Ils produisent un espace où les informations s’échangent à ce propos et viennent valider les présupposés, et où, dans le même temps, le confort du groupe clos permet une expression abrupte de préjugés qui seraient stigmatisés comme haineux dans l&#8217;espace public. Lorsque parvient à eux le discours disqualifiant les accusant de haine ce n’est qu’une nouvelle légitimation de leur fraternité recluse<strong>[6]</strong>.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Au-delà du microcosme militant, le succès européen des partis populistes repose pour partie sur leur capacité à présenter le discriminant ethnique comme une variable d&#8217;ajustement d&#8217;une société sans ascenseur social. Durant les années 1930, les dénonciations massives en U.R.S.S. correspondaient à un schéma de libération des places de l&#8217;échelon supérieur au délateur, assurant la mobilité sociale au sein d&#8217;une société figée<strong>[7]</strong>. Dans tous les cas, la critique moraliste et la dénonciation de la haine n&#8217;est donc qu&#8217;un leurre esquivant la vraie question : le mécontentement social à l&#8217;encontre d&#8217;un système socio-économique qui ne proposerait aux masses que stase ou déclassement.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Le moralisme en tant qu’arme contre la haine politisée est ainsi un logique échec tactique. Il peut même être contre-productif, puisque non seulement la haine unifie, mais en sus car elle fascine, ayant cette incandescence de la transgression ultime dans une société dominée culturellement par l&#8217;humanisme égalitaire. Lorsque le M.R.A.P. porte plainte contre Bruno Mégret pour « incitation à la haine raciale » en raison du caractère raciste de ses clips de campagne, seule raison qui fit que les media l&#8217;évoquèrent durant la campagne des présidentielles de 2002, Christian Bouchet réagit sur sa <em>mailing</em>-<em>list </em>par ces mots : « il est des initiatives ennemies qui valent des médailles »<strong>[8].</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Qui voterait pour une extrême droite aseptisée ? Aucun des groupes qui a tenté électoralement ce positionnement sous la V<sup>e</sup> République n’a atteint un score viable. Précisément, sous l&#8217;ombre du judéocide, c&#8217;est cet aspect de possibilité de déclenchement d&#8217;une haine homicide qui inquiète et séduit dans l&#8217;extrême droite. Il y a ici une part de théâtralité du politique qui implique toujours de surjouer les enjeux. La dénonciation de la haine de l&#8217;adversaire transforme la simple alternance démocratique en enjeu apocalyptique, de Philippe de Villiers clamant en 1984 que « La France va vers le totalitarisme (&#8230;) l’apprentissage de la haine des nouveaux élus nous mènera jusqu’au bain de sang », à Emmanuel Todd voyant dans le sarkozysme une « haine de l&#8217;autre » qui l&#8217;apparente au « fascisme »<strong>[9]</strong>. Plus le débat politique général est aseptisé, plus saillent les porteurs de cette dimension &#8220;chaude&#8221; au sein du discours politique, plus <em>de facto</em> la question de la haine et de l&#8217;extrémisme paraissent s&#8217;exacerber.</p>
<p style="text-align:justify;">Or cette potentialité de violence de l&#8217;extrémisme n&#8217;est en fait que partiellement tributaire de la haine. Non seulement parce que la thèse intentionnaliste du génocide a été historiographiquement défaite, mais également car ce présupposé ne correspond pas à l&#8217;auto-représentation des acteurs impliqués, ce qui incombe quant à la production de leurs actions. En 1933, le ministre de l’Intérieur d’Hitler, Wilhelm Frick, affirmait « il faut écarter par principe tout mépris haineux envers les races étrangères ». En 1941 un sondage non-scientifique réalisé parmi les militants du parti nazi ne donnait que 5% de sondés partisans de l&#8217;extermination des juifs d&#8217;Europe<strong>[10]</strong>.</p>
<p style="text-align:justify;">La question est dicible, les prodromes légitimateurs posées, mais la haine homicide n&#8217;est pas l&#8217;alpha de cette violence radicale. Au Tribunal de Nuremberg, Rudolf Hoess, le commandant d’Auschwitz, déclara « Je n&#8217;ai tué personne, j&#8217;étais juste le directeur du programme d&#8217;extermination d’Auschwitz. » Dans l’autobiographie qu’il rédige en attendant son exécution il prétend : « personnellement je n’ai jamais éprouvé de haine contre les juifs ». Selon Tzevtan Todorov, la structure intellectuelle ici en jeu est avant tout la pensée instrumentale, où l’homme n’est plus fin mais moyen. Les êtres humains dépersonnalisés sont soumis à ce qui se veut une logique pure et rationnelle : Hoess insiste lourdement sur le fait que la solution qu’il a mise en place était à ses yeux la seule rationnelle étant donné les stocks d’internés et l’économie de guerre<strong>[11].</strong></p>
<p style="text-align:justify;">C’est-à-dire que si le déclenchement d’une haine enflammée a permis la dynamique génocidaire, celle-ci ne suffit pas. Il fallait savoir organiser une structure intégrée dans le paradigme et le tissu industriels (avec le réemploi des cheveux dans les pantoufles et les joints d’industrie, ce qui suit une logique d’usage industriel d’une matière première transformée). Ce sont là les qualités des cadres, des fonctionnaires, bref d’éléments fournis commodément par n’importe quel système moderne. Par la suite, pour que la raison et la pensée instrumentale puissent parvenir à inscrire dans le réel les objectifs de la haine, il faut installer les premiers dans une indifférence sociale aux seconds. Il est possible de massacrer dans l’hystérie et l’enthousiasme, mais ce n&#8217;est pas une démarche qui vise à la totalité. Tant que sont laissés des survivants est encore imaginable la construction d’un après avec eux. En revanche, il importe pour exterminer d&#8217;avoir instauré l’indifférence sociale quant au sort des victimes. C’est la dépersonnalisation des cibles de la haine qui permet qu’elles soient éliminées sans fioriture puisqu’il n’y aucun égal à soi à défendre<strong>[12]</strong>. « Ennemi total, Guerre totale, État total » : la formule de Carl Schmitt implique objectivement que le fondement culturel des institutions repose sur la construction sociale de la haine<strong>[13]</strong>. Si Goebbels exposa en meeting que la Guerre totale serait l’ultime car après elle il n’y aurait plus que « des exterminés et des survivants », son journal intime porte des traces de troubles quant à l’extermination en cours. Toutefois, il y reconnaissait à cette dernière le mérite de rendre impossible toute marche en arrière, tout retour du III<sup>è</sup> Reich dans un hypothétique concert des nations<strong>[14]</strong>. Choisir de donner à la haine les moyens de l&#8217;État était devenu le seul moyen pour que cet État arrive à son terme logique.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Au niveau des idées, stigmatiser un mouvement comme haineux ne saurait donc suffire. Le politique implique une poétique, un appel aux mythes mobilisateurs, qui induit la faiblesse qu’y a la raison pure. Le désarmement de la haine ne peut être réalisé sans avoir également démonétisé ces mythes (organicisme, identitarisme, <em>etc</em>.) et répondu aux aspirations populaires (mobilité et hiérarchie sociales perçue comme convenables) grâce auxquels la haine se structure et se légitime. Au niveau des actes et à l&#8217;échelle exterminatrice, le déploiement de la haine implique deux processus de dépersonnalisation : la pensée instrumentale, chez ceux qui font fonctionner le système, l’indifférence, chez les masses. Cela signifie subséquemment qu’il est une perspective qui dépasse cet espace-temps. Pour paraphraser un questionnement classique, préférer l’ordre à la justice, c’est ne pas permettre la haine individuelle qui trouble le corps social mais permettre une haine structurée qui peut alors frapper des pans entiers de ce qui fut la société. Sur le plan idéologique comme sur le plan pratique, la volonté de domination de l’autre exécré va de pair avec un désir de fusion communautaire palingénésique. Cette démarche n&#8217;est pas sans corrélation avec celle à l&#8217;œuvre dans le viol collectif et ses représentations.</p>
<h1 style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#ff0000;">Une haine</span> <span style="color:#ff0000;">en abyme : le viol collectif et sa représentation</span></strong></h1>
<p style="text-align:justify;">Le viol collectif ne repose pas sur des aliénations mentales et des tendances sadiques individuelles additionnées mais dispose de sa propre logique, avant tout groupale. Il est un acte haineux, mais <em>quid</em> de sa représentation ? Est-elle, parfois, un vecteur de diffusion de schèmes haineux ? Considérer ces simples questions c&#8217;est déjà se situer dans un espace-temps où le viol est devenu crime. La convention de La Haye (1907) et celles de Genève (1949) n&#8217;abordent pas explicitement la question. En 1946, le Tribunal de Nuremberg ne l&#8217;a pas retenue, tandis que celui de Tokyo l&#8217;a fait à l&#8217;encontre de deux officiers mais non pour la question globale des « femmes de réconfort »<strong>[15]</strong>. Si le Japon d&#8217;aujourd&#8217;hui peine toujours tant à se pencher sur cette question, il est notable que, globalement, l&#8217;unique tabou peut-être encore actif dans le cadre de la Seconde Guerre mondiale est précisément celui des viols collectifs, hormis les films pornographiques mettant en jeu des nazis violant des internées<strong>[16]</strong>. Levé récemment quant à sa pratique par les militaires alliés<strong>[17]</strong>, le thème demeure <em>terra incognita</em> tant en termes de représentation que de recherche relativement aux viols entre internés au sein des camps. Les archives elles-mêmes sont muettes, de par les conceptions administratives du temps, ne voulant ainsi pas évoquer la sexualité parmi les reclus<strong>[18]</strong>. L&#8217;usage sexuel de déportées au sein des camps d&#8217;Auschwitz, de Buchenwald, de Mathausen, <em>etc</em>., faisant office de prime de productivité pour les déportés, a été consciemment occulté<strong>[19]</strong>. La guerre en ex-Yougoslavie a changé la donne juridique ; d<span style="color:#000000;">es viols collectifs y furent perpétrés devant les familles des victimes dans le cadre d’une terreur poussant les populations civiles en avant et permettant l’épuration ethnique. Le viol collectif et l’étatisation du sadisme sont ici des moyens rationnels devant permettre l’accomplissement d’une utopie politique.</span> Le Tribunal Pénal International intégra dès lors le viol à sa définition du crime contre l&#8217;humanité (1994) <strong>[20].</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Le changement de régime juridique et de représentation sociale est donc aussi manifeste que récent. Il en va de même dans la sphère du droit national. La Cour de cassation déclare que le refus d&#8217;une relation sexuelle engendre la qualification de viol par un arrêt du 10 juillet 1973. Cependant, le droit relatif au viol n&#8217;est réellement repensé qu&#8217;à compter du procès devant la Cour d&#8217;Aix-en-Provence du viol collectif d&#8217;un couple de lesbiennes (1978), aboutissant à une transformation de l&#8217;appareil législatif répressif qui définit le viol et l&#8217;extraie de la catégorie des délits – même si une part essentielle des viols, selon la définition juridique du terme, continue à être jugée en correctionnelle, y compris quant aux viols collectifs sur mineurs<strong>[21]</strong>. Le caractère collectif d&#8217;un viol vaut circonstance aggravante pour chacun de ses auteurs, augmentant du tiers le seuil de la peine maximum (soit de 15 à 20 ans). Cette majoration démontre la fin du régime de représentation sociale qui courut de l&#8217;époque moderne au début du siècle, marqué par une acceptation du viol collectif en tant que rite de passage à l&#8217;âge d&#8217;homme pour les jeunes gens. La criminalisation effective du viol est allée de pair avec l&#8217;émancipation des femmes et l&#8217;institutionnalisation de cette dernière a abouti à la pénalisation des agressions sexuelles. Depuis la fin des années 1990 et le discours médiatique sur les « tournantes » il est certain que l&#8217;opinion publique se situe du côté des victimes et que cette empathie est allée de pair avec le lieu commun d&#8217;une multiplication de ces pratiques. L&#8217;imaginaire social s&#8217;en inquiète tant que ce discours sur les « tournantes » est apparu parfois comme l&#8217;une des causes du vote du 21 avril 2002<strong> [22].</strong></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Cependant, la réalité judiciaire statistique du phénomène est depuis longtemps stable, alors même que l&#8217;ensemble des statistiques relatives à la violence sexuelle sont en croissance depuis plus de vingt ans. Le discours des auteurs demeure massivement celui de la déculpabilisation, arguant que la femme victime est de mœurs légères et qu&#8217;elle savait à quoi s&#8217;attendre. La structure du groupe est assez identique des années 1960 à nos jours et dans l&#8217;ensemble occidental : l&#8217;acte est ritualisé, cérémonialisé (ordre de viol correspondant à la hiérarchie du groupe), pour souder ses membres et assurer son identité. La violence, le mépris et la haine appliqués à la victime permettent de revaloriser les auteurs du viol à leurs yeux <strong>[23].</strong></p>
<p style="text-align:justify;">La représentation sociale du viol collectif est ainsi un édifiant paradoxe, car si la mythification du phénomène crée inquiétude, rage et effet de loupe grossissant, la représentation filmée de l&#8217;acte a connu quant à elle parallèlement un succès croissant. Le fait se situe dans la révolution du marché audiovisuel et dans la banalisation de la pornographie. De 1939 à 1957 un décret-loi sur « la protection de la race » et la défense de la famille et de la natalité françaises, complété par la loi de 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, avait mis en place une répression de basse intensité des outrages aux bonnes mœurs. En 1975, le législateur a imposé le système de classification « X » aux films pornographiques en les assujettissant à une T.V.A. de 33%. Le Code pénal de 1994 a mis fin au délit d&#8217; « outrage aux bonnes mœurs », l&#8217;Etat ne souhaitant pas normer la sexualité mais plutôt réorienter son action vers la protection des mineurs. C&#8217;est en son nom qu&#8217;une centaine de députés de droite menés par Christine Boutin a déposé en 2002 une proposition d&#8217;interdiction de diffusion de la pornographie à la télévision. Il s&#8217;agissait là d&#8217;une pure déconnexion de la réalité puisque la pornographie relève dorénavant amplement d&#8217;internet tandis que certaines de ses formes <em>soft</em> se sont greffées au sein de l&#8217;audiovisuel grand-public. En 2 000, un quart du trafic web mondial était dédié aux sites X qu’un internaute sur quatre visitait chaque jour<strong>[24]</strong>. Les plateformes <em>web</em> pornographiques ne censurent pas les vidéos présentant des simulations de viols collectifs. Ces films y sont d&#8217;abondance et ils n&#8217;y sont pas labellisés spécifiquement ou ségrégués du reste du corpus. En somme, ils apparaissent comme normaux, redevables de la banalité. Il est à noter que certains professionnels du marché pornographique condamnent explicitement ce type de production<strong>[25].</strong></p>
<p style="text-align:justify;">En fait, depuis l’explosion du numérique, une très grande part de la production pornographique emprunte à l’imagerie du viol et du sadisme, passant d’une pornographie classique représentant la femme en nymphomane à une pornographie où elle se compose d’organes et orifices à dévaster. L&#8217;usage des caméras numériques miniatures amplifie cette représentation en permettant des zooms jusque dans les profondeurs des corps<strong>[26]</strong>. Cette négation de l’autre, ce refus de le voir comme un corps unifié et comme une âme semblable à la sienne, cette volonté de le détruire au profit d’une toute puissance narcissique, renvoie manifestement à l’analyse freudienne de la haine. Elle fait songer au panoptisme de Foucault : une mise sous surveillance et contrainte de l&#8217;intégralité corporelle, sans possibilité d&#8217;intimité<strong>[27]</strong>.</p>
<p style="text-align:justify;">En cette perspective, cette réalisation filmique correspond à une économie du pouvoir. A l&#8217;image, des « hommes ordinaires », pour reprendre à dessein une célèbre formule historique, s&#8217;extraient de leur atomisation par l&#8217;exercice de leur volonté souveraine. Observés par un spectateur ordinaire, la démesure du spectacle ne renvoie plus, comme dans le supplice sans fin du régicide analysé par Foucault, à la transmission d&#8217;un ordre social, mais à sa déconstruction. La sortie des mœurs acceptables n&#8217;est pas plus une libération sexuelle qu&#8217;une sublimation du sadisme : il s&#8217;agit de vendre à un consommateur atomisé le sentiment du surhomme par delà le bien et le mal avec / par la conscience qu&#8217;il s&#8217;est extraie du paradigme moral en vigueur. La postmodernité transforme l&#8217;anomie en service temporaire et en segment de marché.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Au-delà de l’acte sexuel ce qui est représenté, avec fonction d’émoustiller, c’est un déferlement de haine protéiforme (violence sexuelle, coups, humiliations, insultes) où le plaisir paraît peut être plus dans l’entre-soi ainsi forgé par des hommes détruisant une seule femme que dans l’acte sexuel. La jouissance est d’abord celle du pouvoir en ce cas : la réification de l’autre ouvre le champ des possibles à son encontre, ce qui implique pour commencer de l’humilier et violenter, marquant ainsi qu’existe un « nous » pourvu de tous les droits et un « autre » qui n’en est que l’objet. Les stéréotypes utilisés, la pornographie fonctionnant amplement sur ce principe, témoignent d&#8217;une certaine déconnexion quant aux autres évolutions sociales, à moins qu&#8217;il ne faille les considérer comme leurs ombres portées.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">De nombreuses scènes jouent le viol d&#8217;une femme par un groupe de soldats, sans corrélation donc avec l&#8217;évolution juridique et sociale considérant le viol en guerre comme un crime de première importance. La représentation n&#8217;est pas plus tributaire de l&#8217;évolution de l&#8217;usage du viol comme instrument de guerre : les violeurs usent ici des opportunités de déploiement de la violence virile et d&#8217;affranchissement des codes moraux que donne la guerre, soit une structure qui renvoie à la guerre d&#8217;Algérie, non à celle en ex-Yougoslavie<strong>[28].</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Par ailleurs, les ambiguïtés autour de la pédophilie sont pléthore, dans le temps même où les opinions publiques sont très sensibles à ce sujet. En dernier lieu, l’hybridation entre <em>hard core</em> et ce que l&#8217;on pourrait nommer le <em>soft </em><em>gore</em>, la greffe présente de représentations <em>gore </em>à tout l&#8217;audiovisuel, génère un produit très ambigu où une femme s’adonne à plusieurs partenaires dans une mise en scène dont la violence <em>crescendo</em> provoque un doute quant à savoir s’il s’agit encore d’une orgie à tendance sado-masochiste ou désormais d’un viol collectif. En particulier, sont topiques les scènes de fellations à plusieurs hommes où la femme est passée de l’un à l’autre avec des claques, a le nez pincé pour l’étouffer, où la violence de l’intrusion lui provoque des vomissements. La représentation paraît être un effet de miroir involontaire de la réalité socio-judiciaire, puisque les victimes des viols collectifs sont souvent des jeunes femmes ayant une attitude non timorée vis-à-vis de l’homme et de la sexualité ce qui est traduit par ses agresseurs tel un droit au viol<strong>[29]</strong>.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans la représentation filmée comme dans le crime, le déferlement de haine est tributaire d’une incapacité à se reconnaître dans l’autre et à admettre la nécessité des limites sociales à son droit naturel, au sens où l&#8217;entendait Thomas Hobbes. C’est, conséquemment, pour suivre Hobbes, au droit de proclamer la norme, l’acceptable, les modalités de la vie sociale.</p>
<h1 style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong>Le droit de la Haine</strong></span></h1>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Dorénavant, la haine n’est qu’un objet de poursuite. Ce ne fut pas toujours ainsi puisque la Révolution française fit un temps de la haine un devoir moral et civique. En 1793, le premier ministre britannique, puis tous les Anglais, sont déclarés ennemis du genre humain et toute faiblesse envers eux « crime de lèse-humanité ». Conséquemment, un décret de 1794 interdit de faire des prisonniers anglais : seule la mise à mort est désormais légale. Le droit ne sanctuarise plus ainsi la haine. Bien au contraire, elle n’y apparaît que pour être combattue. Deux mesures existent principalement, l’une contre les idées l’autre contre les organisations. Pour traduire en droit français une convention internationale signée en 1966, le parlement ajoute en 1972 à la loi de 1881 sur la liberté de presse un article définissant le délit d’incitation à la haine raciale et aux décrets de 1936 la possibilité pour l&#8217;État de dissoudre les mouvements politiques incitant à la haine. La transformation de la loi a rendu illégale l’essentiel de la propagande raciste produite antérieurement.</p>
<p style="text-align:justify;">Elle a eu un résultat inescompté : la haine, pour s’exprimer, n’est plus passée par l’injure raciale mais par la péjoration politique. Dorénavant pour haïr les juifs publiquement, il fallu mettre en critique le sionisme, l’impérialisme, le racisme. Les attaques raciales quant aux immigrés nord-africains devaient laisser place à une rhétorique les présentant comme une variable d’ajustement du chômage des Français. Les mouvements altérophobes ont été obligés de se moderniser. Or, entre autres de par le poids croissant des « mémoires », c’est peu dire que le vieux discours racialiste ne fonctionnait plus sur les masses, mais que les nouvelles formulations ont trouvé de l’écho<strong>[30]</strong>.</p>
<p style="text-align:justify;">La répression discursive a contribué à son corps défendant à la dynamique modernisatrice que la marge politique peinait à trouver de manière endogène. Cet effet a été amplifié par la jurisprudence qui a actée qu’il fallait une désignation non sociale ou politique pour qu’il y ait délit. En somme, la lutte contre la haine civilise celle-ci en sa formulation mais en ses conséquences tout reste possible : l&#8217;État ne peut décréter la fin de la haine – les dissolutions de mouvements n’ont d’ailleurs quasiment que des effets pervers, d’où le peu de goût des pouvoirs publics pour en user<strong>[31]</strong>. Si l’échec de la répression contre les groupements est permanent, il en est de même en ce qui concerne les personnes, les condamnés pour incitation à la haine étant des multi-récédivistes spécialisés en la matière<strong>[32]</strong>. De plus, la loi peut certes combattre la haine, mais ses règles propres font que ce combat ne doit être que circonstanciel, relatif à une forme définie.</p>
<p style="text-align:justify;">Certains pays ont certes fait ce choix d’une répression plus étendue. Le droit canadien condamne ainsi l’incitation à la « haine ou au mépris des personnes appartenant à un groupe identifiable sur la base de la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial, la situation de famille, l’état de personne graciée ou la déficience »<strong>[33]</strong>. Le citoyen est là tenu par la loi d’être vertueux, non seulement de n’exécrer aucun élément du genre humain mais en sus de ne pas le mépriser. Ce n’est plus le risque de violences engendrées par la haine que combat le législateur, mais tout ce qui nuit à l’indifférenciation pacifiée. Cette inclinaison à s’en remettre à la loi pour exorciser « le mal » a été mené en France aux confins de la logique puisque le droit s’est entiché depuis quelques années de traquer et condamner la haine à travers l’espace et le temps.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Sur la base de la loi de 1964 sur l’imprescriptibilité des crimes nazis et de celle de 1990 réprimant leur négation, une agit-prop intense a été effectuée pour appliquer ces principes à tout crime historique <em>ipso facto</em> qualifié de « contre l’humanité ». Peu à peu, c’est l’ensemble de l’histoire nationale qui a été revisitée sous l’angle de la culpabilité. La haine de soi est telle que si furent entassés les dates expiatoires (16 juillet : les persécutions racistes ; 10 mai : l’esclavage, 25 septembre : les harkis, <em>etc</em>.), la France avide de commémorations s’est refusée à célébrer l’anniversaire de la bataille d’Austerlitz car un écrivain arguait que Napoléon eût été le précurseur voire l&#8217;inspirateur d’Hitler de par sa politiques noire…<strong>[34]</strong>.</p>
<p style="text-align:justify;">Ruminant ces haines, les lois mémorielles prétendent non seulement dicter ce que fut le passé mais frappent d’infamie le contradicteur en assimilant son discours à l’incitation à la haine ou à la banalisation du crime – ce qui, en soi, déjà, constitue un amalgame. Jusqu’en 2006, les intellectuels devaient discuter sous la pression associative quant à savoir si le massacre des Arméniens relevait de la catégorie du génocide ou de l’ethnocide. Affirmer la seconde analyse relève aujourd’hui du tribunal, est assimilé à une provocation à la haine, vaut un an de prison ferme. L’exemple absolu de cette haine de soi nationale est le vote à l’unanimité de la Loi Taubira (2001). La proclamation, par ailleurs anticonstitutionnelle, que des évènements multiséculaires constitueraient un crime tel que défini dans le droit international en 1948 est en soi une faute morale. Mais la haine de soi devient patente quand cette loi considère l’esclavage passé comme crime contre l’humanité en le définissant dans le cadre de la traite triangulaire (excluant ainsi les traites orientale et africaine, <em>i.e.</em> la majorité quantitative du phénomène) depuis le XV<sup>è</sup> siècle (soit deux siècles avant que la France ne participe au phénomène). Non seulement, la France se charge de tous les péchés d&#8217;Europe, mais elle exclue contre toute pensée des éléments de l’histoire afin que seul l’homme européen soit « coupable », et elle au premier chef. Le déni du réel est tel que le débat parlementaire a vu être ajouté aux victimes de la traite triangulaire les esclaves amérindiens. La haine de soi est donc si forte que la représentation nationale, au pays de Descartes, a pu à l’unanimité voter un texte qui ordonnerait sous peine de poursuite pour incitation à la haine de proclamer que les Amérindiens furent déportés en Afrique via l&#8217;Europe&#8230; <em>Last but not least</em>, la loi offre aux associations mémorielles la possibilité d’engager des poursuites pour défendre « l’honneur des descendants d’esclaves »<strong>[35]</strong>.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est-à-dire, étant donnée la conception raciale de la définition de la traite, niant le fait que les noirs d’aujourd’hui ne descendent pas forcément d’esclaves mais aussi des esclavagistes, qu’elle créée un statut de victime éternelle du noir victime de la haine du blanc éternellement coupable. Sur ces bases, c’est en toute logique que s’est suractivée la concurrence des mémoires et des victimes, entraînant de part et d’autre des débordements haineux.</p>
<p style="text-align:justify;">En provenance des universitaires afrocentristes étasuniens (souhaitant démontrer l&#8217;origine noire de la civilisation), a ainsi été introduite en France l&#8217;accusation d&#8217;une origine juive de la traite transatlantique. Outre que cela pose la question des effets pervers des <em>studies </em>communautaires et du victimo-centrisme sévissant, ceci éclaire la façon dont la lutte concurrentielle des mémoires est productrice de haines communautaires et d&#8217;un délitement de l&#8217;expertise historique. En effet, Leonard Jeffries, durant trente ans enseignant en histoire afro-américaine, a perdu son poste de directeur du département des <em>Black Studies</em> du City College de New York suite au scandale provoqué par des déclarations publiques antisémites posant le juif en ennemi historique du noir. L’universitaire déchu a contesté sa procédure de destitution au nom du premier amendement de la Constitution, accordant la libre parole à tout citoyen<strong>[36]</strong>.</p>
<p style="text-align:justify;">A l’écueil français des lois mémorielles répond l’écueil américain de l’appel libéral à la Constitution : ce n’est bien sûr pas en tant que citoyen que Leonard Jeffries perdait son poste, mais en tant qu’universitaire ayant trahi les règles de sa communauté scientifique. Cependant, le cas américain n&#8217;engloutit pas une société entière dans la mythomanie victimaire et la haine de soi.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce jeu a entraîné une floraison de revendications autour des symboles de l’extermination des juifs d’Europe et a permis la mise en place d’une rhétorique antisémite affirmant que la mise en critique des discours mémorialistes serait une défense d’un monopole juif de la souffrance – <em>cf</em>. les déclarations de l’ex-humoriste Dieudonné. La concurrence fonctionne par imitation de ce qui est censé avoir fonctionné pour la mémoire juive et son lobbying : le terme «<em> Shoah </em>» est imité par l&#8217;invention du néologisme « <em>Yovodah </em><em>»</em><em> </em><em>pour désigner la traite négrière</em><em> </em>(sur la base d&#8217;un dialecte béninois, le Fon : «<em> Yovo </em>» est l&#8217;Européen blanc et «<em> dah </em>» signifie « mauvais ») ; une association-lobby, le Collectif des Filles et Fils d’Africains Déportés, fait pendant aux Fils et Filles des Déportés Juifs de France de Serge et Beate Klarsfeld ; un Conseil Représentatif des Associations Noires vient faire écho au Conseil représentatif des institutions juives de France. Un phénomène groupusculaire mais évocateur du travail des imaginaires sociaux a été l’éclosion des groupes politiques de Kémi Séba, agitateur noir raciste et antisémite converti depuis peu à l’ethnodifférencialisme et à l’islam<strong>[37]</strong>.</p>
<p style="text-align:justify;">Le gouvernement a jugé bon de dissoudre la Tribu Ka, puis Génération Kémi Séba. C’est là s’attaquer aux conséquences marginales et refuser d&#8217;interroger la cause. La mère politique de Kémi Séba, c’est la Loi Taubira. A plonger le passé dans la haine de soi, sont éveillées de nouvelles haines dans le présent. A haïr l&#8217;histoire nationale, c&#8217;est l&#8217;idée même du « plébiscite de tous les jours » (Ernst Renan, 1882) sur lequel repose le contrat social qui est purgé au bénéfice des haines communautaires<strong>[38].</strong></p>
<h2 style="text-align:center;"><span style="color:#ff0000;">φ</span></h2>
<h1 style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong>Conclusion</strong></span></h1>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Dynamique, auto-conservatrice, coalisante, fondatrice, expansionniste, narcissique, contagieuse : les caractéristiques de la haine ne sont pas, comme l’entend le langage courant, bestiales ou stupides. La haine à l’échelle micro peut être productrice. Blum crachant « Je vous hais » aux députés d’extrême droite en pleine séance parlementaire, Zola affirmant trouver sa force dans sa haine, ne sauraient être assimilés pour autant à des « provocateurs à la haine ». Faire fi du moralisme n’élimine néanmoins pas l&#8217;exigence éthique. Puisque la haine est présente en l’homme, il lui faut l&#8217;intégrer et en même temps combattre les instruments permettant sa consolidation ou son déferlement social. Mais si, au niveau individuel, la haine peut être sublimée, par exemples pour et par l’art, la compétition, <em>etc</em>., au niveau de l&#8217;organisation des masses (III<sup>e</sup> Reich, Rwanda) elle ne produit que des régimes qui sont des fétus de paille : Léviathan est instable, se fait Béhémoth et se dévore lui-même jusqu’à ce qu’il n’en reste que cendres.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">L&#8217;Etat conçu comme légal-rationnel, même engoncé dans sa propre déconstruction, a vis-à-vis de la répression de la haine une inclinaison qui ne peut être que différenciée selon qu&#8217;il soit en période de guerre ou de paix. En phase de guerre, le meurtre est légal et moralisé, la haine est organisée. Pour peu que soient soumis l’action guerrière au droit international et le discours de propagande aux règles du droit national réprimant l’incitation à la haine, la question ne se pose guère : la haine est là, comme l’implique la situation, mais elle est normalisée. En temps de paix, la lutte morale et juridique s’avère un échec. Parait plus pertinent le combat culturel distillant des contre-représentations au sein de la société civile à l’encontre des structures morales qui permettent l’action haineuse (l’identitarisme, la pensée instrumentale, l’<em>hybris</em> partagée, l&#8217;<em>habitus</em>, l&#8217;indifférence, <em>etc</em>.). C’est-à-dire, <em>in fine</em>, que le combat contre la haine ne saurait être moral et juridique, mais spirituel et politique.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#ff0000;">Première parution </span>:</strong> Nicolas Lebourg, « Les Lois de la Haine », <em>Des Lois &amp; des Hommes</em>, Toulouse, n°9, 2010, pp. 38-49.</p>
<h1 style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;">Notes</span></h1>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote1anc">1</a><em>Cf</em>. Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias dir., <em>La Haine de soi : difficiles identités</em>, Complexe, Bruxelles, 2000, p.84.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote2anc">2</a>Jacques Hassoun, «Nous sommes tous issus d’une longue lignée d’assassins », <em>Caïn</em>, Autrement, Paris, 1997, p.16.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote3anc">3</a><em>Genèse, </em>4.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote4anc">4</a>Avec bien sûr des usages de rétorsion. Le quotidien frontiste titre sur « L’idéologie de la haine et de l’exclusion » <em>i.e</em> l’antiracisme (<em>Présent </em>du 27 novembre 1985). Après la diffusion du documentaire, <em>La Haine antisémite</em>, François Brigneau, ex-milicien et premier vice-président du Front National, voit en son réalisateur Serge Moati, « un provocateur, un incitateur à la haine » (<em>National Hebdo,</em> 31 octobre au 6 novembre 1991).</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote5anc">5</a>Rapporté par Anne Tristan, journaliste ayant réalisé une immersion dans le F.N. sous une fausse identité. De cette expérience, la journaliste concluait justement en citant Albert Cohen : il s&#8217;agit « de braves gens qui s&#8217;aiment de détester ensemble ». Cet ouvrage fut un des éléments qui mena à la création du réseau Ras l&#8217;Front qui ne désignait le parti frontiste que par la formule « F. Haine ». <em>Cf</em>. Anne Tristan, <em>Au Front</em>, Gallimard, Paris, 1987.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote6anc">6</a><em>Cf</em>. Sylvain Crépon, <em>La Nouvelle extrême droite</em>, L&#8217;Harmattan, Paris, 2006et le reportage de Guy Konopnicki, <em>Bienvenue à Vitrolles,</em> Arte, 7 mai 1998.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote7anc">7</a>Marc Ferro, « Allemagne-URSS : le pouvoir est-il le seul responsable ? », <em>Le Crime et le pouvoir</em>, Pleins feux, Nantes, 1999, pp.78-100 ; Roger Griffin, « Interregnum <em>or Endgame ? </em><em>Radical right thought in the “post-fascist” era </em>», <em>The Journal of political ideologies</em>, vol. 5, n°2, 2000, pp.163-178.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote8anc">8</a>Christian Bouchet est à cette date cadre du parti mégretiste et secrétaire-général d&#8217;Unité Radicale. Le tract de fondation de cette dernière marquait les enjeux et transferts symboliques du thème de la haine : « les groupes gauchistes (&#8230;) jouent les rebelles à 3 francs 6 sous. Kollabos de l’invasion, vociférateurs d’amphis, délateurs haineux, ils méritent une bonne claque dans la gueule ». L&#8217;organisation était née des cendres de la « national-bolchevique » Nouvelle Résistance, la différence de positionnement impliquait un usage différent de la thématique, non son absence, tel que le souligne cet extrait d&#8217;un autre tract, produit par Nouvelle Résistance : « On a la rage Brisons nos cages ! On a la haine brisons nos chaînes ! ».</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote9anc">9</a><em>Le Monde</em>, 11-12 novembre 1984 ; <em>idem</em>, 26 décembre 2009.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote10anc">10</a>Cités <em>in</em> Jean-Pierre Azéma, <em>La Société allemande sous le IIIè Reich</em>, Le Seuil, Paris, 1998, p.324 ; Olivier Reboul, <em>L’Endoctrinement</em>, P.U.F, Paris, 1977, p.134.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote11anc">11</a>Tzevtan Todorov, <em>Face à l&#8217;extrême</em>, Le Seuil, Paris, 1994, pp.200-211.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote12anc">12</a>Philippe Burrin, <em>Ressentiment et Apocalypse</em>, Le Seuil, Paris, 2004 ; Jacques Sémelin, <em>Purifier et détruire</em>, Le Seuil, Paris, 2005.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote13anc">13</a> <em>Cf</em>. Emmanuel Tuchscherer, « Le décisionnisme de Carl Schmitt : théorie et rhétorique de la guerre », <em>Mots</em>, n°73, novembre 2003, pp.25-41.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote14anc">14</a><em>Journal du Docteur Goebbels</em>, A l&#8217;enseigne du Cheval ailé, Paris, 1948, (à compter de mars 1942).</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote15anc">15</a>C&#8217;est là le terme officiel de l&#8217;armée japonaise pour les esclaves sexuels utilisées de 1937 à 1945. Les filles sont contraintes à environ 60-70 rapports quotidiens, taux augmentant drastiquement si le régiment est en opération de guerre. Elles servent également d&#8217;exutoires, tortures et meurtres éliminant la moitié des effectifs ; seul un quart de ces 300 000 femmes a survécu à la fin de la Seconde Guerre mondiale (Gay J. McDougall, <em>Rapport final sur le viol systématique, l&#8217;esclavage sexuel et les pratiques analogues à l&#8217;esclavage en période de conflit armé</em>, Organisation des Nations Unies, 1998).</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote16anc">16</a>Réalisatrice et actrice X, Ovidie considère qu&#8217;il y a une survirilité dans les uniformes des régimes totalitaires et une tension sexuelle atteignant la « violence sublime » ; selon elle, le travestissement en nazi pour des représentations sexuelles aurait des effets cathartiques (Ovidie, <em>Films X : y jouer ou y être</em>, Autrement, Paris, 2005, pp.34-36). Elle a par ailleurs accordé un entretien à un fanzine traditionaliste-révolutionnaire cultivant les références aux fascismes (<em>Jeune Dissidence</em>, octobre 2005 ; organe de jeunesse du Réseau Radical alors mené par Christian Bouchet). L&#8217;élément contrariant au sein du raisonnement est que, précisément, le fascisme est une esthétique bien avant que d&#8217;être une doctrine.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote17anc">17</a><em>Cf</em>. le succès de l&#8217;ouvrage de Robert J. Lilly, <em>La Face cachée des GI&#8217;s</em>, Payot, Paris, 2003.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><a href="#sdfootnote18anc">18</a> <em>Cf</em>. Denis Peschanski, <em>La France des Camps</em>, Gallimard, Paris, 2002, p.414. Pour les archives du camp de Rivesaltes, sous Vichy camp familial séparant les hommes des femmes et enfants où environ 20 000 personnes furent internées, il n&#8217;est fait mention d&#8217;aucune violence sexuelle. Les seules archives témoignant de la question sont non celles du camp mais celle de la police dans le cadre de sa lutte contre le proxénétisme, des internées se prostituant hors du camp (Archives Départementales des Pyrénées-Orientales 138W3). Lorsque le site est reconverti pour interner les suspects de collaboration, divers gardiens sont limogés pour ce que la direction qualifie « d&#8217;actes regrettables » vis-à-vis des femmes internées (A.D.P.O.31W20). Aucune trace ne subsiste de violences sexuelles entre internés.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote19anc">19</a>Régis Schlagdenhauffen-Maïka, « Promotion de la prostitution et lutte contre l&#8217;homosexualité dans les camps de concentration nazis », <em>Trajectoires</em>, n°1, 2007, pp.60-73.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote20anc">20</a>En revanche, il a exclu de la liste la catégorie des « déportations »&#8230;</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote21anc">21</a>Georges Vigarello, <em>Histoire du viol XVIè-XXè siècle</em>, Le Seuil, Paris, 1998, p242-249. Le viol conjugal a été intégré au droit français en 1992.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote22anc">22</a>L&#8217;extrême droite a su d&#8217;ailleurs joué des fantasmes liés aux « tournantes », surtout suite à l&#8217;édition d&#8217;un ouvrage <em>best-seller</em> en son sein où ces faits sont assimilés à ceux de la guerre en ex-Yougoslavie de manière raciste et islamophobe, afin de les voir comme des prodromes d&#8217;une « guerre civile ethnique dans un but de conquête territoriale intérieure (…) d’<em>épuration ethnique des Européens de zones entières </em>» (Guillaume Faye, <em>La Colonisation de l’Europe</em>, L&#8217;Æncre, Paris, 2000, pp.84-129 ; notre exemplaire est un pdf. téléchargé d&#8217;un site de l&#8217;extrême droite sioniste).</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote23anc">23</a>Laurent Mucchielli, <em>Le Scandale des &#8220;tournantes&#8221;</em>, La Découverte, Paris, 2005, pp.63-80.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote24anc">24</a><em>Cf</em>. le dossier « Interdits-Tabous-Transgressions-Censures », <em>Le Temps des médias</em>, pp.10-173.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote25anc">25</a> Ovidie, <em>Porno Manifesto</em>, La Musardine, Paris, 2004, p.62.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote26anc">26</a>Michela Marzano, « La Nouvelle pornographie et l’escalade des pratiques : corps, violence et réalité », <em>Cités</em>, Paris, n°15, 2003, pp.17-29.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote27anc">27</a>Michel Foucault, <em>Surveiller et punir</em>, Gallimard, Paris, 1976.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote28anc">28</a>Raphaëlle Branche, « Des viols pendant la guerre d’Algérie », <em>Vingtième siècle</em>, n°75, juillet-septembre 2002, pp.123-132.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote29anc">29</a> <em>Cf</em>. Laurent Mucchielli, <em>op. cit.</em></p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote30anc">30</a> Il n’est pas fortuit que ce soit la même personne, François Duprat, qui porta ces deux changements stratégiques. Dans l’un de ses journaux, on pouvait lire qu’« il convient de convenir que le langage n’est jamais politiquement neutre [et que la connotation sociale du discours anti-immigrés est le] seul moyen d’atteindre les couches populaires, [de détourner au profit de l’extrême droite des suffrages acquis jusque là à la gauche. Avec cette] campagne de défense des travailleurs français [il est possible] que l’on constate dans quelques années que cette campagne a marqué un véritable tournant historique dans la vie [de l’extrême droite] » (<em>Le Salut public</em>, janvier-février 1978).</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote31anc">31</a><em>Cf</em>. Nicolas Lebourg, « <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2010/05/30/nicolas-lebourg-subversion-extreme-droite-radicale/">La Subversion de l’extrême droite radicale face à l’Etat durant la V<sup>e</sup> République</a> », <em>in </em>François Cochet et Olivier Dard dir., <em>Subversion, anti-subversion, contre-subversion</em>, Riveneuve, Paris, 2009, p.311-323.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote32anc">32</a> Dominique Sistach, « <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2008/12/23/le-front-national-et-les-discriminations-raciales/">Le Front National et les discriminations raciales</a> » Xavier Vandendriessche et Bruno Villalba dir., <em>Le Front national au regard du droit</em>, Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2001, pp.77-96 .</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote33anc">33</a>Richard Moon, <em>Rapport présenté à la Commission canadienne des droits de la personne concernant l’article 13 de la Loi canadienne sur les droits de la personne et la réglementation de la propagande haineuse sur Internet</em>, Commission canadienne des droits de la personne, octobre 2008, p.5.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote34anc">34</a> Claude Ribbe, l&#8217;auteur de cet amalgame, se prétend « historien » et a été, arguant des lois Gayssot et Taubira, le responsable de la campagne contre Olivier Pétré-Grenouilleau qu&#8217;il qualifiait de pseudo-historien et de négationniste. Cette rhétorique est devenue commune, tant dans les milieux de mémoire communautaire qu&#8217;à l&#8217;extrême droite.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p><a href="#sdfootnote35anc">35</a><em>Cf</em>. Pierre Nora et Françoise Chandernagor, <em>Liberté pour l&#8217;histoire</em>, C.N.R.S. Éditions, Paris, 2009, pp.27-54.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote36anc">36</a>Sarah Fila-Bakabadio, « Holocauste contre holocauste », <em>Diasporas</em>, n°10, 2007, p.77.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote37anc">37</a>Jean-Yves Camus, « <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2009/07/16/jean-yves-camus-the-commemoration-of-slavery-in-france-and-the-emergence-of-a-black-political-consciousness/"><em>The Commemoration of Slavery in France and the Emergence of a Black Political Consciousness</em> </a>», <em>The European Legacy</em>, vol. 11, no. 6, pp. 647–655, 2006 ; Stéphane François, Damien Guillaume et Emmanuel Kreis, « <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2009/07/08/stephane-francois-la-vision-du-monde-de-la-tribu-ka/">La <em>Weltanschauung</em> de la tribu Ka : d’un antisémitisme égyptomaniaque à un islam guénonien</a> », <em>Politica Hermetica</em>, n° 22, 2008, pp. 107-125.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;">
<p align="JUSTIFY"><a href="#sdfootnote38anc">38</a> Durant une conférence donnée à la Sorbonne le 11 mars 1882, Ernest Renan conceptualise ce qui est resté comme la définition du nationalisme à la française : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n&#8217;en font qu&#8217;une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L&#8217;une est dans le passé, l&#8217;autre dans le présent. L&#8217;une est la possession en commun d&#8217;un riche legs de souvenirs ; l&#8217;autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l&#8217;héritage qu&#8217;on a reçu indivis. [L'existence d'une nation] est un plébiscite de tous les jours » (Raoul Girardet, <em>Le Nationalisme français</em>, Le Seuil, Paris, 1983, pp.65-67).</p>
</div>
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		<title>Du Mésusage des sondages</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Sep 2011 17:46:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>valeryrasplus</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sociologie et sciences politiques]]></category>
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		<description><![CDATA[Par Nicolas Gauvrit et Valéry Rasplus Un récent sondage effectué par Junior Conseil pour ReOpen911 est cité avec un plaisir non-dissimulé par les représentants du 9/11 Truth Movement français comme une preuve que leurs idées ont fait leur chemin dans la population française – &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/09/21/gauvrit-rasplus-11-septembre-sondage/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2784&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/09/magritte_la_claire_voyance.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-2785" title="magritte_la_claire_voyance" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/09/magritte_la_claire_voyance.jpg?w=180&#038;h=124" alt="" width="180" height="124" /></a>Par Nicolas Gauvrit et Valéry Rasplus</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;">Un récent sondage effectué par Junior Conseil pour <a href="http://www.reopen911.info/" rel="follow" target="_blank">ReOpen911</a> est cité avec un plaisir non-dissimulé par les représentants du <em>9/11 Truth Movement</em> français comme une preuve que leurs idées ont fait leur chemin dans la population française – ce qui ne serait pas un argument logique pour une théorie du complot, mais rassurerait sans doute les conspirationnistes. Une lecture superficielle des résultats publiés laisse en effet penser que 58% des sondés, soit <strong>ici </strong>290 personnes et non comme annoncé &#8220;58% des Français&#8221;, ont des doutes sur la &#8220;version officielle&#8221; selon laquelle les attentats ont été commis par des terroristes islamistes. Le sondage fut effectué par téléphone, entre le 6 et le 24 juin 2011, sur un échantillon de 500 personnes. Il s’agit d’un échantillon suffisamment grand pour garantir une fourchette relativement étroite, de 54% à 62%. Faut-il alors supposer qu’entre 54 et 62% des Français ont rejoint les rangs des &#8220;truthers&#8221; ?<span id="more-2784"></span> Pas si sûr, car la lecture du questionnaire révèle une concentration rarement atteinte de bourdes méthodologiques… ou de techniques de manipulation sondagière.</p>
<p>Les huit questions du sondage sont les suivantes :</p>
<p>1.Diriez-vous que le 11-Septembre est toujours un sujet d’actualité ? (tout à fait/plutôt/sans opinion/plutôt pas/pas du tout)</p>
<p style="text-align:justify;">2.Pensez-vous que le gouvernement Bush a dit tout ce qu’il savait concernant les attentats du 11-Septembre ? (non/sans opinion/oui)</p>
<p style="text-align:justify;">3.Que pensez-vous de la version officielle des attentats du 11-Septembre ? (J’ai de sérieux doutes/ J’ai quelques doutes / sans opinion / je pense que cette version correspond à la réalité)</p>
<p style="text-align:justify;">4.Combien de tours se sont effondrées à New-York le 11 septembre 2001 ? (question ouverte)</p>
<p style="text-align:justify;">5.Durant les dernières années, diriez-vous que les médias ont plutôt : (rapporté la version officielle de ces attentats / sans opinion / informés de la manière la plus complète possible)</p>
<p style="text-align:justify;">6.Que pensez-vous de cette hypothèse : Les autorités américaines auraient été informées à l’avance des attentats et les auraient laissé se produire.(vrai/probable/possible/sans opinion/faux)</p>
<p style="text-align:justify;">7.Que pensez-vous de cette hypothèse : Une partie des autorités américaines serait impliquée dans la réalisation de ces attentats. (vrai/probable/possible/sans opinion/faux)</p>
<p style="text-align:justify;">8.Seriez-vous favorable à un débat public approfondi sur ces événements ? Une enquête indépendante pour en savoir plus sur ces événements ? (oui/sans opinion/non)</p>
<p style="text-align:justify;">La technique des sondages est suffisamment ancienne pour qu’on ait pu observer, décrire et identifier un ensemble de caractéristiques qui peuvent influencer, dans une mesure qu’on imagine difficilement, les réponses des sondés et ce qu’on peut en dire. La formulation des questions est d’abord essentielle. Une question mal posée, et le sondage ne vaut plus rien… Pour que les résultats puissent être interprétés, les questions doivent d’abord être claires, afin que les sondés aient tous, à peu près, la même interprétation de celle-ci. On peut douter que l’expression &#8220;version officielle&#8221; utilisée dans la question 3 réponde à cette exigence de clarté…</p>
<p style="text-align:justify;">Les sondés, au grand désarroi des sondeurs, répondent rarement directement à la question posée : ils cherchent souvent à identifier la réponse que le sondeur attend, afin de la satisfaire. Cet effet de désirabilité sociale explique en grande partie que les sondeurs se soient tellement arrachés les cheveux sur les expressions d’intention de vote Front National. Pour limiter cet effet de désirabilité sociale, il est capital d’être le plus neutre possible, en particulier dans l’expression des questions. Or, dès la question 2, et de manière manifeste à la question 3 avec l’utilisation de l’expression typiquement conspirationniste et hypercriticiste de &#8220;version officielle&#8221;, les sondeurs ont marqué le sondage. Le sondé sait, à ce moment, que le commanditaire du sondage (qu’il identifie à la personne qui l’interroge) croit aux théories du complot.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais en matière de manipulation par les sondages, l’instrument le plus efficace consiste à inclure des questions inutiles et peu informatives ayant pour seul but de faire dire quelque chose au sondé. C’est que le sondé veut être cohérent. Aussi, si on réussit à lui faire exprimer une opinion, toutes les questions suivantes seront influencées par cette prise de position initiale. C’est pour cette raison qu’on ne demande jamais dans un enquête sur un yaourt par exemple une estimation globale en premier : un sondé qui aura répondu &#8220;c’est très bon&#8221; à la question de jugement global aura en effet tendance par la suite à juger positivement toutes les caractéristiques spécifiques du produit (texture, acidité, etc.). C’est ce que les sondeurs appellent l’effet de halo.</p>
<p style="text-align:justify;">La première question du sondage de 9/11 est totalement inutile du point de vue informatif (nous savons tous que les médias parlent encore du 11-Septembre, et nous pouvons donc répondre oui). Mais en répondant oui, le sondé affirme aussi que la question est intéressante : on l’a amené à prendre symboliquement position. La seconde question enfonce le clou : comment le gouvernement Bush pourrait-il divulguer &#8220;tout ce qu’il sait&#8221; sur le 11-Septembre ? Outre le fait que ce gouvernement est connu pour sa malhonnêteté (ce qui rend la réponse &#8220;oui&#8221; un peu naïve), il est bien évident qu’il n’a pas révélé les numéros de téléphone des pilotes, qu’il a pourtant en sa possession. La réponse &#8220;non&#8221; n’apporte aucune information sur ce que pensent les sondés… mais les conduit une fois de plus à prendre position en faveur de l’idée qu’on nous cache quelque chose. L’effet de halo joue alors à plein pour les 6 questions restantes.</p>
<p style="text-align:justify;">On y pense moins souvent, mais les réponses proposées sont également importantes dans un sondage. En matière de plaisanterie, on caricature parfois les sondages gouvernementaux en proposant &#8220;Que pensez-vous de l’action du gouvernement ?&#8221; (Formidable/ parfait/ très bien/ pas mal). Les sondés ont tendance à privilégier les questions posées en premier : c’est l’effet d’ancrage. Il se trouve que, dans le compte rendu donné sur le site ReOpen911, la réponse favorisant la théorie conspirationniste est toujours donnée en premier. Étrange coïncidence.</p>
<p style="text-align:justify;">Les sondés ont tendance à éviter les réponses extrêmes : c’est le biais de tendance centrale. Ainsi, lorsque les réponses possibles sont &#8220;vrai, probable, possible, sans opinion et faux&#8221;, comme aux questions 6 et 7, les réponses &#8220;probable&#8221; et &#8220;possible&#8221; sont nettement sur représentées… La question 5 est une vraie caricature : le sondé doit dire si les médias donnent &#8220;la version officielle&#8221; ou la vérité. Pour beaucoup, les deux réponses sont tout simplement identiques ! Mais &#8220;la version officielle&#8221; est proposée en premier, et l’effet d’ancrage joue. Elle est moins extrême, et l’effet de tendance centrale joue. En outre, elle est moins impliquante : en répondant que les médias donnent la version officielle, je ne dévoile pas ma position intime. Or les sondés rechignent souvent à dévoiler leur conviction, surtout si, comme c’est le cas ici, elle est en contradiction manifeste avec celle des commanditaires du sondage…</p>
<p style="text-align:justify;">Enfin, bien entendu, l’interprétation des résultats d’un sondage est toujours une affaire délicate – même quand le sondage est bien fait. La quatrième question (combien de tours ont chu) semble un peu déplacée dans ce sondage, mais on comprend son but en lisant l’interprétation des résultats qu’en fait le site Reopen911 : constatant que ceux qui savent qu’il y a eu trois effondrements sont, plus que les autres, sensibles aux thèses conspirationnistes, ils suggèrent que c’est par l’étude de l’histoire du 11-Septembre qu’on arrive à douter de la &#8220;version officielle&#8221;… c’est oublier un peu vite l’hypothèse inverse, tout à fait réaliste également : c’est en flirtant avec le conspirationnisme que beaucoup apprennent peut-être l’existence de la troisième tour…</p>
<p>La question 8 est parfaitement creuse : qui pourrait bien être &#8220;contre un débat&#8221;, pourvu qu’on ne le force pas à y participer ? Qui pourrait être contre une enquête pour en savoir plus ? Seule la minorité de personnes qui à la fois connaît bien le dossier – et sait qu’il y a déjà eu une enquête approfondie contrairement à ce que suggère la question – et n’en remet pas en cause les conclusions pourrait vouloir répondre non.</p>
<p style="text-align:justify;">Mais, bien que superflue du point de vue informatif, cette question est utile au sondeur, puisqu’elle fournit un argument (fallacieux) au commanditaire, en lui permettant de dire &#8220;les Français veulent une enquête !&#8221;. Tout sondeur sait bien qu’une réponse majoritairement positive à la question &#8220;Seriez-vous favorable à une enquête supplémentaire&#8221; ne révèle rien des désirs réels de la population…</p>
<p style="text-align:justify;">Dans un sondage qui ne comporte que 8 questions, Junior Conseil réussit l’exploit de &#8220;tomber&#8221; dans un nombre impressionnant d’erreurs méthodologiques bien connues des sondeurs, et dont tout ouvrage d’introduction aux techniques de questionnaires fait mention. Le résultat ressemble à s’y méprendre à une manipulation organisée, ou bien à un cas d’école regroupant tout ce qu’il ne faut surtout pas faire lors d’un sondage.</p>
<p><span style="color:#ff0000;"><strong>Première publication : </strong><span style="color:#000000;">Nicolas Gauvrit et Valéry Rasplus, &#8220;</span></span><a href="http://leplus.nouvelobs.com/contribution/191255;11-septembre-non-58-des-francais-ne-croient-pas-a-la-theorie-du-complot.html">11-Septembre : non, 58% des Français ne croient pas à la théorie du complot»</a>, <em>LePlus-Nouvel Observateur</em>, 10 septembre 2011.</p>
<br />Classé dans:<a href='http://tempspresents.wordpress.com/category/sociologie-et-sciences-politiques/'>Sociologie et sciences politiques</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/category/tribune/'>Tribune</a> Tagged: <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/etats-unis/'>Etats-Unis</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/memoire/'>Mémoire</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/theorie-du-complot/'>Théorie du complot</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/violence/'>Violence</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/tempspresents.wordpress.com/2784/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/tempspresents.wordpress.com/2784/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/tempspresents.wordpress.com/2784/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/tempspresents.wordpress.com/2784/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/tempspresents.wordpress.com/2784/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/tempspresents.wordpress.com/2784/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/tempspresents.wordpress.com/2784/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/tempspresents.wordpress.com/2784/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/tempspresents.wordpress.com/2784/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/tempspresents.wordpress.com/2784/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/tempspresents.wordpress.com/2784/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/tempspresents.wordpress.com/2784/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/tempspresents.wordpress.com/2784/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/tempspresents.wordpress.com/2784/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2784&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Parution : De Lénine à Castro, idées reçues sur un siècle de communisme</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Sep 2011 17:26:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>tempspresents</dc:creator>
				<category><![CDATA[Brèves]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Camps]]></category>
		<category><![CDATA[Communisme]]></category>
		<category><![CDATA[Europe]]></category>
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		<description><![CDATA[Romain Ducoulombier, De Lénine à Castro: idées reçues sur un siècle de communisme, Le Cavalier bleu, Paris, 2011, 168p. Présentation de l&#8217;éditeur : Théorisée par Marx, l&#8217;idéologie communiste a inspiré au XXe siècle une multitude de partis et de régimes &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/09/20/parution-de-lenine-a-castro-idees-recues-sur-un-siecle-de-communisme/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2777&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/09/propagande-sovietique-1933.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-2780" title="Propagande sovietique 1933" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/09/propagande-sovietique-1933.jpg?w=117&#038;h=160" alt="" width="117" height="160" /></a><strong><span style="color:#ff0000;">Romain </span><span style="color:#ff0000;">Ducoulombier</span></strong>, <em>De Lénine à Castro: idées reçues sur un siècle de communisme</em>, Le Cavalier bleu, Paris, 2011, 168p.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Présentation de l&#8217;éditeur</strong></span> : Théorisée par Marx, l&#8217;idéologie communiste a inspiré au XXe siècle une multitude de partis et de régimes qui, à leur apogée, ont régenté un quart de l&#8217;humanité. Bureaucratie, répression et censure sont les symboles de leur domination, toujours violente sans jamais être absolue. De Lénine à Mao, Pol Pot et Castro, la même utopie se décline sous bien des latitudes. De l&#8217;espoir des débuts au désastre final, le communisme a éveillé des passions et des idées reçues qui ont la vie dure.<span id="more-2777"></span> Malgré son effondrement, il est encore présent dans nos mémoires et nos débats. Ce livre sans concession, nourri des travaux les plus récents, est une référence indispensable pour en comprendre à la fois les origines, la puissance et la chute.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Sommaire :</span></strong></p>
<p><strong></strong><strong>L’idée communiste</strong><br />
– « Le communisme est une idée vieille comme le monde. »<br />
– « Marx est responsable des crimes du communisme. »<br />
– « C’est la classe ouvrière qui doit faire la révolution. »</p>
<p><strong> L</strong><strong>énine et la révolution de 1917</strong><br />
– « Octobre 1917 est une grande révolution populaire. »<br />
– « Le communisme est une conséquence de la Première Guerre mondiale. »<br />
– « L’Europe a été submergée par la vague révolutionnaire en 1919 et 1920. »</p>
<p><strong> </strong><strong>Le stalinisme</strong><br />
– « Staline est le digne héritier de Lénine. »<br />
– « Les communistes sont antifascistes. »<br />
– « Les grandes purges de Staline ont surtout visé les communistes. »<br />
– « Le goulag est l’aboutissement logique du communisme. »<br />
– « Nazisme et communisme, c’est du pareil au même. »<br />
– « Staline a gagné la Seconde Guerre mondiale. »</p>
<p><strong> </strong><strong>L’après-guerre</strong><br />
– « Le Parti communiste est une grande force de progrès social en France. »<br />
– « Le communisme, c’était les files d’attente, les privations et la culture d’État. »<br />
– « La Chine n’a plus de communiste que le nom. »<br />
– « Gorbatchev pouvait réformer le système soviétique. »</p>
<br />Classé dans:<a href='http://tempspresents.wordpress.com/category/breves/'>Brèves</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/category/histoire/'>Histoire</a> Tagged: <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/camps/'>Camps</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/communisme/'>Communisme</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/europe/'>Europe</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/guerre/'>Guerre</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/russie/'>Russie</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/socialisme/'>Socialisme</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/violence/'>Violence</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/tempspresents.wordpress.com/2777/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/tempspresents.wordpress.com/2777/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/tempspresents.wordpress.com/2777/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/tempspresents.wordpress.com/2777/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/tempspresents.wordpress.com/2777/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/tempspresents.wordpress.com/2777/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/tempspresents.wordpress.com/2777/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/tempspresents.wordpress.com/2777/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/tempspresents.wordpress.com/2777/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/tempspresents.wordpress.com/2777/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/tempspresents.wordpress.com/2777/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/tempspresents.wordpress.com/2777/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/tempspresents.wordpress.com/2777/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/tempspresents.wordpress.com/2777/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2777&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Prométhée malgré lui : le prolétariat objet de réformes et sujet de l&#8217;Histoire</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Sep 2011 19:42:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>romainducoulombier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Communisme]]></category>
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		<description><![CDATA[Par Romain Ducoulombier Quand la classe ouvrière est-elle devenue le sujet de l’histoire ? À cette question à la fois simple et centrale, l’historiographie du mouvement ouvrier n’offre encore aucune réponse satisfaisante. Elle s’accorde à peu près, pourtant, sur le moment &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/09/19/romain-ducoulombier-promethee-proletariat/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2768&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/09/monnument-sovietique-de-sofia-marvelisc3a9-2011.jpg"><img class="alignleft  wp-image-2771" title="Monument sovietique de Sofia marvelisé [2011]" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/09/monnument-sovietique-de-sofia-marvelisc3a9-2011.jpg?w=238&#038;h=119" alt="" width="238" height="119" /></a>Par Romain Ducoulombier</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;">Quand la classe ouvrière est-elle devenue le sujet de l’histoire ? À cette question à la fois simple et centrale, l’historiographie du mouvement ouvrier n’offre encore aucune réponse satisfaisante. Elle s’accorde à peu près, pourtant, sur le moment où la classe ouvrière est (re)devenue une « classe-objet <strong>[1]</strong> » : dans les années 1970, les transformations des démocraties occidentales, le démantèlement progressif du système de sens communiste, les mutations du travail salarié sont des signes du retournement symbolique dont la condition ouvrière est la victime. Mais le processus d’élection historique de la classe ouvrière demeure opaque et ne saurait être réduit à la diffusion réussie du décret philosophique marxiste. Les mémoires d’organisations politiques qui se sont affrontées, avant comme après 1914, pour le contrôle de l’étiquette « révolutionnaire » ont difracté l’histoire d’un mouvement ouvrier qu’il faut ressaisir dans sa longue durée.<span id="more-2768"></span></p>
<p style="text-align:justify;">Alors que fermente une nouvelle histoire du mouvement ouvrier dont les objets et les méthodes se transforment <strong>[2]</strong> – qu’il s’agisse de l’attention portée aux transferts conceptuels <strong>[3]</strong> , aux conflits mémoriels <strong>[4]</strong> , aux usages populaires du politique <strong>[5]</strong> , aux logiques de l’enracinement partisan <strong>[6]</strong> , aux entrées et aux sorties de socialisme ou de communisme <strong>[7] </strong>–, il s’agit d’offrir ici, depuis le cas français, un aperçu historique du moment clef de la subjectivation du prolétariat dans la conscience historique occidentale : la révolution intellectuelle qui se déroule dans le dernier tiers du XIXe siècle.</p>
<p style="text-align:justify;">Cette révolution se caractérise par trois phénomènes imbriqués : l’entrée dans l’ère des organisations, l’invention du réformisme, et l’affirmation de l’élection historique du prolétariat. Ensemble, ils ont conditionné la naissance d’un âge du messianisme ouvrier qui correspond, par ailleurs, à un état bien particulier du capitalisme français, marqué par une industrialisation tardive, la lenteur de l’avènement d’une société assurancielle, et l’homogénéisation relative d’une classe ouvrière dont la « condition » est reconnue tardivement et vécue comme une subordination. Leur combinaison détermine l’ensemble des formes qu’ont revêtues les doctrines, les pratiques et les partis issus de la gauche politique et syndicale jusqu’au dernier tiers du XXe siècle.</p>
<p style="text-align:justify;">Non que ces partis ne possèdent à leur tour leur autonomie propre dans ce cadre historique plus large. La naissance de toute organisation, dotée de formes et de statuts déterminés, est toujours, d’une certaine manière, une origine <strong>[8]</strong> . On ne saurait cependant accréditer les prétentions hégémoniques de ces organisations « ouvrières » concurrentes : il n’est plus possible, désormais, d’appréhender l’histoire du mouvement ouvrier depuis l’intérieur des histoires singulières au fil desquelles chacune d’elles s’autonomise en s’individualisant.</p>
<p style="text-align:justify;">L’apparition, à partir des années 1870, de formes nouvelles d’organisation bureaucratique – la forme-parti et le syndicat – génère à la fois des pratiques politiques inédites et des débats intellectuels de vaste ampleur qui participent à la fondation de la sociologie historique des partis dont nous sommes encore tributaires. Le guesdisme, le syndicalisme révolutionnaire et le communisme sont de ce point de vue des modalités originales, des variations spécifiques d’un rapport nouveau à l’organisation, instauré par la période directement consécutive à la Commune de Paris. De manière concomitante, l’avènement de l’ère des organisations partisanes et syndicales bouleverse en profondeur le rapport institutionnel du socialisme au pouvoir et à la démocratie.</p>
<p style="text-align:justify;">Le réformisme, c’est-à-dire une pensée et une pratique du changement social sanctionné par l’État <strong>[9]</strong> , s’est en effet élaboré historiquement comme une solution efficace à cette transformation institutionnelle fondamentale. Le fait est, cependant, que la revendication politique de cette étiquette s’est révélée souvent coûteuse à gauche : du fait de l’« habilitation républicaine pour le modèle révolutionnaire de changement <strong>[10] </strong>», les « réformistes » ont été tenus en lisière des organisations « ouvrières », alors même que les pratiques politiques de celles-ci, qu’elles s’inscrivent dans le cadre contraignant de la gestion municipale ou défendent par divers modes des « revendications immédiates », ont partagé avec le réformisme un objectif commun : l’amélioration de la condition économique et sociale du plus grand nombre.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est la montée en puissance du langage de classe qui modifie cependant l’extension de ce « plus grand nombre ». En ramenant le nombre à la classe, le socialisme accomplit et mutile à la fois la promesse démocratique : il l’accomplit parce qu’il promet un sort meilleur à ceux qui sont le nombre, mais il la mutile parce que la démocratie parle aux hommes en égaux. En cela, le socialisme en général entretient avec la démocratie une affinité élective historiquement construite <strong>[11]</strong> . On ne saurait négliger, cependant, que le marxisme, quels que soient ses mérites philosophiques, est une idéologie de la suppression du salariat, quand le XXe siècle en révolutionne les formes au travers de l’avènement de la société assurantielle. L’idée d’élection historique du prolétariat, dont la marxisation progressive et incomplète du discours de libération socialiste est un instrument privilégié, contient une ambiguïté mystérieuse qui n’a cessé de travailler le socialisme sous toutes ses formes.</p>
<h1><span style="color:#ff0000;">Socialisme et partitocratie</span></h1>
<p style="text-align:justify;">Le socialisme s’est montré relativement réceptif aux formes modernes d’organisation partisane et syndicale dont l’émergence est manifeste dans le dernier tiers du XIXe siècle <strong>[12]</strong> . Les raisons en sont à la fois politiques, idéologiques et sociologiques. La domination du radical-socialisme a contraint les socialistes soit à en imiter les structures d’influence, soit à leur préférer au contraire des formes d’enracinement fondées non pas sur les patronages démocratiques et l’ancrage notabiliaire – ressources dont ils étaient à l’origine dépourvus – mais sur une relation égalitaire d’appartenance collective incarnée par la section. Cette préférence est conforme à un certain héritage à la fois révolutionnaire et conspiratif, mais aussi libre-penseur et maçonnique : les petites sociétés d’égaux, secrètes ou non, l’inspirent.</p>
<p style="text-align:justify;">Le fonctionnement de la SFIO est finalement demeuré mixte. Si la section locale est le cœur du dispositif partisan socialiste, des pratiques de « patronage de réciprocité <strong>[13]</strong> » s’enracinent de manière d’ailleurs très profonde, surtout pendant la période de transition de la société d’assistance à la société d’assurance, prolongée en France <strong>[14]</strong>. Une évidente frustration s’est manifestée à l’égard du militantisme de section avant 1914 : il était accusé, déjà, de ne s’activer qu’avec les élections. Le choix – laborieux – de la cellule d’entreprise par les communistes devait ainsi contribuer à les distinguer, surtout après 1925, de leur adversaire social-démocrate. Il n’en reste pas moins que, située en principe dans l’usine et non dans le quartier, cette cellule se présente toujours comme une petite société d’égaux. Cette faveur donnée au militantisme, dont la gauche socialiste invente la formule moderne en France, convient à la fois à sa composition sociologique, à son ambition idéologique et à ses traditions imaginées : l’organisation de toute classe dominée suppose en effet la promotion et la consolidation d’un lien horizontal entre ses membres, dont la mise en œuvre appartient au processus de sa libération et permet d’en assurer la représentation par elle-même. La question des élites ouvrières est de ce fait une question centrale, et même obsessionnelle, du mouvement ouvrier organisé à partir du dernier tiers du XIXe siècle.</p>
<p style="text-align:justify;">La réception de l’œuvre de Robert Michels <strong>[15]</strong> , qui suscite un débat nourri au début des années 1910 dans l’Europe socialiste, en est une preuve : si en effet, comme le souligne Hubert Lagardelle en 1912, la « loi de différenciation aristocratique » consubstantielle aux organisations est vraie, alors la thèse « commune à Marx et Proudhon, d’absorber le politique dans l’économique, d’éliminer l’État au profit des groupes sociaux » est fausse – et c’est l’espoir socialiste au sens large qui s’en trouve compromis <strong>[16]</strong> . Les organisations ouvrières françaises, particulièrement pauvres, ont exalté les méthodes prophylactiques qui permettaient de contraindre leurs élites à se conformer à la sociologie de leur base militante. L’ouvriérisme et l’ascétisme sacrificiel ont ainsi constitué deux solides piliers d’une éthique militante très prégnante dans les organisations ouvrières jusqu’au dernier tiers du XXe siècle. Ils constituent, ensemble, deux matrices fondamentales du communisme français <strong>[17]</strong> . La reconnaissance de l’absolue nécessité de l’organisation suscite ainsi un large débat sur la possibilité même de la démocratie dans les partis. La démocratisation du parti, c’est-à-dire à la fois la transparence de ses pratiques et la désignation réellement élective de ses chefs, est un enjeu qui n’a aucunement perdu son actualité.</p>
<p style="text-align:justify;">Elle est cependant distincte de la question plus générale des partis dans la démocratie. Selon Michels, en effet, l’impossibilité de la démocratie dans les partis impliquait l’imposture de tout régime démocratique. Moisei Ostrogorski, cependant, avait souligné avant lui que la question de la nature démocratique d’un régime politique donné ne se posait pas de l’intérieur des partis, mais à travers « l’étude des effets de l’action des partis sur un régime qui ne peut fonctionner sans organisations collectives <strong>[18]</strong>  ». L’idée selon laquelle la démocratie est un État de partis (parteienstaat) avancée par Hans Kelsen est donc une donnée essentielle de l’histoire socialiste au XXe siècle <strong>[19]</strong> . Selon Kelsen, la reconnaissance constitutionnelle de l’existence des partis devait en effet permettre à ces « associations des individus politiquement les plus actifs » de remplir pleinement leur rôle de représentation du « peuple », assemblage disparate dont l’unité fictionnelle l’empêche d’être représenté autrement que par fractions. Kelsen ajoute d’ailleurs que « si la Constitution consacre l’existence des partis politiques, il devient également possible de démocratiser la phase de la formation de la volonté générale qui se déroule en leur sein <strong>[20]</strong>  ». La démocratisation des partis politiques, qui est devenue aujourd’hui une exigence de citoyens politiquement actifs déçus par la sclérose bureaucratique des appareils, est donc une tendance longue de l’histoire de la démocratie des partis. L’acceptation de la compétition électorale périodique dans le but d’exercer le pouvoir n’est pas néanmoins une conquête qui va de soi. La manière dont le socialisme s’en est accommodé, au moyen de multiples mesures de contrôle des élus, demeure en fait mal connue.</p>
<p style="text-align:justify;">La question ministérielle a constitué le verrou le plus solide à une intégration des forces politiques d’inspiration socialiste au jeu politique de la démocratie libérale. Elle a pesé, on le sait, dans le débat du congrès international d’Amsterdam en avril 1904, qui voit s’imposer la ligne guesdiste de refus de la participation grâce à une interprétation erronée du « révisionnisme » de Bernstein <strong>[21]</strong> . L’entrée de deux socialistes, Marcel Sembat et Jules Guesde, dans le gouvernement Viviani le 26 août 1914 réactive l’anti-ministérialisme identitaire de la SFIO, bafoué par ceux-là même qui l’avaient édicté. Mais il faut distinguer avec soin la question ministérielle de l’adhésion à la politique de défense nationale : elle n’est acceptée par de nombreux parlementaires qu’en raison des conditions particulières de 1914, et se trouve discutée chaque fois qu’un vote sur cette question le permet <strong>[22]</strong> . Pendant le conflit, la tension devient maximale entre un pôle parlementaire et un pôle militant, identifiée par Alain Bergounioux et Gérard Grunberg comme l’une des faiblesses constitutives de la SFIO d’avant-guerre <strong>[23]</strong> .</p>
<p style="text-align:justify;">Le parlementarisme est, de toutes les institutions caractéristiques de la démocratie libérale moderne, celle qui mutile profondément l’idée de souveraineté du peuple et limite sans doute le plus l’exercice de la liberté individuelle : elle la réduit à n’être que l’exercice périodique d’un droit de suffrage <strong>[24]</strong> . Le socialisme, de ce point de vue, a entretenu un rapport privilégié avec toutes les critiques illibérales adressées à l’encontre de l’institution parlementaire ; l’aspiration à une démocratie directe, à l’utopie d’un peuple continuellement actif, tout à la fois législateur et magistrat, hostile à la délégation <strong>[25]</strong> , à la suppression de toute médiation entre le peuple et lui-même y trouve un terrain d’élection. Ce privilège s’est pourtant heurté, d’une part, à l’attachement précoce de la SFIO à l’institution parlementaire, dont elle s’est d’ailleurs efforcée de moderniser le fonctionnement. Marcel Sembat et surtout Léon Blum ont été, en France, les promoteurs convaincus du parlementarisme rationalisé <strong>[26]</strong> . Il s’est heurté, d’autre part, à la capacité de neutralisation des conflits de classe que recèle le parlementarisme, dans la mesure où, au sein d’un régime démocratique, « c’est par les normes générales de la conduite réciproque des individus que la collectivité sociale est vivante dans leur conscience <strong>[27]</strong>  ». La persistance d’un vaste discours anti-oligarchique, antigouvernemental et anticapitaliste peut ainsi voisiner avec la pratique très assidue de la sollicitation parlementaire – même dans l’univers communiste – et un légalisme sourcilleux aiguisé par le sens d’une justice caractéristique de la République des dominés <strong>[28]</strong> .</p>
<h1 style="text-align:left;"><span style="color:#ff0000;">L’invention du réformisme</span></h1>
<p style="text-align:justify;">La persistance de cette culture ouvriériste, antiparlementaire et anti-oligarchique est le principal obstacle qu’a rencontré dès son origine la pensée réformiste. Son invention est une révolution majeure dans l’histoire du socialisme.</p>
<p style="text-align:justify;">Elle n’est certes pas sans origine. L’exigence de fondation scientifique du propos socialiste, partagée par le marxisme et par la sociologie durkheimienne <strong>[29]</strong> , a obscurci la question des apports théoriques du socialisme dit utopique. Le fait que ce dernier se soit élaboré au fil d’une longue période antérépublicaine, à l’écart des assemblées délibératives, lui a ouvert une double carrière, à la fois spéculative et conspirative. Son originalité, sur son versant spéculatif, est d’imaginer une série d’institutions-modèles dont les dimensions, le fonctionnement et l’exemplarité devaient assurer le passage progressif à une société d’abondance et de bonheur, qualifiée de socialiste, parce qu’elle prend la forme d’une communauté idéale de producteurs. Ce recours à l’association contient en fait deux idées distinctes : à la fois la prétention à une auto-organisation du social hors de l’État, hors du pouvoir, voire contre lui <strong>[30]</strong> , et l’appel à une élite de la vertu ouvrière et socialiste, capable de contaminer par son exemple des hommes aliénés par leur milieu. L’idée qu’un micro-organisme social – du phalanstère au syndicat ou au soviet – puisse inséminer la société pour y faire fleurir le socialisme en est donc le principal héritage, et un obstacle à l’encontre de la rationalisation démocratique de l’idée réformiste. À la fin du siècle, la tension entre ces modes socialistes distincts de changement est maximale chez des hommes-charnière comme Charles Andler, adepte d’une énigmatique civilisation socialiste<strong> [31]</strong> et d’un socialisme d’État « qui pense que les choses sociales sont affaire de gouvernement <strong>[32]</strong>  ».</p>
<p style="text-align:justify;">C’est le réformisme qui ouvre grandes les portes de la démocratie au socialisme : il est le principal vecteur par lequel les idées socialistes peuvent parvenir à inspirer ou modifier son fonctionnement. De ce point de vue, le socialisme indépendant est, à la fin du XIXe siècle, un acteur majeur de cette révolution intellectuelle : « La République est la formule politique du socialisme, comme le socialisme est l’expression économique et sociale de la République », affirme ainsi Alexandre Millerand dans son Socialisme réformiste français en 1903 <strong>[33]</strong> . Mais la restitution des origines de la pensée de ses représentants les plus connus – outre Millerand, René Viviani et Aristide Briand – demeure un front pionnier, du fait de l’opprobre persistant dont la pensée réformiste est l’objet depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Cette histoire est nationale, mais elle doit être aussi comparée, puisque les idées socialistes circulent et se déforment en circulant, pour s’adapter aux problèmes propres à chaque contexte national dans lesquelles elles s’intègrent. Aussi l’histoire du socialisme européen revient-elle moins à comparer des « modèles » qu’à recomposer les réseaux intellectuels et militants au travers desquels les idées et les pratiques circulent et se propagent sous l’influence de l’action novatrice de groupes prosélytes.</p>
<p style="text-align:justify;">Reste que la SFIO, telle qu’elle se constitue en 1905, s’est montrée hostile à tout « révisionnisme ». La répudiation de celui-ci au congrès international d’Amsterdam puis au congrès du Globe en 1905 a imposé un brutal coup d’arrêt à toute déclaration réformiste de principe. La défaite politique d’Albert Thomas en 1917 scelle le destin du premier réformisme français – un échec circonstanciel, qui n’était pas nécessairement programmé par le génome socialiste <strong>[34]</strong> . En 1920, les socialistes et les communistes ne sont plus d’accord que sur un point : repousser de leur mémoire l’expérience ministérielle de 1914-1919 <strong>[35]</strong> . À partir de cette date, le réformisme socialiste continue de cheminer, au fil d’une existence semi-clandestine : il se replie sur le terrain municipal, ou emprunte les voies de la « lutte pour les améliorations quotidiennes » qui, tout en évitant le recours à l’étiquette réformiste, enferme le socialisme dans la logique démocratique. La phagocytose du parti par l’institution municipale en est une conséquence majeure : les effets sur son fonctionnement interne sont déterminants <strong>[36]</strong> .</p>
<h1 style="text-align:left;"><span style="color:#ff0000;">L’élection historique du prolétariat</span></h1>
<p style="text-align:justify;">L’acte d’élection de la classe ouvrière comme instrument de libération universelle est la troisième dimension de la révolution de l’idée socialiste de la fin du XIXe siècle. En soi, l’idée d’auto-émancipation du prolétariat n’est pas neuve à la fin du XIXe siècle : elle a commencé de se former dans les années 1840, chez des militant(e)s avancé(e)s comme Flora Tristan <strong>[37]</strong> . Elle n’est pas non plus une propriété exclusive du marxisme. L’idée capacitaire détournée au service de la classe ouvrière est une idée proudhonienne <strong>[38]</strong> . La difficulté, cependant, est d’en déduire, comme Proudhon d’ailleurs le soulignait, une « politique appropriée <strong>[39]</strong>  ». Jaurès, face à Paul Lafargue comme à Jules Guesde, ne dit pas autre chose à la fin du XIXe siècle : si l’immense mérite de Marx est d’avoir « rapproché et confondu l’idée socialiste et le mouvement ouvrier », la théodicée marxiste ne peut servir de boussole pour déterminer une « tactique de chaque jour <strong>[40]</strong>  ». Pourtant, cette idée est restée, jusqu’aux années 1970, un pilier du militantisme de gauche. Son démantèlement progressif, jusqu’au coup de grâce que lui assène l’implosion de l’URSS en 1989-1991, devait refermer l’âge du messianisme ouvrier inauguré au milieu du XIXe siècle.</p>
<p style="text-align:justify;">La marxisation du discours de libération socialiste en est l’un des processus caractéristiques. Elle pose cependant des problèmes majeurs d’interprétation érudite et de méthodologie historique. L’identification de ses agents, les processus de diffusion de ses formules, mais aussi les modalités de leur élaboration – c’est-à-dire la sélection plus ou moins consciente opérée par les acteurs de ses contenus – en sont les principales difficultés. Son absence de linéarité aussi : le marxisme n’est pas hégémonique avant 1914. Le mouvement ouvrier français ne s’est que lentement ouvert à son influence. Ce n’est qu’avec l’avènement du communisme en 1920 – et la remarxisation du discours socialiste pour en affronter la dissidence – qu’une nouvelle version du marxisme, plus tard désignée sous le terme de marxisme-léninisme, a relancé un processus dont les résultats étaient réels mais limités. Le marxisme, par ailleurs, a pu légitimer aussi bien une pratique gradualiste d’exercice du pouvoir, qu’un recours immédiat à la « dictature du prolétariat » : c’est moins la lettre du texte de Marx, que la diversité de ses interprétations qui est en jeu.</p>
<p style="text-align:justify;">Avant 1914, ce processus de transfert est l’œuvre de milieux socialistes d’abord minoritaires, en particulier les guesdistes, mais aussi d’intellectuels socialistes ou non, qui se confrontent aux traductions – qui se font moins rares à partir des années 1870 – ou au texte original de Marx et d’Engels, quand ils peuvent le fréquenter. Les passeurs, autrement dit, sont des agents bien déterminés de l’univers socialiste du dernier tiers du XIXe siècle : ils entretiennent d’ailleurs, pour certains d’entre eux, comme Charles Longuet ou Paul Lafargue, un lien familial avec les exilés de Londres <strong>[41]</strong> .</p>
<p style="text-align:justify;">Les logiques qui les incitent à intégrer une part plus ou moins significative de l’outillage mental marxiste sont cependant distinctes. Elles peuvent correspondre à la recherche ou à la nécessité de la confrontation intellectuelle avec une doctrine d’interprétation scientifique du social-économique. La prétention scientifique du marxisme est une forme de sa séduction sur les intellectuels et les militants socialistes de la fin du XIXe siècle ; mais Marx demeure souvent un objet de curiosité parmi une multitude d’autres. Hors de l’univers guesdiste, la monomanie marxiste est rare. Marcel Sembat, qui revendique pour le socialisme l’étiquette marxiste, témoigne à l’égard des œuvres qu’il peut connaître du maître d’une curiosité limitée, voire marginale <strong>[42]</strong> .</p>
<p style="text-align:justify;">Madeleine Rebérioux a identifié un « moment sorélien » de la pénétration du marxisme en France – entre 1892, date à laquelle Sorel se rend disponible à la vie d’un intellectuel en marge, et 1908 <strong>[43]</strong> . Les années 1890, véritable « assomption du socialisme<strong> [44]</strong>  », occupent une place privilégiée dans la séquence 1870-1914 que nous avons tenté de caractériser. Le débat révisionniste, l’affaire Dreyfus et la question ministérielle s’entrechoquent alors même que les socialistes font leur entrée réelle au Parlement et que la IIe Internationale se structure. Sorel est alors un passeur privilégié du marxisme, malgré sa marginalité dans l’univers socialiste : chez lui, en effet, le combat pour l’auto-émancipation des travailleurs oppose démocratie et socialisme, quand Jaurès, particulièrement après le congrès de Toulouse (1908), s’efforce de les réunir.</p>
<p style="text-align:justify;">La logique est encore différente lorsqu’il s’agit, pour les guesdistes en particulier, d’élaborer les formules d’une « algèbre marginale pour les méprisés des cultures officielles<strong> [45]</strong>  ». Jules Guesde lui-même a scellé une fois pour toutes son attitude devant le marxisme par sa lettre adressée à Marx en mars ou avril 1879 : rappelant d’abord le « désaccord » qui les avait opposés au sein de l’Association internationale des travailleurs (AIT), lorsque Guesde était proche de l’anarchisme jurassien, il convient avec Marx que « tout ce que vous exprimez dans votre lettre, je le pense – et je l’ai toujours pensé [<strong>46]</strong>  ». Ce sont de telles formules qui devaient inciter Marx à refuser pour lui-même le titre de « marxiste », par un cruel trait d’ironie qui, sans cesse rabâché, a contribué à masquer l’entreprise délibérée d’hégémonie doctrinale engagée par Marx et Engels au sein du mouvement socialiste international dès l’époque de la Ière Internationale. Sans doute avaient-ils à se plaindre de ceux qui en ont été les relais, dans la mesure où les intentions de ces derniers n’étaient pas commandées par des motifs purement intellectuels, mais par des préoccupations politiques : la création et la formation d’un leadership ouvrier sous la forme – obsessionnelle en France – d’une élite du désintéressement.</p>
<p style="text-align:justify;">En la matière, le syndicalisme révolutionnaire s’est montré capable d’offrir une méthode dont l’ouvriérisme et le refus de parvenir sont les valeurs cardinales. Ce refus, dont l’intransigeance est problématique dans toute organisation, nécessairement confrontée à la dialectique du servir et du parvenir <strong>[47]</strong> , dépasse largement les bornes étroites du syndicalisme révolutionnaire : il est omniprésent chez les communistes, et n’épargne pas l’univers socialiste de la vieille SFIO. Les crises successives de cette dernière – en 1920 comme en 1969 – en sont d’une certaine manière une conséquence : elle nourrit de manière récurrente le rejet de la notabilisation et les tentatives de relève qui ponctuent l’histoire socialiste.</p>
<p style="text-align:justify;">La combinaison complexe de ces trois phénomènes – avènement des organisations, invention du réformisme et élection historique du prolétariat – nous semble fournir une clef d’accès à l’histoire socialiste à l’âge du messianisme ouvrier. La mort de la vieille SFIO à la fin des années 1960 en est l’une des charnières, bien qu’elle soit d’abord et avant tout la conséquence de la guerre d’Algérie mais aussi de l’affaiblissement de ses réseaux laïcs et syndicaux perceptible dès la fin de la Seconde Guerre mondiale <strong>[48]</strong> . Pourtant, cet âge d’or du socialisme ouvrier ne cesse de peser sur l’histoire de la social-démocratie française. La reconfiguration complexe du rapport du socialisme à la démocratie dans le dernier tiers du XIXe siècle continue, à un siècle de distance, à faire ressentir ses effets.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><span style="color:#ff0000;">Première parution</span> :</strong> Romain Ducoulombier, &#8220;Prométhée malgré lui :  le prolétariat objet de réformes et sujet de l&#8217;Histoire, 1870-1914&#8243;, <a href="www.histoire-politique.fr"><em>Histoire@Politique. Politique, culture, société</em></a>, n° 13, janvier-avril 2011.</p>
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<h1><span style="color:#ff0000;">Notes :</span></h1>
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<p><strong>[1]</strong> Stéphane Béaud, Marcel Pialoux, <em>Retour sur la condition ouvrière</em>, Paris, Fayard, 1999. Voir également Bernard Pudal, <em>Un Monde défait. Les communistes français de 1956 à nos jours</em>, Broissieux, Éditions du croquant, 2009.</p>
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<p><strong>[2]</strong> Sur le renouvellement de l’historiographie du socialisme en général, voir en particulier Pascale Goetschel, Gilles Morin, « Le parti socialiste en France. Approches renouvelées d’un mouvement séculaire », <em>Vingtième siècle. Revue d’histoire,</em> n° 97, 2007, p. 3-9, ainsi que les divers articles de ce numéro. On pourra également se reporter aux actes du colloque « Qu’est devenue l’histoire du socialisme ? Hommage à Madeleine Rebérioux », 5-6 février 2009, organisé par les Cahiers Jaurès et dont les actes ont été publiés en plusieurs brochures par la Fondation Jean-Jaurès. L’historiographie du mouvement ouvrier reste très fortement clivée. Les notes ci-après ne sont qu’indicatives de ce renouvellement.</p>
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<p><strong>[3]</strong> Inspirée par les travaux séminaux de Michel Espagne en France, à partir de Michel Espagne, Michaël Werner (dir.), <em>Transferts. Les relations interculturelles dans l’espace franco-allemand, XVIIIe et XIXe siècles</em>, Paris, Éditions Recherches sur les Civilisations, 1988.</p>
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<p><strong>[4]</strong> Rémi Darfeuil, <em>La Mémoire du mitterrandisme au sein du Parti socialiste</em>, Paris, Notes de la Fondation Jean-Jaurès, n° 34, 2003 ; Marie-Claire Lavabre, <em>Le Fil rouge. Sociologie de la mémoire communiste</em>, Paris, Presses de Sciences Po, 1994.</p>
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<p><strong>[5]</strong> Michel Offerlé, « Capacités politiques et politisation. Faire voter et voter, XIXe-XXe siècles », <em>Genèses</em>, n° 67, 2007, p. 131-149 et <em>Genèses</em>, n° 68, 2007, p. 145-160. C’est, plus largement, la définition même du « peuple » qui est en jeu : Deborah Cohen, <em>La nature du peuple. Les formes de l’imaginaire social (XVIIIe-XXIe siècles)</em>, Seyssel, Champvallon, 2010.</p>
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<p><strong>[6]</strong> Sur l’ancrage municipal, par exemple, des travaux récents sont venus renouveler une problématique au long cours : Aude Chamouard, <em>Les maires socialistes dans l&#8217;entre-deux-guerres : une expérience réformiste du pouvoir ?</em>, thèse de doctorat d’histoire, sous la direction de Marc Lazar, IEP de Paris, 2010 ; Julian Mischi, <em>Servir la classe ouvrière. Sociabilités militantes au PCF</em>, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010.</p>
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<p><strong>[7]</strong> Catherine Leclercq, <em>Histoires d’« ex ». Une approche socio-biographique du désengagement des militants du Parti communiste</em> <em>français</em>, thèse de science politique, sous la direction de Marc Lazar, IEP de Paris, 2008. La littérature sur les « ex »- socialistes n’est pas aussi riche, pour des raisons qui mériteraient d’être approfondies.</p>
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<p><strong>[8]</strong> « Dès qu’une idée, aussi fragmentaire soit-elle, a été réalisée dans le domaine des faits et de manière aussi imparfaite qu’on voudra – ce n’est pas l’idée qui compte dès lors et qui agit, c’est l’institution située à sa place, en son temps, s’incorporant au réseau compliqué et mouvant des faits sociaux, produisant et subissant tour à tour mille actions diverses et mille réactions. » Lucien Febvre, « Une question d’influence : Proudhon et le syndicalisme des années 1900-1914 », dans Lucien Febvre, <em>Pour une Histoire à part entière</em>, Paris, SEVPEN, 1962, p. 772-786, p. 785.</p>
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<p><strong>[9]</strong> Robert Castel, <em>Les Métamorphoses de la question sociale</em>, Paris, Gallimard, 2007 (Gallimard, 1995), p. 516.</p>
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<p><strong>[10]</strong> Bernard Pudal, <em>Un Monde défait</em>, op. cit., p. 204.</p>
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<p><strong>[11]</strong> Romain Ducoulombier, « Socialisme et démocratie : une affinité élective », <em>Cahiers Jaurès</em>, n° 191, janvier-mars 2009, p. 69-104.</p>
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<p><strong>[12]</strong> Georges Haupt, « Socialisme et syndicalisme. Les rapports entre partis et syndicats : une mutation ? », dans Madeleine Rebérioux, Jean-Pierre Rioux (dir.), <em>Jaurès et la classe ouvrière</em>, Paris, Éditions ouvrières, coll. « Le Mouvement social », 1981, p. 29-66 ; Raymond Huard, <em>La Naissance du parti politique en France</em>, Paris, Presses de la FNSP, 1996.</p>
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<p><strong>[13]</strong> Frédéric Monier, <em>La Politique des plaintes. Clientélisme et demandes sociales dans le Vaucluse d’Édouard Daladier (1890-1940)</em>, Paris, La Boutique de l’Histoire, 2007, p. 82.</p>
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<p><strong>[14]</strong> Selon l’hypothèse de Didier Renard, citée dans <em>ibid</em>., p. 40.</p>
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<p><strong>[15]</strong> Robert Michels, <em>Les Partis politiques. Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties</em>, traduction de S. Jankélévitch, Bruxelles, Éditions de l’université de Bruxelles, 2009.</p>
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<p><strong>[16]</strong> Hubert Lagardelle, « Revue critique : <em>Zur Sociologie des Parteiwesens in der modernen Democratie</em> », <em>Le Mouvement socialiste</em>, juillet-août 1912, p. 136-139. Nicolaï Boukharine avait exprimé la même inquiétude : « Si les socialistes peuvent être victorieux, le socialisme ne peut l’être » du fait que chaque classe secrète nécessairement des chefs. Nikolaï Boukharine, <em>Historical Materialism. A System of Sociology</em>, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1965 (1921), p.309.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[17]</strong> Romain Ducoulombier, <em>Régénérer le socialisme (1905-1925). Aux origines du communisme en France</em>, thèse de doctorat d’histoire, sous la direction de Marc Lazar, IEP de Paris, 2007, en particulier p. 37 et suivantes.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[18]</strong> Pierre Avril, « Relire Ostrogorski », <em>Commentaire</em>, n° 60, hiver 1992-1993, p. 911-922, p. 921.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[19]</strong> Hans Kelsen, <em>La Démocratie. Sa nature – sa valeur</em>, préface de Philippe Raynaud, Paris, Dalloz, 2004 (1932), p. 20-21.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[20]</strong> <em>Ibid</em>., p. 29.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[21]</strong> Emmanuel Jousse, <em>Réviser le marxisme ? D’Edouard Bernstein à Albert Thomas</em>, 1896-1914, Paris, L&#8217;Harmattan, coll. « Des poings et des roses », 2007, p. 166 et suivantes.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[22]</strong> Gilles Candar, « Les socialistes contre Clemenceau, tout contre », dans Romain Ducoulombier (dir.), <em>Les Socialistes dans l’Europe en guerre. Réseaux, parcours, expériences, 1914-1919</em>, Paris, L’Harmattan, coll. « Les Poings et les Roses », à paraître en 2010.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[23]</strong> Alain Bergounioux, Gérard Grunberg, <em>L’Ambition et le remords. Les socialistes français et le pouvoir (1905-2005)</em>, Paris, Fayard, 2005, p. 50.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[24]</strong> Hans Kelsen, <em>La Démocratie</em>, <em>op. cit.</em>, p. 30-31.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[25]</strong> Selon la définition qu’en offre Pierre Rosanvallon, <em>Le Modèle politique français. La société civile contre le jacobinisme de 1789 à nos jours</em>, Paris, Seuil, « L’univers historique », 2004, p. 14.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[26]</strong> Jérôme Michel, Blum. <em>Un juriste en politique</em>, Paris, Michalon, coll. « Le Bien commun », 2008, p. 86-91.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[27]</strong> Hans Kelsen, <em>La Démocratie</em>, <em>op. cit.</em>, p. 42. Sur la proximité de Blum avec Kelsen, voir Jérôme Michel, <em>Blum</em>, <em>op. cit</em>., p. 77 et suivantes.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[28]</strong> Entendu dans le sens d’Edward P. Thompson, comme partie de l’« économie morale » des classes populaires françaises au début du XXe siècle. Edward P. Thompson, « <em>The Moral Economy of the English Crowd in the Eighteenth Century</em> », <em>Past and Present</em>, n° 50, février  1971, p. 75-136, p. 79.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[29]</strong> Sur cette dernière, voir Christophe Prochasson, « Durkheim et Mauss lecteurs de Saint-Simon : une voie française pour le socialisme », <em>Cahiers</em> <em>Jaurès</em>, avril-juin 2006, n° 180, p. 5-20.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[30]</strong> Ce qui correspond à la définition du communisme selon Durkheim, bien que ce dernier ne range pas Fourier, Proudhon ni aucun des socialistes « utopistes » dans la catégorie du « communisme », qui n’est à ses yeux qu’une passion archaïque remontant au modèle de la cité platonicienne. Émile Durkheim, Le socialisme. Sa définition – ses débuts. La doctrine saint-simonienne, préface de Marcel Mauss, Paris, PUF, 1992 (1928).</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[31]</strong> Charles Andler, <em>La Civilisation socialiste</em>, , préface de Christophe Prochasson, Paris, Le Bord de l’Eau, 2010 (1911).</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[32]</strong> Christophe Prochasson, « Sur la réception du marxisme en France : le cas Andler (1890-1920) », <em>Revue de synthèse</em>, 4e série, n° 1, janvier-mars 1989, p. 85-108.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[33]</strong> Cité par Robert Castel, Les Métamorphoses…, <em>op. cit.</em>, p. 517.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[34]</strong> Emmanuel Jousse, <em>Réviser le marxisme ?</em>, <em>op. cit</em>., p. 242.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[35]</strong> Vincent Chambarlhac, Romain Ducoulombier (dir.), <em>Les Socialistes et la Grande Guerre. Ministres, militants, combattants de la majorité (1914-1918)</em>, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2008.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[36]</strong> Rémi Lefebvre, Frédéric Sawicki, <em>La Société des socialistes. Le PS aujourd’hui</em>, Broissieux, Éditions du Croquant, 2006, p. 42, 117 et 153.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[37]</strong> Flora Tristan,<em> L’Union ouvrière</em>, Paris, Chez tous les libraires, 1844 (1843).</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[38]</strong> « Le problème de la capacité dans la classe ouvrière » s’est posé « de même dans la classe bourgeoise et autrefois dans la noblesse ». Pierre-Joseph Proudhon, <em>De la Capacité politique des classes ouvrières</em>, Paris, Librairie A. Lacroix et Cie, 1873 (1864), p. 41.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[39]</strong> <em>Ibid</em>., p. 43.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[40]</strong> Cité par Vincent Peillon, <em>Jean Jaurès et la religion du socialisme</em>, Paris, Grasset, coll. « Le Collège de philosophie », 2000, p. 234 et 237.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[41]</strong> Pour un aperçu synthétique et érudit, voir Gilles Candar, <em>Jean Longuet. Un internationaliste à l’épreuve de l’histoire</em>, Rennes, PUR, 2007.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[42]</strong> Cela est très net pendant sa période de maturité. Marcel Sembat, <em>Les Cahiers noirs. Journal 1905-1922</em>, présentation et notes de Christian Phéline, Paris, Viviane Hamy, 2007.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[43]</strong> Madeleine Rebérioux, « La place de Georges Sorel dans le socialisme au tournant du siècle », dans Jacques Julliard, Shlomo Sand (dir.), <em>Georges Sorel et son temps</em>, Paris, Le Seuil, 1985, p. 37-52.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[44]</strong> <em>Ibid</em>., p. 40.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[45]</strong> Selon l’expression remarquable de Marcel Sembat, qu’il emploie dès le milieu des années 1890. Marcel Sembat, « Les idéaux sociaux », manuscrit inédit, chapitre IV : « La méthode ou la discipline organique ». <em>OURS</em>, archives André Varagnac, 70 APO 2.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[46]</strong> D’abord publiée par Alexandre Zévaès dans son <em>Introduction du marxisme en France</em> (Paris, Marcel Rivière, 1947), elle est reprise dans les mêmes termes par Claude Willard (prés. par), L<em>a naissance du Parti ouvrier français : correspondance inédite de Jules Guesde et Paul Lafargue</em>, Paris, Editions sociales, 1981, p. 43-36.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[47]</strong> Romain Ducoulombier, <em>Régénérer le socialisme</em>, <em>op. cit</em>., p. 23 &amp; 732.</p>
</div>
<div style="text-align:justify;" dir="LTR">
<p><strong>[48]</strong> Gilles Morin, « Les socialistes et la société française. Réseaux et milieux, 1905-1981 », <em>Vingtième siècle. Revue d’histoire</em>, n° 96, octobre-décembre 2007, p. 47-62.</p>
</div>
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		<title>Le Système Le Pen : rouages et réseaux</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Sep 2011 20:02:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>nicolaslebourg</dc:creator>
				<category><![CDATA[Notes de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême droite]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://tempspresents.wordpress.com/?p=2754</guid>
		<description><![CDATA[Par Nicolas Lebourg Depuis que Marine Le Pen a pris la présidence du Front National, deux poncifs sont en concurrence. Soit il est prétendu qu&#8217;elle aurait sorti le parti de l&#8217;extrême droite, alors que celui-ci reste vissé à ses fondamentaux &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/09/09/mestre-monnot-lepen/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2754&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/09/lhomme-rouage-by-clc3a9rin-philippe-philippe-clc3a9rin.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-2756" title="L'Homme-Rouage by Clérin Philippe Philippe Clérin" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/09/lhomme-rouage-by-clc3a9rin-philippe-philippe-clc3a9rin.jpg?w=125&#038;h=154" alt="" width="125" height="154" /></a>Par Nicolas Lebourg</strong></span></p>
<p align="JUSTIFY">Depuis que Marine Le Pen a pris la présidence du Front National, deux poncifs sont en concurrence. Soit il est prétendu qu&#8217;elle aurait sorti le parti de l&#8217;extrême droite, alors que celui-ci reste vissé à ses fondamentaux idéologiques. Soit il est affirmé que sa stratégie n&#8217;est que double discours, alors qu&#8217;elle a impulsé des modifications notables au Front National. Cette double erreur de perspective est celle à laquelle les auteurs du <em>Système Le Pen</em> se refusent dès leur introduction. L&#8217;animal politique étant un chef de meute, Abel Mestre et Caroline Monnot ont choisi non pas de nous fournir un énième portrait « people » du nouveau prénom du nom Le Pen, mais de nous faire découvrir son écosystème. Qui la conseille ? Qui lui fournit appui politique, assistance juridique ou théorique ?<span id="more-2754"></span> Voilà l&#8217;enjeu de ce que le sous-titre de l&#8217;ouvrage qualifie justement d&#8217; « enquête sur les réseaux du Front National ». A travers la radioscopie des cercles concentriques que Marine Le Pen a érigées autour d&#8217;elle se découvre tout à la fois le champ actuel de l&#8217;extrême droite, et le portrait en creux de celle pour laquelle s&#8217;apprête à voter, selon les derniers sondages, un cinquième de nos concitoyens.</p>
<p align="JUSTIFY">Journalistes au <em>Monde</em> en charge du suivi de l&#8217;extrême droite, les auteurs revendiquent depuis plusieurs années une approche globale du phénomène, rendant compte du moindre soubresaut du moindre groupuscule dans leur blog <em><span style="text-decoration:underline;"><span style="color:#000080;"><a href="http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/">Droite(s) extrême(s)</a></span></span></em>. La méthode amène ici un résultat des plus probants car on découvre que l&#8217;essentiel du <em>staff</em> du leader frontiste n&#8217;est pas encarté dans son mouvement et est constitué de personnes totalement inconnues du grand public. La souplesse de structuration, plus horizontale que verticale, demeure donc la règle de l&#8217;extrême droite française, telle que fixée depuis l&#8217;entre-deux-guerres. Il est vrai que ses militants sont issus des générations les plus dures du nationalisme-révolutionnaire : ils ne sont donc pas des vitrines pour la « dédiabolisation ». Les jeunes activistes des années 1970-1990 sont un peu trop souvent inquiets du « complots sioniste » et de « l&#8217;ennemi cosmopolite », encore adeptes d&#8217;un Nouvel Ordre européen en bonne entente avec les régimes autoritaires moyen-orientaux contre « l&#8217;axe américano-sioniste ». Ils apportent à Marine Le Pen leur savoir faire réel en matière de communication, de droit, de constitution d&#8217;un programme cohérent et global. On découvre au passage à quel point ces partisans du « socialisme national » savent aussi manier les arcanes du capitalisme international lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;optimisation fiscale ou de constitution d&#8217;une noria d&#8217;entreprises aux capitaux croisés.</p>
<p align="JUSTIFY">Comment peuvent-ils s&#8217;entendre avec Louis Aliot, l&#8217;actuel numéro deux du FN, par ailleurs compagnon de Marine Le Pen ? C&#8217;est l&#8217;un des enjeux politiques que pointe l&#8217;ouvrage. L&#8217;accord idéologique est infaisable avec un vice-président partisan sincère de la « dédiabolisation », pensant pis que pendre des antisémites et des adeptes du différencialisme racial et culturel. Mais lui comme les partisans de sa ligne, essentiellement issus du Front National de la Jeunesse du début des années 1990, sont contraints de supporter les autres cercles d&#8217;une présidente qui assure sa liberté en compartimentant ses réseaux. Chacun son rôle, celui de l&#8217;équipe Aliot étant de réaliser la mue modernisatrice du parti, afin que ses militants et candidats ne ressemblent en rien aux conseillers très radicaux de leur présidente. Le livre montre bien les tensions suscitées par la cohabitation entre des hommes que tout sépare hormis leur candidate à la présidentielle (voir aussi à ce propos cette <a href="http://www.lemonde.fr/politique/infographie/2011/09/09/les-cercles-d-influence-autour-de-marine-le-pen_1569523_823448.html">excellente infographie</a>).</p>
<p align="JUSTIFY">Sur ce point, Marine Le Pen s&#8217;avère plus « ségoliniste » que « lepéniste ». Là où Jean-Marie Le Pen jouait sur l&#8217;équilibre entre les tribus et les clans, sa fille s&#8217;avère une femme politique des années 2000. Elle a pris le parti par les médias. Elle l&#8217;a transformé en écurie présidentielle totalement personnalisée, où le contrat passé entre les membres se résume à porter « Marine » le plus loin possible. Peuvent ainsi cohabiter les ralliés du schisme mégretiste, technocrates obsédés par une conception ethnique du monde, et les militants de terrain, ancrés dans la réalité sociale de la prolétarisation, comme le nouveau secrétaire-général Steeve Briois issu d&#8217;Hénin-Beaumont.</p>
<p align="JUSTIFY">La réalité sociale n&#8217;est en effet pas exempte de cette enquête. Car si les radicaux suscités sont des révolutionnaires très bourgeois, les jeunes qui rallient l&#8217;extrême droite sont des révoltés prolétaires et des classes moyennes déclassées. Les scènes culturelles comme la musique ou l&#8217;internet les aident à politiser leur rejet de la politique présente. Des groupes indépendants du FN et parfois concurrents, comme le Bloc identitaire, non seulement savent leur parler mais servent de poissons-pilotes au Front National en sachant dénicher des thèmes qui s&#8217;avèrent porteurs (par exemple la laïcité contre « l&#8217;islamisation de l&#8217;Europe »).</p>
<p align="JUSTIFY">Si on observe que dans tous ces réseaux mis à jour manque toute trace des catholiques traditionnalistes c&#8217;est surtout que le distinguo chrétiens contre païens n&#8217;est plus opératoire depuis longtemps. Enquêteurs au plus près de leur sujet, Abel Mestre et Caroline Monnot évitent de tomber dans ce genre de piège facile, auquel recourent par trop souvent ceux qui prétendent éclairer les mondes d&#8217;extrême droite. Sans le dire, mais en le démontrant, ils mettent finalement en évidence que la dédiabolisation n&#8217;est effectivement pas plus une « sortie de l&#8217;extrême droite » qu&#8217;un « double discours ». C&#8217;est un système très dialectique. Les radicaux fournissent amplement les modalités de la dédiabolisation car ils disposent d&#8217;une vision du monde et non de simples réactions à l&#8217;ordre présent. Marine Le Pen sait ensuite marcher sur ses deux jambes. Par exemple, en matière de politique internationale, sujet essentiel de crédibilisation pour un candidat à la magistrature suprême, elle prône une révision absolue de la politique française, au bénéfice d&#8217;une orientation à l&#8217;Est qui s&#8217;inspire de la plus extrême droite (cette dernière poursuivant entre autres les thèses en la matière de Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du III<sup>e</sup> Reich). Néanmoins, elle concilie cet axe avec la recherche de partenariats internationaux non avec des partis étrangers prônant cette voie des ultras, mais bien avec des formations populistes participant ou ayant participé à des coalitions gouvernementales.</p>
<p align="JUSTIFY">L&#8217;ouvrage s&#8217;achève en pesant la signification stratégique de ces strates de compagnons. Tout le pari de Marine Le Pen réside sur son succès, sa faculté à faire imploser la droite en récupérant des notables qui, par effet de contagion, lui permettront de se notabiliser à son tour et de pouvoir prétendre à jouer un rôle effectif dans les affaires de la nation. Un piètre score aux présidentielles de 2012 provoquerait de vives tensions dans son attelage, d&#8217;autant que les auteurs montrent que divers membres ont dorénavant un intérêt carriériste ou financier à sa réussite. Autant dire que si on lira avec un profit intellectuel ce livre, il peut également avoir une fonction politique de mobilisation des abstentionnistes.</p>
<p align="JUSTIFY">Abel Mestre et Caroline Monnot, <em>Le Système Le Pen. Enquête sur les réseaux du Front National</em>, Denoël, 198p., 14€ 50.</p>
<p align="JUSTIFY"><em>Le Monde</em> propose quelques longs extraits du livre <a href="http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2011/09/06/le-nouveau-fn-de-marine-le-pen_1568382_1471069.html#ens_id=1556164">ici</a>.</p>
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		<title>Le 9/11 Truth Movement, entre politique et science</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Sep 2011 12:57:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>valeryrasplus</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sociologie et sciences politiques]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Théorie du complot]]></category>
		<category><![CDATA[Violence]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Valéry Rasplus Le 9/11 Truth Movement est né à la suite des attentats du 11 septembre 2001 et a commencé à avoir une certaine audience aux États-Unis à partir de 2004. Il rassemble des individus et des collectifs assez &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/09/09/valery-rasplus-911/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2747&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#ff0000;"><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/09/ny1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2750" title="[en pensée à Kubrick, Spiegelman et aux morts du 11/09]" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/09/ny1.jpg?w=640" alt=""   /></a>Par Valéry Rasplus</span></strong></p>
<p align="JUSTIFY">Le <em>9/11 Truth Movement</em> est né à la suite des attentats du 11 septembre 2001 et a commencé à avoir une certaine audience aux États-Unis à partir de 2004. Il rassemble des individus et des collectifs assez variés. On y trouve aussi bien des victimes, des proches de victimes ou tout simplement des citoyens intéressés par sa démarche. Un point commun de ses participants (partisans, adhérents, sympathisants) se situe au niveau d’une contestation radicale de la politique de l’administration de George W. Bush, et accessoirement du Parti Républicain. Cette opposition a redoublé de virulence au moment où une guerre avec l’Irak devenait l’objectif prioritaire de cette administration. Au niveau international, les questions géostratégiques, énergétiques (axées prioritairement sur le pétrole) et celles liées au terrorisme étaient au centre des confrontations entre les opposants et les partisans de cette action militaire.<span id="more-2747"></span> Quand en février 2003, en pleine assemblée de l’ONU, Colin Powell agite un flacon de poudre supposée être de l’anthrax, parle d’armes chimiques et biologiques, du développement potentiel d’armes nucléaires, de liens entre Saddam Hussein et al-Qaida, le rejet et la défiance envers cette administration sont à leur paroxysme chez ses adversaires politiques. Une thèse prend alors de plus en plus d’importance dans le camp des anti-Bush : pourquoi n’en serait-il pas de même des attentats du 11 septembre ? La théorie de l’inside job (complot interne), où s’est distingué Thierry Meyssan en 2002, commence à faire de plus en plus d’adeptes et le <em>9/11 Truth Movement</em> verra affluer et se regrouper progressivement dans ses rangs une opposition hétéroclite de plus en plus affirmée.</p>
<h1 style="text-align:left;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;">Science ou politique ?</span></h1>
<p align="JUSTIFY">Alors, politique ou science ? Le <em>9/11 Truth Movement</em> eut d’abord des objectifs plus politiques que scientifiques. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’apparaîtront des associations affichant un critère scientifique dans leur démarche, ceci afin de donner un gage de crédibilité et de légitimité à leurs affirmations liées aux causes et aux déroulements des attentats <strong>[1]</strong>. Si des pétitions citoyennes et des actions de groupes de pression peuvent influer les choix politiques, l’argumentum <em>ad populum</em> n’a aucune validité scientifique.</p>
<h1 style="text-align:left;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;">La thèse du <em>9/11 Truth Movement</em></span></h1>
<p align="JUSTIFY">Les attentats du 11 septembre sont, pour le <em>9/11 Truth Movement</em>, la plus grande escroquerie politico-militaro furtive des temps modernes. Il soutient que ce qui s’est passé le 11 septembre 2001 est une minutieuse et vaste opération « para-politique », pour reprendre l’expression de Peter D. Scott, orchestrée par des services secrets américains et étrangers. Ces services auraient organisé ou permis « l’attentat » afin de manipuler l’opinion publique, de justifier et faciliter l’instauration d’une société sécuritaire liberticide (surveillance, contrôle, etc.) et faire accepter les projets impérialistes de l’administration Bush, au nom de la lutte contre le terrorisme. Le <em>9/11 Truth Movement</em> a identifié, dans « l’effroyable imposture » (pour reprendre le terme du livre de Thierry Meyssan) du « mythe du 11 septembre », la réalisation d’un « coup d’état » (Webster G. Tarpley) ourdi par des conjurés « profiteurs » (David R. Griffin) qui, loin d’être les victimes déclarées, sont en réalité les « véritables instigateurs du terrorisme » (Gerhard Wisnewski).</p>
<p align="JUSTIFY">Au complot terroriste d’al-Qaida répond un complot intérieur. Pour les truthers, l’effondrement des tours du World Trade Center n’est pas dû au seul crash des avions et aux incendies qui ont suivi. Le <em>9/11 Truth Movement</em> avance l’idée que ces tours ont été techniquement préparées pour ces attentats. Un plan discret de démolition contrôlée et de prédécoupe, sur les 110 étages de la tour, aurait été mis en place, à l’aide d’explosifs et d’une substance nommée thermite. Pour la tour du WTC7, l’effondrement ne serait pas dû à la seule réception de débris des tours ou d’un incendie interne. C’est là aussi le fait d’une opération d’affaiblissement du bâtiment préalablement préparée et d’une démolition contrôlée qui, le jour même des attentats, a fait écrouler les 47 étages en « chute libre ». Concernant le Pentagone, il y a peu de chance, selon le <em>9/11 Truth Movement</em>, qu’un avion civil s’y soit écrasé. L’explication la plus vraisemblable serait le fait, soit d’un « missile » non encore identifié, soit d’un avion militaire spécialement préparé à cette manœuvre. Ce serait aussi probablement un avion militaire qui aurait abattu le Boeing 757-200, quatrième avion détourné qui s’est écrasé en rase campagne. L’argument du <em>9/11 Truth Movement</em> employé le plus souvent est <em>« au vu de la taille du trou créé, l’objet qui a frappé le Pentagone n’était pas le Boeing 757-223, ce ne peut être qu’un missile (ou variante). Si tu ne me crois pas, eh bien explique-moi ce que c’était »</em>.</p>
<p align="JUSTIFY">Cette mise en scène machiavélique demanderait, pour camoufler cet homicide, une série de complicités et de corruptions quasi-infinies, vu l’ampleur du projet, sans craindre une seule fuite. Il reste quand même à verser au dossier accusatoire les preuves de ces préparatifs complexes et très bien minutés, sans accroc ni impondérable. Et si l’on n’a toujours pas de preuve de cette machination, n’est-ce pas la preuve de la puissance du complot que seuls les « Truth seekers » savent dévoiler et porter au grand jour sur la place publique en toute liberté ? Un autre exemple d’erreur de raisonnement logique (argumentum <em>ad ignorantiam</em>) est ici utilisé : <em>« étant donné que personne n’a été capable de prouver que ce complot n’existe pas, il doit bien exister » ou « je crois en ce complot, et si tu n’y crois pas, alors prouve-moi qu’il n’existe pas »</em>.</p>
<h1 style="text-align:left;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;">La revendication d’une démarche scientifique rigoureuse</span></h1>
<p align="JUSTIFY">Les associations liées au <em>9/11 Truth Movement</em> ont dans leur rang toutes sortes de professions, dont des scientifiques, des ingénieurs, des architectes, etc. Mais les mots « scientifique », « ingénieur », « architecte » sont bien vagues et généraux. Ils peuvent désigner tout autant un physicien nucléaire, qu’un ingénieur commercial ou un architecte d’intérieur. Or, pour ce qui est des attentats du 11 septembre, ils ne sont pas forcément les mieux placés pour expertiser une structure de bâtiment, par exemple. En France, les quelques experts militants les plus visibles dans la sphère <em>9/11 Truth Movement</em> sont Frédéric Henry-Couannier (physicien des particules), André Rousseau (géophysicien), Jean-Pierre Petit (astrophysicien), Jean-Luc Guilmot (ingénieur agronome). Ces associations mettent aussi en avant une minorité de scientifiques qui, à côté de leur domaine de compétence reconnu, ont des pratiques ou des démonstrations publiques et médiatiques assez surprenantes : Richard Gage, architecte, pense que l’on peut modéliser l’effondrement d’un immeuble avec deux cartons <strong>[2]</strong> ; Steven Jones, physicien, prétend avoir démontré le passage post-mortem de Jésus chez les Mayas <strong>[3]</strong>, ou encore que les États-Unis ont pu provoquer le tremblement de terre d’Haïti <strong>[4]</strong> ; Judith Wood, physicienne, pense que les tours du WTC ont été détruites par des rayons depuis l’espace <strong>[5]</strong> ; etc. Un cas tout aussi marginal, mis sur le devant de la scène par le <em>9/11 Truth Movement</em> pour sa remise en cause de la version portant sur le Pentagone, est celui d’Albert Stubblebine <strong>[6]</strong>. Cet ancien chef du commandement des services de renseignement et de sécurité était en charge d’une cellule « paranormal » où il tentait de faire valider expérimentalement la traversée de murs par le simple pouvoir de la pensée, ou la possibilité de tuer des chèvres par l’imposition du regard. L’histoire ne dit pas s’il a tenté un jour de faire traverser les murs du Pentagone par des chèvres.</p>
<p align="JUSTIFY">Enfin, toujours associés au <em>9/11 Truth Movement</em>, on trouve des scientifiques plus sérieux, dans leur esprit et dans leur démarche, qui ne sont pas satisfaits des conclusions du rapport final de la commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis. Ils demandent une réouverture juridique du dossier sur la journée du 11 septembre, avec la nomination de nouveaux experts (lesquels ?) par une structure encore indéterminée à ce jour. Cette démarche nécessiterait, d’un point de vue scientifique, la présence d’un argument de poids : il faudrait que ces auteurs réussissent à faire publier et valider leurs argumentaires et leurs démonstrations alternatives dans des revues spécialisées, à comité de lecture. Or, à ce jour, à part un article contesté, biaisé et non reproductible de Steven Jones <strong>[7]</strong>, le nombre de travaux significatifs et de publications validées à ce niveau scientifique reste égal à zéro. Les auteurs du <em>9/11 Truth Movement</em> n’ont pas démontré leurs thèses avec suffisamment d’arguments solides pour susciter une controverse scientifique internationale et une remise en cause globale des conclusions actuelles.</p>
<p style="text-align:justify;">Finalement, pour le <em>9/11 Truth Movement</em>, ces échecs n’ont que peu d’importance en soi. Il n’a pas eu besoin de caution scientifique à ses débuts et il peut très bien vivre sans. Les impasses scientifiques ne l’empêcheront pas de continuer son action, car rappelons-le, ce n’est pas un regroupement à visée scientifique, mais une structure de combat politique ayant deux finalités : montrer l’incompétence et l’hyper-pouvoir organisateur ou complice de l’administration Bush dans les attentats du 11 septembre.</p>
<p style="text-align:justify;">Les scientifiques qui contredisent les thèses du <em>9/11 Truth Movement</em> sont associés, dans le meilleur des cas, à la figure du savant ignorant, crédule, manipulé, croyant et irrationnel, ou dans le pire des cas, à celui du propagandiste ou du savant prostitué à la solde de la « pensée officielle » qui désinforme sciemment les citoyens. Pour être considéré comme un (vrai) scientifique respectable et honnête, il est nécessaire d’être en accord avec les thèses du <em>9/11 Truth Movement</em>. L’argumentaire et les conclusions doivent coller impérativement avec les bornes suivantes : connaissance préalable (administration Bush), participation intérieure (services secrets), démolition contrôlée (WTC), engin militaire (Pentagone), destruction volontaire (vol 93). Toute donnée différente ou défavorable sera considérée comme suspecte, infondée ou fausse. La fraction dure du <em>9/11 Truth Movement</em> ne cherche pas à remettre en question ces données considérées comme acquises, mais à confirmer ce qu’ils savent déjà. Affirmer que l’on doute, que l’on est sceptique tout en ayant une grille de lecture déjà affirmée, poser comme vrai et acquis au départ ce que l’on est supposé démontrer, tient plus de la stratégie politique que scientifique <strong>[8]</strong>. Dans nombre de cas, les controverses débordent largement du domaine scientifique pour laisser une large part aux domaines du renseignement ou de la (géo)politique.</p>
<h1 style="text-align:left;"><span style="color:#ff0000;">Les contradicteurs du <em>9/11 Truth Movement</em> ne seraient-ils que des néo-conservateurs ?</span></h1>
<p style="text-align:justify;">Les contradicteurs sont aussi divers que les militants et les sympathisants du <em>9/11 Truth Movement</em>. Au niveau politique, de la même manière que tous les militants du <em>9/11 Truth Movement</em> ne sont pas des adeptes d’une explication des attentats par l’entremise d’un montage américano-sioniste ou d’un complot organisé par une quelconque société « ésotérique/occultiste », tous leurs contradicteurs ne sont pas des adorateurs de George W. Bush ou des soutiens aux idéologies néo-conservatrices.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est le cas d’Alexander Cockburn, présenté en 2006 par <em>Le Monde Diplomatique</em> comme une « figure marquante de la gauche radicale aux États-Unis », qui a publié un article très critique intitulé « Scepticisme ou occultisme ? Le complot du 11-Septembre n’aura pas lieu » <strong>[9]</strong>. C’est également le cas du sociologue Philippe Corcuff, qui se définit comme un militant anticapitaliste, anti-impérialiste et altermondialiste (militant au syndicat SUD Éducation, dans l’association ATTAC et dans le parti NPA), qui a invité Jérôme Quirant le 11 février 2010 à l’Institut d’études politiques de Lyon pour y donner une conférence intitulée « 11 septembre 2001 : conclusions scientifiques et théories du complot ». Pour ma part, j’ai publié deux textes sur le sujet, dont un dans <em>Le Monde Libertaire</em> <strong>[10]</strong>. Pour ces quelques exemples, les réactions de la communauté du <em>9/11 Truth Movement</em> ont été immédiates : après l’article d’Alexander Cockburn, <em>Le Monde Diplomatique</em> a reçu une avalanche de lettres de protestation, et Alexander Cockburn fut traité par la suite « d’idiot utile de la CIA ». Pour mémoire, l’édition norvégienne du <em>Monde Diplomatique</em> a publié un texte totalement différent du journaliste Kim Bredesen intitulé « Was 9/11 an inside job ? » <strong>[11]</strong> sans subir, à ma connaissance, la même réaction d’indignation. Jérôme Quirant, qui a été chahuté dans l’amphithéâtre par des membres de ReOpen <strong>[12]</strong> lors de sa conférence à Lyon, est régulièrement mis en cause sur ses compétences scientifiques, quand ce ne sont pas des attaques <em>ad hominem</em>. À la suite de mes deux textes, des commentaires sur des forums français liés au <em>9/11 Truth Movement</em> ont lancé une rumeur selon laquelle j’étais un néo-conservateur déguisé qui aurait fait de l’entrisme <strong>[13]</strong>.</p>
<p>Gageons que ce dossier recevra une qualification aussi distinguée.</p>
<h1 align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;">Notes</span></h1>
<p align="JUSTIFY"><strong>[1]</strong> On peut citer Scholars for 9/11 Truth and Justice (2006), qui s’intitulait en 2005 Scholars for 9/11 Truth, Architects &amp; Engineers for 9/11 Truth (2006), Scientists for 9/11 Truth (2010), Collectif Scientifique Francophone pour la Vérité sur le 11 Septembre (2010). Enfin, se sont liées à ce mouvement des associations à caractère corporatiste ou confessionnel : Pilots for 9/11 Truth, Fire Fighters For 9-11 Truth, Medical Professionals for 9/11 Truth, Political Leaders for 9/11 Truth, Intelligence Officers for 9/11 Truth, U.S. Military Officers for 9/11 Truth, Lawyers for 9/11 Truth, Journalists &amp; Other Media Professionals for 9/11 Truth, Artist for 9/11 Truth, Religious Leaders for 9/11 Truth, Muslim Jewish Christian Alliance for 9/11 Truth, etc.</p>
<p><strong>[2] </strong><a href="http://www.dailymotion.com/video/xaug3c_richard-gage">http://www.dailymotion.com/video/xa&#8230;</a></p>
<p><strong>[3]</strong> <a href="http://web.archive.org/web/20051124053614">http://web.archive.org/web/20051124&#8230;</a> ; <a href="http://www.physics.byu.edu/faculty/jones/rel491/handstext+and+figures.htm">http://www.physics.byu.edu/faculty/&#8230;</a></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>[4]</strong> <a href="http://www.conspiracywatch.info/Steven-Jones-le-petrole-haitien">http://www.conspiracywatch.info/Ste&#8230;</a></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>[5]</strong> <a href="http://www.drjudywood.com/articles/erin/erin4.html">http://www.drjudywood.com/articles/&#8230;</a></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>[6]</strong> Qui eut son heure de célébrité : <a href="http://www.themenwhostareatgoatsmovie.com/#home">http://www.themenwhostareatgoatsmov&#8230;</a></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>[7]</strong> Cf. l’article « La chimie à la rescousse » : <a href="http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1626">http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1626</a></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>[8]</strong> Pétition de principe : « Il y a eu démolition contrôlée parce qu’on ne peut nier que l’effondrement du WTC7 ressemble à une démolition contrôlée » ; variante en soutenant une conséquence : « Si on effectue une démolition contrôlée, alors l’effondrement ressemble à une “chute libre” verticale. Or, nous avons remarqué une ressemblance de “chute libre” verticale, donc on a effectué une démolition contrôlée ».</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>[9]</strong> <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/imprimer/14270/9d702f047b">http://www.monde-diplomatique.fr/im&#8230;</a></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>[10]</strong> Valéry Rasplus, « La science victime de l’hypercriticisme », <em>Le Monde Libertaire</em>, 9/09/2010.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>[11]</strong> <a href="http://www.eurozine.com/articles/2006-07-21-bredesen-en.html">http://www.eurozine.com/articles/20&#8230;</a></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>[12]</strong> <a href="http://video.sciencespo-lyon.fr/player/player.php?id=11&amp;id_sequence=11">http://video.sciencespo-lyon.fr/pla&#8230;</a></p>
<p style="text-align:justify;"><strong>[13]</strong> La rédaction du journal <em>Le Monde Libertaire</em> indiquait, de sa propre initiative, à la fois en couverture « 11 septembre, les tours ont bel et bien existé » et en sommaire « La fosse “sceptique” des complotistes ». Du coup <em>Le Monde Libertaire</em> a eu droit à un cours sur l’anarchisme de la part du <em>9/11 Truth Movement</em>. Par la suite, le site Conspiracy Watch (Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot) à titré en Une « 11 septembre. Théorie du complot : les anars sauvent l’honneur » (<a href="http://www.conspiracywatch.info/Theories-du-complot-lesanars-sauvent">http://www.conspiracywatch.info/The&#8230;</a>).</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Première parution</strong></span> : Valéry Rasplus, &#8220;Le 9/11 Truth Movement, entre politique et science&#8221;, <em>Science et pseudos-sciences,</em> <em>Dix ans après les attentats du 11 septembre</em> <em>La rumeur confrontée à la science</em>, n° 296 Hors-série 11 septembre &#8211; juin 2011, pp.81-86.</p>
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		<title>L&#8217;Etat et l&#8217;économie en France au XXe siècle</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Sep 2011 09:14:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>olivierdard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Guerre]]></category>
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		<category><![CDATA[République]]></category>
		<category><![CDATA[Socialisme]]></category>
		<category><![CDATA[Vichy]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Olivier Dard Les questions liées à l’Etat et à ses rapports avec l’économie ont occupé une place importante dans les débats publics au cours des deux dernières décennies. Celles-ci ont été marquées par les désillusions nées de l’expérience de &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/09/02/olivier-dard-etat-economie-france/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2738&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/09/libertc3a9-guidant-le-peuple-delacroix-sur-un-billet-de-100-francs.gif"><img class="alignleft size-medium wp-image-2742" title="Liberté guidant le peuple [Delacroix] sur un billet de 100 francs" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/09/libertc3a9-guidant-le-peuple-delacroix-sur-un-billet-de-100-francs.gif?w=180&#038;h=98" alt="" width="180" height="98" /></a>Par Olivier Dard</strong></span></p>
<p align="JUSTIFY">Les questions liées à l’Etat et à ses rapports avec l’économie ont occupé une place importante dans les débats publics au cours des deux dernières décennies. Celles-ci ont été marquées par les désillusions nées de l’expérience de 1981 et par le renouveau des discours comme de pratiques libérales au milieu des années 80. A leur façon, les historiens ont enrichi la connaissance de cette question qui a fait l’objet de travaux importants <strong>[1]</strong>, relayés ou impulsés pour certains d’entre eux par le Comité pour l’histoire économique et financière de la France. Moins connus que bien des essais de circonstance, ces différents ouvrages permettent de prendre la mesure de l’évolution de relations souvent tumultueuses entre Etat et économie et qui ont vu le pays passer d’un « ordre libéral » de 1900 à la situation actuelle où le libéralisme semble en position de force.<span id="more-2738"></span> Ce très rapide raccourci ne saurait cependant faire illusion : l’histoire des relations entre Etat et économie ne s’est nullement déroulée sur un mode linéaire</p>
<h1 style="text-align:left;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong>De « l’ordre libéral » des années 1900 à la crise des années 30</strong></span></h1>
<p align="JUSTIFY">Composante importante du « modèle républicain » (auquel on ne saurait cependant le réduire) le libéralisme domine au début du XXe siècle les doctrines économiques et l’enseignement de l’économie politique (Paul Leroy-Beaulieu au Collège de France, Clément Colson à l’Ecole polytechnique ou à l’Ecole libre des sciences politiques). Il inspire les pratiques gouvernementales. L’Etat est ainsi « dénigr[é] » aux dépens d’un marché alors « exalt[é] » <strong>[2]</strong>. Jugé incompétent en tant qu’entrepreneur par les libéraux, (le réseau des Chemins de Fer de l’Etat comme les PTT sont vilipendés), l’Etat les inquiète; en effet, il connaît, en France et à l’étranger (notamment en Allemagne), un développement jugé d’autant plus préoccupant que l’étatisme est associé à une force politique montante, le socialisme, alors considéré comme son incarnation la plus inquiétante.</p>
<p align="JUSTIFY">Pour les libéraux français, il ne saurait être question de se passer d’un Etat auquel on reconnaît des prérogatives de plein droit (en matière de défense, d’ordre intérieur ou de justice) mais aussi en matière économique et sociale. Chargé de définir et de réglementer le cadre de l’économie de marché, l’Etat est aussi jugé fondé, pour l’essentiel des libéraux, à s’occuper de domaines particuliers réputés mettre en jeu l’intérêt général : la santé publique ou les Ponts et Chaussées. L’Etat et l’économie ne sont donc nullement exclusifs l’un de l’autre à la veille du premier conflit mondial et, comme le soulignait Jean Bouvier, « l’Etat n’est jamais léger même au temps où (soit disant) il n’était que “gendarme” <strong>[3]</strong> ». Reste cependant que c’est le bouleversement des années 1914-1918 qui entraîne une intervention significative de l’Etat dans l’économie.</p>
<p align="JUSTIFY">Passées les illusions d’une « guerre éclair », soumis aux contraintes d’une occupation territoriale qui prive l’économie de matières premières essentielles (la moitié de la production charbonnière) et d’infrastructures industrielles de premier plan (aciéries, usines textiles), les gouvernements français s’adaptent aux nécessités d’une guerre totale en mettant progressivement et empiriquement sur pied une économie de guerre dominée par un dirigisme inédit jusqu’alors. Il était cependant tacitement entendu que cette situation devait être provisoire et prendre fin avec le conflit. Or, loin d’être la parenthèse souhaitée, la Première guerre mondiale marque un tournant décisif. Elle signifie en effet la promotion d’industriels au coeur même de l’Etat, qu’illustre l’exemple de Louis Loucheur. Polytechnicien, patron en vue à la veille du conflit : il s’impose dans les cercles gouvernementaux par ses compétences, qui lui valent d’être nommé en décembre 1916 sous-secrétaire d’Etat à l’Armement et aux Fabrications de guerre et d’entamer une seconde carrière, politique, jusqu’à sa mort en 1931. La promotion des hommes du privé, qui trouvent chez des hommes politiques importants un accueil chaleureux (à commencer par le radical Etienne Clémentel, ministre du Commerce et de l’Industrie de 1915 à 1919) s’accompagne également d’une promotion de nouvelles idées et de nouvelles pratiques. Il est en effet nécessaire de moderniser l’économie, au moyen d’une rationalisation de type taylorien, véritable matrice d’un courant technocratique naissant, rassemblant industriels, ingénieurs et dirigeants politiques modernisateurs dans une « conception d’une économie qui serait organisée au nom du progrès technique et de la production par une collaboration entre l’Etat qui donne l’impulsion, assure la cohésion et les industriels et techniciens qui sont les acteurs <strong>[4]</strong> ».</p>
<p align="JUSTIFY">Si la fin du conflit signifie une démobilisation de l’appareil étatique, le retour à la normale s’avère rapidement être un leurre. Au surplus, cette démobilisation est dénoncée dès le milieu des années 20 par différents groupements, notamment le « Redressement français » fondé en décembre 1925 par Ernest Mercier, polytechnicien, patron de l’Union d’électricité et de la Compagnie française des Pétroles. Le Redressement français est en rupture avec le libéralisme classique et explore, dès avant la crise des années 30, les voies d’un néo-capitalisme et d’une nouvelle organisation du social dans laquelle la participation de l’Etat est considérée comme légitime. Dans un manifeste publié dans <em>Le Temps</em>, le 1er juillet 1927, Mercier réclame que le gouvernement mette en oeuvre un « programme social minimum », avec en particulier une politique d’aide au logement ou une politique d’assurances sociales. Ces propositions n’ont alors rien d’original et, à côté du Redressement français, se multiplient, avant la crise des années 30, une série de publications et de groupements (les <em>Cahiers bleus </em>de Georges Valois ou <em>L’Etat moderne</em>). Ils composent alors un arc de cercle « réaliste » (pour reprendre la formulation de l’époque) où gravitent, à côté de publicistes et d’ingénieurs, des hommes politiques en devenir (un espoir prometteur de l’Alliance démocratique, Maurice Petsche, ou le socialiste Charles Spinasse). Divergeant sur de nombreux points, ces hommes ont en commun la volonté de voir le pays rationaliser et moderniser son économie (l’image de l’Amérique des années 20 est dans ces milieux très positive), l’Etat devant jouer à cet égard un rôle d’impulsion (l’heure est à un « plan d’outillage national »). Cependant, ces velléités d’intervention ne doivent nullement remettre en cause une orthodoxie libérale jugée indépassable en matière monétaire et financière, défendue alors par les experts reconnus en économie (les professeurs d’économie politique) et affermie par la stabilisation effectuée par Raymond Poincaré. La crise des années 30 va se charger de briser ces présupposés.</p>
<h1 style="text-align:left;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong>Etat et économie à l’heure de la «conversion»</strong></span></h1>
<p align="JUSTIFY">La crise touche plus tardivement la France que ses principaux voisins, mais elle ne l’ébranle pas moins en profondeur. Par delà les chiffres et les indicateurs inquiétants, la crise économique pose d’abord un problème de diagnostic et de remèdes. Pour les professeurs d’économie politique, à commencer par Charles Rist, la crise serait d’abord le produit d’un crédit inconsidérément dispensé. Du diagnostic découle le remède : un respect vigilant des équilibres en matière budgétaire et monétaire. Pratiquée à l’étranger, notamment en Grande-Bretagne, la dévaluation est jugée impensable en France et considérée comme inefficace. Ces positions des experts, et les politiques qui en découlent, sont fortement contestées par une seconde génération de groupements qui se constituent et entreprennent de réfléchir sur la crise et les remèdes à lui apporter. Parmi les plus représentatifs : le Centre polytechnicien d’études économiques (X-Crise), créé durant l’été 1931 sous l’impulsion de Jean Coutrot, ou le groupe du 9 juillet 1934 (dont il aussi un des fers de lance) auteur d’un des plans les plus célèbres de la période. Les dirigeants d’X-Crise ou du groupe du 9 juillet, qui sont des autodidactes en économie, ont de la crise une vision tout à fait différente de celle des « experts » officiels. Là où les premiers soulignent la nécessité de se conformer à des principes orthodoxes, les seconds se déclarent en rupture avec le libéralisme (l’une des conférences les plus célèbres prononcées à X-Crise en 1936 et due à Auguste Detoeuf est intitulée « La fin du libéralisme ») et prônent au contraire une intervention de l’Etat dans l’économie. Compter, prévoir (ce qui suppose la création d’un outil statistique adapté afin de « substitu [er] une économie <em>consciente </em>à une économie <em>aveugle </em><strong>[5]</strong> ») et organiser deviennent ainsi les maîtres mots d’hommes acquis à l’idée d’une économie « orientée », dans laquelle l’Etat est appelé à jouer un rôle important. Aux mutations des doctrines et des valeurs, il conviendrait d’ajouter une mutation des hommes. Les technocrates en vue des années 30 ne se contentent pas en effet de formuler des propositions : ils entendent passer à l’action et mettre ainsi en oeuvre les refontes auxquels ils aspirent.</p>
<p align="JUSTIFY">L’occasion leur en est fournie par l’échec des mesures d’ajustement, l’aggravation d’une situation générale dominée par une crise politique de grande ampleur (émeute du 6 février 1934 et ses suites), ainsi que la volonté d’un personnel politique d’expérimenter des solutions nouvelles. On observe ainsi, à partir du milieu des années 30, une montée en puissance de technocrates (souvent les mêmes et ce, quels que soient les gouvernements) dans l’appareil d’un Etat que ces hommes souhaitent voir intervenir dans l’économie et arbitrer les relations sociales (la revue <em>Les Nouveaux Cahiers </em>dirigée par Auguste Detoeuf se fait, à la veille de la guerre, le chantre de l’exemple suédois). Le ministère Laval de 1935 a vu, sur fond de décrets-lois, une arrivée massive de tayloriens patronnés par Raoul Dautry pour rationaliser l’administration et les finances publiques tandis qu’en 1936, les technocrates d’X-Crise (Jean Coutrot ou Alfred Sauvy) ont investi le ministère de l’Economie nationale dirigé par Charles Spinasse, pensant, à tort, qu’il serait un levier décisif de la modernisation. Jusqu’à la défaite, le processus se poursuit, renforcé par un rôle de plus en plus important dévolu au président du Conseil au détriment du Parlement et par les nécessités d’une économie de guerre dont un des chefs d’orchestre est Raoul Dautry, ministre de l’Armement.</p>
<p align="JUSTIFY">L’effondrement de 1940, les contraintes de l’occupation allemande et l’avènement de l’Etat français approfondissent et réorientent l’intervention de l’Etat dans l’économie. Première expérience technocratique d’envergure, l’occupation est aussi une période d’économie dirigée sans précédent, symbolisée par le rôle dévolu aux comités d’organisation et par l’importance du ministère de la Production industrielle dominé par la figure de Jean Bichelonne. Celui-ci, au grand dam des traditionalistes vichyssois, ambitionne de mettre en oeuvre une économie dirigée sous la houlette d’un Etat rationalisé. Continuation pour partie des années 30, les années d’occupation ne sont nullement une parenthèse et participent de la « conversion » déjà mentionnée. Elles approfondissent un interventionnisme hérité de la crise, s’emploient à réfléchir sur la planification et la prévision (notamment dans le cadre de la Délégation générale à l’équipement national), et valorisent la compétence (aux dépens de l’éloquence) comme source de légitimité à diriger les affaires publiques. L’occupation est cependant une période exceptionnelle car l’expérience dirigiste se déroule sous la contrainte allemande et dans le cadre d’un régime dictatorial.</p>
<p align="JUSTIFY">La Libération porte ainsi sa propre marque et celle de la résistance (nationalisations, sécurité sociale). Elle est aussi un moment où les contemporains croient pouvoir inventer, programmer un avenir et le maîtriser, ainsi qu’il en ressort de l’accent par les « praticiens » de l’économie (notamment les ingénieurs économistes) sur la statistique, la modélisation ou la prévision [6], ou d’ouvrages aux titres à connotation messianique (<em>Le grand espoir du XXe siècle </em>de Jean Fourastié). A la différence du premier conflit mondial, il n’existe pas de « belle époque » à laquelle on souhaiterait revenir. L’avant-guerre n’est (et pour cause) nullement considéré comme une période de référence; les « années folles » sont bien loin et, avec elles, le souvenir d’un libéralisme dès lors bien démonétisé. Certes, les libéraux ont pu espérer (Jacques Rueff en tête) que l’on pourrait en finir une fois pour toutes avec l’interventionnisme et avec sa nouvelle vulgate, le keynésianisme, dont Jacques Rueff pointe les « erreurs » dans la <em>Revue d’économie politique </em>[7] (le keynésianisme revendiqué n’est en fait qu’un vernis qu’il est de bon ton de mettre en avant, l’économiste de Cambridge n’ayant pas été sérieusement lu par ses supposés partisans).</p>
<p align="JUSTIFY">Les libéraux doivent cependant déchanter car la Libération et la reconstruction ouvrent une période de trente ans dominée par les mots de modernisation, productivité, planification, redistribution, fort éloignés de leurs créneaux traditionnels même s’il faut se garder de tout schématisme en rappelant qu’en matière budgétaire comme en matière monétaire ou financière, les principes orthodoxes (de René Mayer à Maurice Petsche ou d’Antoine Pinay à Jacques Rueff) ont conservé des partisans et imprimé des politiques <strong>[8]</strong>. En effet, au sommet de l’Etat, la confrontation entre technocrates et hommes politiques n’est pas au tournant des années 50 sans susciter des tensions et les débats sont parfois vifs à l’occasion des réunions des commission d’investissement où s’affrontent des experts réclamant des crédits d’équipement jugés nécessaires à la modernisation du pays et des ministres de l’économie bridés par des majorités parlementaires soucieuses d’équilibre financier. C’est sans doute le milieu des années 50 qui amorce un tournant décisif sous la triple mutation engagée alors avec la perspective d’une croissance durable conjuguée à une Union européenne naissante, la modernisation en marche du pays qui débouche sur des contestations sans véritable lendemain (le poujadisme) et enfin l’apparition dans la classe politique de jeunes technocrates issus de l’Ena (Pascal Arrighi et Valéry Giscard d’Estaing sont les deux premiers énarques à entrer au Palais-Bourbon à l’occasion des élections du 2 janvier 1956). Jusqu’aux années 70, les principes directeurs affirmés dans la seconde moitié des années 40 et affermis dans les années 50 ne sont guère remis en cause, la croissance étant au rendez-vous et les élites formées pour administrer et diriger l’Etat en étant profondément imprégnées, notamment via leur scolarité à l’Ena. Ces décennies sont ainsi celles d’un optimisme technocratique sans précédent qui imprègne de nombreuses politiques publiques (de l’aménagement du territoire à la politique agricole) et qui posent la modernisation comme un impératif économique et social allant dans le sens d’un progrès indispensable, salutaire et pense-t-on durable.</p>
<h2 style="text-align:center;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;">Φ</span></h2>
<h1 style="text-align:left;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong>Epilogue provisoire</strong></span></h1>
<p align="JUSTIFY">C’est le tournant des années 70, marqué par l’échec des solutions keynésiennes réputées être à même de sortir les économies de la crise et le sentiment d’impuissance devant une situation qui n’est plus intelligible par un raisonnement par analogie avec la crise de référence (celle de 1929), qui débouche sur une remise en cause des équilibres nés des années 40.Tandis que les idées libérales avaient continué leur cheminement (hors de France pour l’essentiel même si la Société du Mont Pèlerin compte des correspondants français) la vulgate keynésienne et la confiance mise dans la puissance publique comme moteur de l’action économique s’effritent.</p>
<p align="JUSTIFY">L’échec de la relance des années 74-75, puis l’échec de celle des années 81-82 illustrent les limites des certitudes et imposent de redéfinir les relations entre Etat et économie; cette opération est peut-être plus difficile à penser et à mettre en oeuvre en France que dans d’autres pays européens. Cependant, si les dysfonctionnements actuels de l’Etat régulièrement stigmatisés sont réels et sérieux, signifiant sans doute la fin d’une époque ayant connotépositivement (parce que « moderne ») l’association des termes Etat, économie, technocratie et modernisation, la thématique plus générale de la « crise » de l’Etat et les discours sur sa nécessaire « réforme » dont des ouvrages récents se sont fait l’écho, ont comme un air de déjà vu.</p>
<h1 align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong>Notes</strong></span></h1>
<p align="JUSTIFY"><strong>[1]</strong> Parmi un ensemble imposant, on citera : Richard F. Kuisel, Le capitalisme et l’ Etat en France, modernisation et dirigisme au xxe siè cle, Gallimard, 1984 ; Michel Margairaz, L’ Etat, les finances et l’économie, histoire d’ une conversion, 1932-1952, Comité pour l’ histoire économique et financiè re de la France, 1991, 2 volumes ; Maurice Lévy-Leboyer et Jean-Claude Casanova, <em>Entre l’ Etat et le marché , l’économie française des années 1880 à nos jours</em>, Gallimard, 1991.</p>
<p align="JUSTIFY"><strong>[2]</strong> Richard F. Kuisel, op. cit., p. 28.</p>
<p align="JUSTIFY"><strong>[3]</strong> Jean Bouvier, « L’ Etat et les finances publiques : histoire financière et problèmes d’ analyse des dépenses publiques » , <em>Annales ESC</em>, 33, mars-avril 1978, p. 209.</p>
<p align="JUSTIFY"><strong>[4]</strong> Aimée Moutet, « Ingénieurs et rationalisation en France de la guerre à la crise (1914-1929) » in André Thé pot, <em>L’ ingénieur dans la société française</em> (études rassemblé es par), Editions ouvrières, 1985, p. 90.</p>
<p align="JUSTIFY"><strong>[5]</strong> <em>Plan du 9 juillet 1934</em>, Gallimard, préface de Jules Romains, 1934, p. 44. Les italiques figurent dans le texte original.</p>
<p align="JUSTIFY"><strong>[6]</strong> Nous nous permettons de renvoyer à Olivier Dard, « Théoriciens et praticiens de l’économie : un changement de paradigme » , Serge Berstein et Pierre Milza, <em>L’ année 47</em>, Presses de Sciences Po, 2000, p. 75-114.</p>
<p align="JUSTIFY"><strong>[7]</strong> Jacques Rueff, « Les erreurs de la Théorie gé né rale de Lord Keynes » , <em>Revue d’économie politique</em>, janvier-février 1947.</p>
<p align="JUSTIFY"><strong>[8]</strong> Voir François Caron, « Le plan Mayer : un retour aux réalités », <em>Histoire, économie et société</em> , 3e trimestre 1982 et <em>La direction du budget face aux grandes mutations des années cinquante, acteur&#8230; ou témoin ?</em> journée d’études tenue à Bercy le 10 janvier 1997, Comité pour l’ histoire économique et financière de la France, 1998.</p>
<p align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#ff0000;">Première parution</span></strong> : Olivier Dard, « L&#8217;Etat et l&#8217;économie en France au xxe siècle », <em>Projet,</em>n° 266, 2001, pp. 55-62.</p>
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		<title>Parution : Le Phénomène ligueur en Europe et aux Amériques</title>
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		<pubDate>Mon, 29 Aug 2011 20:40:04 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Olivier Dard et Nathalie Sévilla dir., Le Phénomène ligueur en Europe et aux Amériques, Presses Universitaires de Metz, Metz 2011, 443p. Présentation de l&#8217;éditeur : Cet ouvrage est le prolongement du premier volume Le Phénomène ligueur sous la IIIe République &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/08/29/parution-dard-sevilla-ligues-europe-ameriques/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2729&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/08/vasarely-un-hexagone-en-abyme.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2731" title="Vasarely [un hexagone en abyme]" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/08/vasarely-un-hexagone-en-abyme.jpg?w=640" alt=""   /></a>Olivier Dard</strong></span> et <span style="color:#ff0000;"><strong>Nathalie Sévilla</strong></span> dir., <em>Le Phénomène ligueur en Europe et aux Amériques</em>, Presses Universitaires de Metz, Metz 2011, 443p.</p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong>Présentation de l&#8217;éditeur</strong></span> : Cet ouvrage est le prolongement du premier volume <em>Le Phénomène ligueur sous la III</em><sup><em>e</em></sup><em> République </em>(Metz, 2009). Deux ambitions majeures sont poursuivies : l&#8217;enrichissement de la gamme des ligues analysées et l&#8217;ouverture de l&#8217;étude du phénomène ligueur à l&#8217;Europe et aux Amériques. Ont ainsi été étudiées les ligues à vocation politique (ligues impérialistes, ligues nationalistes), économique et sociale (ligues de consommateurs, ligues de contribuables), mais aussi sociétales<span id="more-2729"></span> (ligues des droites de l&#8217;homme, ligues familiales, ligues de l&#8217;enseignement) en Europe et aux Amériques ; les ligues internationales ont été analysées en même temps que les ligues à vocation nationale.</p>
<p style="text-align:justify;">Le souci de ce volume a été de privilégier une approche combinant une démarche comparatiste et une démarche fondée sur l&#8217;étude des transferts culturels et politiques. Il en ressort que le phénomène ligueur est un fait transnational; Si la connaissance des sociétés civiles en Europe et aux Amériques et des processus d&#8217;internationalisation en sort renforcée, les études réunies montrent que ces derniers n&#8217;ont rien d&#8217;automatique. Ainsi, bien des termes employés dans les 21 contributions réunies (« homologies », « résonances proches », « réemplois », « allers et retours improbables », <em>etc</em>.) invitent, pour saisir le phénomène ligueur sur près d&#8217;un siècle, à prendre la mesure des décalages entre des schémas théoriques et les réalités empiriques des réseaux, des circulations et des transferts observés.</p>
<p style="text-align:justify;" align="CENTER"><span style="color:#ff0000;"><strong>Table des matières</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;">Introduction, <strong>Nathalie Sévilla</strong></p>
<p style="text-align:justify;">L’Union internationale des associations pour la Société des Nations, fer de lance d’un courant supranational dans l’entre-deux-guerres, <strong>François Dubasque</strong></p>
<p style="text-align:justify;">&#8220;One life, one flag, one fleet, one throne&#8221;‘L’Imperial Federation League et la Victoria League’ : deux « internationales » impérialistes en Grande-Bretagne, 1884-1939, <strong>Philippe Vervaecke</strong></p>
<p style="text-align:justify;">« Parce que c’était elle. Parce que c’était elle ». Les ligues française et allemande des Droits de l’Homme : quelques remarques sur deux organisations pacifistes et républicaines d’une guerre à l’autre, <strong>Emmanuel Naquet</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Exporter la lutte contre l’antisémitisme en Europe : la Ligue internationale contre l’antisémitisme et ses sections étrangères dans les années 1930, <strong>Emmanuel Debono</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les ligues de contribuables en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, Années 1840-Années 1930, <strong>Nicolas Delalande</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Circulations transatlantiques : la genèse des ligues de consommateurs (1887-1902), <strong>Marie-Emmanuelle Chessel</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les déclinaisons de la forme organisationnelle ligueuse dans un contexte transalpin et transnational. Le cas des organisations catholiques féminines française et italienne, <strong>Magali Della Sudda</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Le régime hybride de l’action pour la reconnaissance des femmes : la Ligue des droits et devoirs des femmes roumaines (1911-1938), <strong>Emilia Plosceanu</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Une structure d’action et de mobilisation familialistes à l’échelon transnational : la Ligue internationale pour la vie et la famille (1927-1939), <strong>Christophe Capuano</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Ligues et droites nationalistes en France au vingtième siècle : signification, place, évolution, <strong>Olivier Dard</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Ligues françaises, ligues belges : à la recherche d’éphémères alliances (1920-1940), <strong>Francis Balace</strong></p>
<p style="text-align:justify;">La Légion Nationale face à la législation belge sur les milices privées (1933-1936), <strong>Catherine Lanneau</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les ligues nationalistes du Canada français (1903-1945). Mobiliserqui et pourquoi ?, <strong>Michel Bock</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Ligues, nationalisme et péronisme en Argentine, <strong>Humberto Cucchetti</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les défis de la solidarité internationale : la collaboration entre la Ligue des Droits de l’Homme et la Confédération générale du Travail au sein du Comité d’Accueil aux Enfants d’Espagne (1936-1939), <strong>Célia Keren</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les ligues de gauche face à l’adversité : l’exemple de la Ligue des Droits de l’Homme à Toulouse pendant la guerre d’Espagne, <strong>Aude Chamouard</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Ligues contre ligues ? Ligues et organisations non partisanes de gauche dans l’antifascisme (1934-1936), <strong>Gilles Vergnon</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les socialistes face aux ligues d’extrême droite, regards et actions, <strong>Gilles Morin</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Ligues ou unions des catholiques comme alternative au modèle partisan libéral : le cas espagnol, <strong>José-Leonardo Ruiz S</strong><strong>á</strong><strong>nchez</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Mouvements, associations catholiques et forme ligueuse des années 1830 aux années 1930, <strong>Corinne Bonafoux</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Les ligues pour une éducation laïque et civique en Espagne. De la Restauration à la Seconde République, <strong>Nathalie Sévilla</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Conclusion, <strong>Olivier Dard</strong></p>
<p style="text-align:justify;">Index</p>
<br />Classé dans:<a href='http://tempspresents.wordpress.com/category/breves/'>Brèves</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/category/histoire/'>Histoire</a> Tagged: <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/antisemitisme/'>Antisémitisme</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/etats-unis/'>Etats-Unis</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/europe/'>Europe</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/extreme-droite/'>Extrême droite</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/guerre/'>Guerre</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/republique/'>République</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/religion/'>Religion</a>, <a href='http://tempspresents.wordpress.com/tag/socialisme/'>Socialisme</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/tempspresents.wordpress.com/2729/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/tempspresents.wordpress.com/2729/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/tempspresents.wordpress.com/2729/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/tempspresents.wordpress.com/2729/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/tempspresents.wordpress.com/2729/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/tempspresents.wordpress.com/2729/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/tempspresents.wordpress.com/2729/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/tempspresents.wordpress.com/2729/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/tempspresents.wordpress.com/2729/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/tempspresents.wordpress.com/2729/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/tempspresents.wordpress.com/2729/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/tempspresents.wordpress.com/2729/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/tempspresents.wordpress.com/2729/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/tempspresents.wordpress.com/2729/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2729&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Vasarely [un hexagone en abyme]</media:title>
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		<title>La « Règle d’or » ou les enjeux du temps présent</title>
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		<pubDate>Wed, 24 Aug 2011 10:47:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dominiquesistach</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sociologie et sciences politiques]]></category>
		<category><![CDATA[Marchandisation]]></category>
		<category><![CDATA[République]]></category>
		<category><![CDATA[Sanitaire et social]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Dominique Sistach Dans une société du texte, plus que de la communication, la hiérarchie des termes qui domine l’actualité fixe les débats et l’ordre du jour. Cet été 2011 a vu une expression dépasser les réalités et les éléments &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/08/24/dominique-sistach-regle-d-or/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2723&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/08/rubens-saturne-dc3a9tail.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-2724" title="Rubens Saturne [détail]" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/08/rubens-saturne-dc3a9tail.jpg?w=140&#038;h=180" alt="" width="140" height="180" /></a>Par Dominique Sistach</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Dans une société du texte, plus que de la communication, la hiérarchie des termes qui domine l’actualité fixe les débats et l’ordre du jour. Cet été 2011 a vu une expression dépasser les réalités et les éléments de langage convenus. Nous ferons fi de la crise des banques, de la crise mondiale, du capitalisme financier, des agences de notation, du triple A, et de tout le reste, dont vous mesurez l’abîme, tout à coup disparu de l’entendement, il ne nous reste que la « règle d’or ». De quoi s’agit-il ? À quoi se rapporte cette expression mystérieuse et magique auquel certains trouvent du bon sens et d’autres des arrangements électoralistes ? La « règle d’or » est la réforme constitutionnelle du principe budgétaire d’équilibre dont le but avoué est de cloisonner un système d’interdits économiques qui jusque là s’est avéré inopérant. Aveu démocratique d’impuissance, la « règle d’or » n’est pas qu’un aveu à peine feint d’avouer l’impuissance du gouvernement à dompter les finances publiques, c’est également, l’une des manifestations majeures de l’impuissance de l’État à gouverner la loi des intérêts contradictoires du public et du privé. La singularité est telle que la classe étatique de gouvernement semble plus attachée aux valeurs marchandes qu’aux valeurs politiques, quelles qu’elles soient (« règle d’or » ?, cela signifie-t-il une symbolique religieuse ? ou, une simple référence à la seule valeur refuge contemporaine ?). L’État devient la victime expiatoire des nouvelles résolutions économiques de la finance mondiale, classe de gouvernement incluse.<span id="more-2723"></span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Plus profondément, il reste à nous interroger sur le sens profond des enjeux politiques futurs. Non simplement, ceux qui ont tendance à nous terroriser s’en trouvent renforcés (la dette budgétaire venant s’adjoindre à la terrible dette écologique), mais surtout, l’antiétatisme qui se développe nous conduit à une gestion des risques qui nous interdit d’or et déjà de construire un projet de civilisation. Ces symptômes ont des incidences sur la réflexion politique à adopter pour comprendre les conditions de la dérégulation publique.</p>
<h1 align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong>Qu’est-ce que la « règle d’or » ?</strong></span></h1>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">La « règle d&#8217;or » est le nom du projet gouvernemental d&#8217;inscrire dans la Constitution des règles prévoyant un retour progressif à l&#8217;équilibre budgétaire, ou encore, autrement dit, la « règle d’or » c’est la transformation du principe d’équilibre budgétaire, préexistant mais inexistant en terme d’application, pour faire que l’ordre juridique bloque désormais toute tentation gouvernementale de s’endetter. Le projet a été adopté par le parlement le 13 juillet 2011.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Le Président de la République devrait convoquer le Congrès pour le finaliser constitutionnellement. Le projet de loi prévoit la mise en place des <em>« lois-cadres d’équilibre des finances publiques »</em> qui déterminent, pour un minimum de trois ans, « <em>les orientations pluriannuelles, les normes d’évolution et les règles de gestion des finances publiques </em> » (article 1<sup>er</sup> du projet de loi, qui viendra complèter l’article 34 de la Constitution). L’objectif affiché est d’équilibrer les comptes publics (budget de l’État et comptes de la Sécurité sociale), en fixant pour chaque année la programmation d’un plafond de dépenses et un « minimum d’effort en recettes ». Nous aurions tôt fait de prétendre que cette formule est une réponse à la situation de crise mondiale et à l’appréciation (plus marginale) des agences de notation. Le système juridique étant déjà orienté vers les mêmes termes de résolution, il faut révéler l’origine de cette impuissance de l’économie politique globale et nationale à s’endetter.</p>
<h1 style="text-align:left;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong>L’arsenal juridique de réduction des déficits publics et des modes d’administration</strong></span></h1>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">La situation budgétaire des nations développées et notamment européenne est délimitée juridiquement, depuis le début des années 1990, par l’adoption de critère de convergence limitant l’usage des déficits publics comme mode de gouvernement de la croissance. Le traité de Maastricht imposait que le déficit public ne dépasse pas 3 % du PIB et que la dette publique ne dépasse pas 60 %. En France, la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 établissait que les lois de programmation de finances publiques devaient s&#8217;inscrire dans l&#8217;objectif d&#8217;équilibre des comptes des administrations publiques. La loi de programmation pluriannuelle des finances publiques, votée le 9 février 2009, devait permettre de répartir les crédits par missions, selon une méthode rigoureuse inspirée par la mère des réformes, la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) de 2001, appliquée depuis 2006, dont l’objet central était de réorganiser les conditions de gestion des finances publiques en objectifs de moyens, et non plus, comme auparavant, dans le cadre des finances publiques républicaines, par l’ordre des finalités de l’intérêt général, forcément couteux. Enfin, la révision générale des politiques publiques (RGPP), introduite en 2007, devait permettre de prendre des décisions immédiates de suppression des interventions ou des services de l’État.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Depuis la dernière élection présidentielle, l’action réformatrice s’est orientée vers une gestion reconditionnée des dépenses publiques de l’État, de la protection sociale et des collectivités locales, alors même que la politique fiscale réduisait les recettes selon les dogmes d’une relance permanente de l’investissement et de la consommation. Est-ce alors dire que ce formidable arsenal resterait lettre morte ? Que le droit budgétaire révolutionné depuis la précédente décade n’aurait amener aucune réponse sérieuse à l’endettement ? Que les forces politiques outrepasseraient l’ordre juridique ? La constitutionnalisation du principe d’équilibre budgétaire qui interdirait à l’exécutif et au législatif de présenter et de voter les comptes de la nation en déséquilibre serait-elle l’ultime dispositif juridique interdisant à l’appareil d’État la tentation du gouvernement par l’endettement ?</p>
<h1 style="text-align:left;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong>L’impossible gouvernement des finances ?</strong></span></h1>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">La gouvernemtabilité des finances publiques s&#8217;est révélée jusqu&#8217;à maintenant peu crédible. Bien avant la crise financière de 2008, le Gouvernement de François Fillon a transmis à Bruxelles une actualisation du programme de stabilité de la France reportant à 2012 le retour à l&#8217;équilibre prévu pour 2010 (on se souviendra, en début de mandat, que le conseiller spécial du chef de l’État, Henri Guaino, soufflait à son mentor de laisser courir les déficits pour stabiliser la croissance). Comprenons bien que la difficulté du gouvernement se situe dans l’assurance donnée au marché mondial de stabiliser nos dettes pour rester solvable, et simultanément, dans une logique économique intérieure, de garantir par des deniers publics l’effort économique et la croissance, qui par ailleurs, et alors la boucle est bouclée, permet de garantir la productivité des ressources fiscales de l’État, et ainsi, le dogme fiscal de la réduction des prélèvements obligatoires.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Cet emboitement de dogmes fait ainsi les éléments de langage centraux des communicants politiques et de leurs glossateurs médiatiques. Par ailleurs, les forces sociale-démocrates ont peu à opposer, si ce n’est à renverser certains dogmes dans l’ordre de leurs emboitements pour laisser penser qu’il existe une alternative de gouvernement à gauche ou au centre. En l’occurrence, augmenter les impôts, imposer une meilleure gestion des administrations publiques, contenter donc les débiteurs mondiaux, et espérer ne pas effleurer la croissance, qui par ailleurs garantira la ressource fiscale. Les marges d’écart entre une gouvernemtabilité financière de droite ou de gauche sont infimes (ce qui confirmerait la vision deleuzienne d’un impossible gouvernement de gauche, rendu à des uniques devoirs être minoritaires, tout gouvernement étant par essence conservateur). Pour conclure ceci, on peut se souvenir des derniers instants de croissance et d’équilibre budgétaire, lors des années 2000, quand le gouvernement Jospin reçu les invectives de l’opposition conservatrice et de l’opinion publique d’utiliser les fruits de la croissance à réduire la fiscalité plus que l’endettement national, voire, d’anticiper les déficits provoqués par le vieillissement de la population.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Aussi, le débat sur la « règle d’or » semble alors tout à coup un nouveau rideau de fumée pour ne pas avoir à parler de l’origine de la dette, et ainsi, de son irrésolution potentielle, tant d’un point de vue économique (s’endetter, c’est investir) que d’un point de vue politique (s’endetter, c’est gouverner), que d’un point de vue social (s’endetter, c’est assumer sa liberté de choix).</p>
<h1 style="text-align:left;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong>Insondable dette ou l’État en mutation ?</strong></span></h1>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">La situation de déséquilibre continuel des finances publiques, depuis une quarantaine d’années, ne disparaît pas. La crise mondiale de 2008, mettant en avant un déséquilibre économique profond entre l&#8217;offre et la demande mondiales et un comportement laxiste de la gestion financière des banques, aggrave cette situation : le déficit français passe à &#8211; 7,5 % du PIB en 2009 et la dette à 78 %. Cependant, elle n’est qu’un épiphénomène de l’absence de gouvernance mondiale du capital. Les États puisent dans les ressources publiques pour agir et garantir le capital, et restreignent ainsi leurs capacités de gouvernement normalement réservées à leurs institutions. Si l’on évoque souvent la puissance du texte libéral, devant aboutir à la privatisation des services publics, et souvent ainsi à leur disparition, on omet systématiquement de relever que le capital s’est publicisé par la caution des dettes publiques aux dettes privées (Pascal Salin, en prenant le cas rare d’un libéral français, renverse à bon compte la situation en affirmant que la crise bancaire est celle de la défection publique).</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">La complexité du système d’endettement est également liée à la transformation du pouvoir souverain. Comme le rappelait récemment l’historien Gérard Béaur dans le journal <em>Le Monde</em>, la dette est le produit, dans la longue histoire de l’État, de la mobilisation de la richesse vers le souci guerrier, vers l’histoire de l’État à asseoir sa puissance souveraine mythique. Comme le rappelle l’auteur, « sauf en cas de guerre, et encore, la dette publique ne devenait insupportable qu&#8217;à la suite des errances antérieures de la politique financière et budgétaire. Si la monarchie succomba, c&#8217;est parce qu&#8217;elle ne fut pas capable de supprimer les avantages fiscaux des privilégiés. Le gaspillage des fonds publics, l&#8217;absence de système fiscal performant, l&#8217;incapacité à traquer la fraude, les politiques laxistes qui consistent à favoriser certaines catégories sociales ou certains lobbies sont les voies d&#8217;entrée d&#8217;un endettement excessif ». On pourrait aussi conclure que la transformation de la place des dettes est aussi due à l’érosion de la capacité militaire des États à asseoir leur puissance, ou pour parler comme le philosophe Frédéric Gros, que la faiblesse économique des États est le résultat de ce qu’il qualifie de « la fin de la guerre » (trop occuper à connaître les mystères de la « règle d’or » française, nous n’aurons pas remarquer que cet été 2011 aura vu une première diplomatique et stratégique : le gouvernement chinois ayant conseillé à son débiteur étasunien de réduire ses dépenses militaires et de se retirer des zones d’occupation stratégique qu’il tente de maîtriser).</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Quel que soit la position scientifique prise, il ressort que la situation actuelle est le fait d’un processus global visant à réduire la puissance souveraine des États, dont la menace militaire s’est réduite. C’est un processus interne aux nations, comme le démontre la dérégulation bancaire de l’argent et du crédit imposé par les conjonctures que proposa Georges Pompidou à l’aune des années 1970 (la fameuse « loi Rothschild » transformant le statut de la Banque de France en 1973) ; mais aussi, c’est un processus extérieur aux nations, comme le démontre la dérégulation bancaire imposée par les différents accords internationaux, <em>ad minima</em>, depuis les premiers accords de Bâle en 1988. À l’issue, non seulement le risque bancaire ne fut pas régulé, comme le démontre les crises successives depuis 2008, mais surtout, d’un point de vue structurel, les États ont perdu le contrôle de leur propre activité financière. La situation actuelle de l’endettement public est certes le résultat de la déshérence du politique à pouvoir gérer hors de ses impératifs propres (notamment des cycles cours de réélection, de cloisonnement vertical des élites, mais aussi, d’interpénétration horizontale des élites économiques et administratives, etc.), mais aussi, c’est l’aboutissement de « l’État face aux marchés », d’un État qui se déclare impuissant face aux marchés, d’un État, qui « tous comptes faits », ne s’affirme plus comme souverain en n’ayant pas au nom des peuples le pouvoir de contraindre les puissances des intérêts d’une classe mondiale. S’il existe une conscience interne de l’État à penser pour lui-même (c’est ce que présente très clairement les travaux de sociologie administrative de Philippe Bezès), il est une autre conduite de « l’État extérieur », de l’État mondialisé qui négocie sa présence, et finit par la vendre, au nom d’une seule loi, celle des intérêts des cadres dirigeants d’un capitalisme mondialisé par sa financiarisation. Que peux faire une loi d’airain des finances publiques contre de telles forces sociales ?</p>
<h1 style="text-align:left;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;"><strong>Quid de la « règle d’or » ?</strong></span></h1>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Le principe de l’adoption d’une « règle d’or » budgétaire, ou moins mystérieusement, de la constitutionnalisation des normes financières, met à jour des points de tension essentiels qui révèlent les particularismes français dans un monde en mutation. En premier lieu, ce débat présente notre difficile rapport juridique à la politique. Ce que j’appellerais l’antijuridisme français, soit le fait de ne jamais croire la possible régulation des appétits (en l’occurrence politiques) par des règles de droit strictement appliquées (dont a vu la principale justification, le droit n’étant jamais appliqué), présente une situation inédite où la possible autonomie du droit et de ses institutions pourrait permettre l’interdiction des gouvernances dispendieuses (on peut penser, si la réforme venait à être adoptée que l’on évoquerait immédiatement le « gouvernement des juges », et l’américanisation de la vie politique, puisque ce sera au Conseil Constitutionnel d’être le gardien de la « règle d’or » ).</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">À l’opposé, la systématisation qu’impose cette « règle d’or », peut à terme réduire la capacité de décision politique à néant. D’où le fait que ce principe est limité par des critères structurels d’évaluation de la dette, et que la limitation imposée ne se réalise que dans le cadre triennal de la pluriannualité budgétaire ; en bref, que l’on puisse négocier le déficit sur trois ans. Comme l’annonce le constitutionnaliste Guy Carcassonne, la « règle est en plaqué or » puisque les pouvoirs publics pourront ajuster leur politique en jouant sur la variabilité de l’estimation du montant réel du déficit selon les différentes méthodes comptables. Comme l’affirme Michel Bouvier, spécialiste de droit budgétaire, «  La seule certitude que l&#8217;on peut en tirer est qu&#8217;il est très difficile de déterminer avec exactitude la réalité de la dette publique si l&#8217;on ne dispose pas d&#8217;une source d&#8217;informations comptables pertinente et partagée ». Quid alors de la « règle d’or ?</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Sa neutralisation ne serait alors probablement qu’un sursaut politicien aux véritables enjeux de l’économie mondialisée par l’affaiblissement des États ; le pouvoir actuel n’ayant aucune appréhension des risques encourus pour faire valoir un droit à la réélection. En effet, la soumission de la puissance publique à un principe strict aboutirait invariablement à rendre variable les dépenses publiques, ce qui impliquerait la privatisation massive des services publics.</p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">En second lieu, l’application, même relative de la règle, signifierait à terme à rendre la politique fiscale instable, et par voie de conséquence de bloquer le financement de l’économie réelle. Globalement, comme le rappelait récemment l’économiste financier Driss Lamrani dans le journal <em>Slate</em>, le risque serait, en fixant la règle tout en n’agissant pas réellement sur l’endettement structurel, de limiter le rôle de stabilisateur et de régulateur économique de l’État. Autrement dit, pour utiliser une métaphore en cours, supprimer le corps des sapeurs pompiers au moment même où l’incendie reprend de plus belle fait partie de ses impasses politiques du temps en cours.</p>
<h2 style="text-align:center;" align="JUSTIFY"><span style="color:#ff0000;">Φ</span></h2>
<p style="text-align:justify;">Pour conclure, nous constatons que les discours convenus et fabriqués par les systèmes de pensée contemporains, nous écartent de véritables objets de réflexion pour le futur. Au début du XX<sup>e</sup> siècle, la croissance des dépenses budgétaires signifiait des dépenses de civilisation. Selon les lois de Wagner, « plus la société se civilise, plus l’État est dispendieux ». Il semble que nous ayons définitivement tourné la page d’une politique de civilisation, fût-ce t-elle, exclusivement de dimension programmatique de notre économie. Le débat autour de la « règle d’or » nous ramène à une sorte de gigantomachie de notre inquiétude du futur : les manœuvres politiques restreignent notre vision des réalités économiques ; les réalités économiques nous aveuglent et suppriment toutes les nécessités de régulations des États et des sociétés civiles ; les puissances nationales « invisibilisent » les nécessités d’une organisation mondiale ; la puissance mondiale rend caduque la nécessité de la régulation ; et surtout, les politiques de gestion supplante une politique de civilisation.</p>
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		<title>Les Mondes de Dieudonné</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Aug 2011 13:03:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>stephanefrancois</dc:creator>
				<category><![CDATA[Notes de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Sociologie et sciences politiques]]></category>
		<category><![CDATA[Antisémitisme]]></category>
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		<category><![CDATA[Théorie du complot]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Stéphane François Les éditions Syllepse nous offrent un petit ouvrage sur La Galaxie Dieudonné. Il est sous-titré « Pour en finir avec les impostures ». Ce sous-titre est important : il exprime le contenu de ce livre. Les auteurs, Michel Briganti, André &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/08/16/stephane-francois-dieudonne/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2705&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/08/galaxie-ugc-1810-by-hubble.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2706" title="galaxie UGC 1810 [by Hubble]" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/08/galaxie-ugc-1810-by-hubble.jpg?w=640" alt=""   /></a>Par Stéphane François</strong></span></p>
<p style="text-align:justify;">Les éditions Syllepse nous offrent un petit ouvrage sur <em>La Galaxie Dieudonné</em>. Il est sous-titré « Pour en finir avec les impostures ». Ce sous-titre est important : il exprime le contenu de ce livre. Les auteurs, Michel Briganti, André Déchot et Jean-Paul Gautier, ont voulu analyser et déconstruire les discours et les postures de l’humoriste. L’humour, en fait des dérapages plus ou moins contrôlés comme le montrent les auteurs, masque <span style="color:#000000;">difficilement une obsession de &#8220;la question juive&#8221; qui constitue le creuset des liaisons dangereuses que Dieudonné cultive avec certains courants de l’extrême droite et de l’islamisme radical. Un creuset qui se concrétisa avec la Liste Antisioniste. </span> Les auteurs se sont aussi penchés sur les personnes gravitant autour de Dieudonné.<span id="more-2705"></span> Le résultat de cette enquête d&#8217;investigation est donc ce petit ouvrage, fort dense et très documenté, doté d&#8217;un appareil critique. Leur fil conducteur est l’« antisionisme » de leur sujet, qui cache mal, en fait, un antisémitisme virulent. En effet, ils se proposent <span style="color:#000000;">d’identifier le « symptôme » Dieudonné. Pour ce faire, ils décortiquent l’histoire, les orientations, les réseaux nationaux et internationaux, les contacts et le parcours des diverses composantes de la « galaxie Dieudonné »… </span></p>
<p style="text-align:justify;"><span style="color:#000000;">Le livre se penche successivement sur le conspirationnisme larouchien, la question de la traite négrière et ses sous-entendus antisémites, le refus du « Nouvel Ordre Mondial », Alain Soral, les différents soutiens d’extrême droite (Egalité &amp; réconciliation, Kemi Seba, le Parti solidaire français, Christian Cotten, etc.), l’utilisation des Naturei Kartei, la Liste Antisioniste. Nous pouvons dire que les auteurs font le tour de la question.</span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;">Malgré ces qualités, l’ouvrage comporte quelques maladresses et erreurs. Parmi les maladresses, il aurait été judicieux de mettre du « liant » entre les parties qui peuvent sembler pour le lecteur un peu déconnectées, par exemple il manque une articulation intégrant plus clairement au dispositif le chapitre sur LaRouche. Parmi les erreurs nous en avons relevé une qui nous semble importante : l’ethno-différentialisme de Kemi Seba. En effet, nous avons montré sur ce site que Seba n’est pas un différentialiste mais un racialiste intégral qui a renversée la pyramide raciale élaborée au XIXe siècle : le peuple civilisateur n’est plus celui des Aryens, mais l’Africain noir. Ceci dit, nous devons reconnaître qu’il s’agit de « chipotage » de spécialiste. </span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;">Ce livre s&#8217;avère capital pour comprendre les ressorts psychologiques à l’origine de l’évolution de Dieudonné, qui l’ont radicalisé et fait passer de la gauche morale des années 1980 à l’extrême droite « antisioniste ». Au vu de son capital de sympathie, non négligeable, dans les béances de la société française, cette enquête est un travail salutaire.</span></p>
<p style="text-align:justify;" align="JUSTIFY">Michel Briganti, André Déchot et Jean-Paul Gautier, <em>La Galaxie Dieudonné</em>.<em> Pour en finir avec les impostures</em>, Paris, Syllepse, 2011, 191 p.</p>
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		<title>L&#8217;Extrême droite dans le polar scandinave</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Aug 2011 10:04:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>stephanefrancois</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entretien(s)]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Art et politique]]></category>
		<category><![CDATA[Esotérisme]]></category>
		<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[Extrême droite]]></category>
		<category><![CDATA[Guerre]]></category>
		<category><![CDATA[Violence]]></category>

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		<description><![CDATA[Propos de Stéphane François recueillis par Catherine Lalonde. Cet échange a été publié au gré d&#8217;une série d&#8217;articles dans le quotidien québécois Le Devoir.  Plusieurs livres scandinaves qui nous parviennent, particulièrement dans la vague des polars venus du nord, abordent ou mentionnent &#8230; <a href="http://tempspresents.wordpress.com/2011/08/05/stephane-francois-extreme-droite-polar-scandinave/">Lire la suite <span class="meta-nav">&#8594;</span></a><img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=tempspresents.wordpress.com&amp;blog=4980966&amp;post=2698&amp;subd=tempspresents&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><span style="color:#ff0000;"><strong><a href="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/08/nazi-gnomes-source-inconnue.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-2699" src="http://tempspresents.files.wordpress.com/2011/08/nazi-gnomes-source-inconnue.jpg?w=165&#038;h=105" alt="" width="165" height="105" /></a>Propos de Stéphane François recueillis par Catherine Lalonde. Cet échange a été publié au gré d&#8217;une série d&#8217;articles dans le quotidien québécois <em><a href="http://www.ledevoir.com/">Le Devoir</a></em>. </strong></span></p>
<p align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">Plusieurs livres scandinaves qui nous parviennent, particulièrement dans la vague des polars venus du nord, abordent ou mentionnent l’extrême-droite ou le néo-nazisme. Je pense ici à Larsson, Mankel, Nesbo, même à Osaken, Theorin ou Nesser en ont peut-être aussi parlé. Y a-t-il là un trait, un symptôme littéraire ?</span></strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Si la littérature scandinave mentionne de manière récurrente l’extrême droite, en particulier sa variante néonazie, c’est pour une raison simple : ces pays, en particulier la Suède, ont connu un développement du néonazisme à compter des années 1970. Ces groupuscules se sont fait connaître par des actions violentes<span id="more-2698"></span> : meurtres, fusillades, incendies, agressions, attentats à la bombes, etc. La littérature nordique est donc symptomatique d’une situation sociale : elle ne fait que retranscrire leur environnement politico-culturel.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">Est-ce que l&#8217;intuition vous semble juste? Est-ce que la présence de l&#8217;extrême-droite, particulièrement de la lutte contre l&#8217;extrême-droite, dans la littérature scandinave contemporaine tient de la tendance?</span></strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Par conséquent, votre intuition est juste. Comme vous le dites, cela tient de la tendance. Il faut d’ailleurs garder à l’esprit que Stieg Larsson, l’auteur du cycle intitulé </span><span style="color:#000000;"><em>Millenium</em></span><span style="color:#000000;">, était un activiste antifasciste. La Seconde Guerre mondiale et l’occupation nazie ont très largement traumatisé les habitants de ces pays, à l’exception de la Suède, ce pays n’ayant pas été occupé. C’est d’ailleurs dans celui-ci que l’extrême droite néonazie est la plus virulente. La littérature joue un rôle important dans le combat contre l’extrême droite. Mais cela n’est pas typiquement scandinave : on la retrouve par exemple en France avec des auteurs comme Didier Daeninckx. On la retrouvait aussi dans les années dans l’Italie des « années de plomb ».</span></p>
<p align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">Voyez-vous une différence dans la représentation imaginaire de l’extrême droite entre les produits (je parle ici de produits culturels: romans, chansons, musique, peintures, etc.) de l’Amérique du Nord et ceux de l’Europe ?</span></strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Je vois, et cela est surtout le point de vue d’un Européen de gauche, qu’il y a une plus grande complaisance en Amérique du Nord vis-à-vis de l’extrême droite. Ou plutôt une plus grande liberté pour ceux qui énoncent un discours ouvertement raciste. En Europe, il existe tout un appareil législatif qui entrave l’expression de discours haineux ou raciste. En outre, les artistes de se situant à l’extrême droite, du fait de leur choix politique, restent cantonnés à la marge : ils ne font pas partie des produits culturels « mainstream », très largement positionné à gauche. Leurs productions culturelles sont surtout diffusées par des réseaux « underground » ou marginaux.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">Je vois que vous vous êtes intéressé à la musique, et je lis que la revue suédoise EXPO est née entre autres en réaction aux courants musicaux punk, heavy, gothique haineux dans la Suède des années mi-1990. Pouvez-vous me résumer cette montée d&#8217;extrême-droite dans la contre-culture ?</span></strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Pour faire simple, l’extrême droite a compris l’enjeu de la contre-culture à compter de la vague punk du milieu des années 1970. Le nihilisme, la désespérance va attirer les extrémistes de droite. Et cela d’autant plus que c</span>e désarroi va exploser dans les cultures musicales de l’après-punk, en particulier dans ce qu’on va appeler la cold wave (la vague froide), du fait de l’utilisation abusive des synthétiseurs, ou du moins de la création d’une esthétique, d’une ambiance « froide », et seront issues les scènes gothiques, <em>dark wave</em> et <em>dark folk</em>. Ces cultures émergentes sont alors devenues des cibles privilégiées pour certaines droites radicales. Elles le furent d’autant plus que ces milieux brassent des thèmes très marqués idéologiquement et les banalisent auprès de jeunes se définissant comme des apolitiques. Et de fait, ces personnes sont souvent dépourvues de cultures politiques. En outre, ces scènes musicales vont radicaliser le nihilisme de la scène punk. Au point que certains groupes punk de la période précédente vont abandonner l’antifascisme militant et vont arborer une esthétique ouvertement fascisante, ce qui ne signifiait pas pour autant que les membres des dits groupes l’étaient. Mais, cela sensibilisera les fans à des thèmes marqués à l’extrême droite. Au point que certains groupes vont pourtant franchir la ligne. Le début des années 1980 ont donc des groupes marqués idéologiquement dans différents pays et dans différents sous-registres musicaux (Black metal, Indus, neofolk, etc.) au point que les discours extrémistes de droite deviendront dominant dans certaines de ces scènes, surtout à compter de la fin des années 1980.</p>
<p align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">En survolant l’histoire de la littérature scandinave, j’y vois, au XVIe, le courant du </span><span style="color:#000000;">göticism</span><span style="color:#000000;">, juste après l’apparition de la littérature nationale. Le retour chez les auteurs à l’héritage culturel des Goths, dans les textes, aurait été accompagné de la démonstration de la supériorité d&#8217;un royaume sur un autre, de l’ascendance divine de la race. Des textes, ai-je lu, qui auraient inspirés les théories d’extrême-droite du XXe. Pouvez-vous me confirmer cette ligne de pensée à travers le temps? Est-ce que ce vieux courant a aussi inspiré le courant punk/gothique ?</span></strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Oui, je peux confirmer cette ligne de pensée. Le « göticism » va être l’une des origines de la thèse de l’origine polaire des Indo-Européens. Il va aussi développer l’idée </span>de l’assimilation, au XVII<sup>e</sup> siècle, de l’Atlantide à la Suède, puis ultérieurement au cercle polaire et à l’Hyperborée. Son auteur, Olof Redbeck, y affirmait l’origine atlantéenne de l’humanité. Redbeck, s’appuyant sur les mythes de l’Atlantide et de l’Hyperborée, soulevait aussi l’idée d’une supériorité raciale et intellectuelle des Goths. Ceux-ci seraient partis de la Suède pour soumettre le monde. Cependant, dès le XVI<sup>e</sup> siècle, d’autres auteurs scandinaves faisaient du Scandinave (ou du Germain, ou du Goth) le prototype et le parangon de l’humanité.</p>
<p align="JUSTIFY">En outre, des historiens patriotes norvégiens du XIX<sup>e</sup> siècle, Rudolf Keyser et Peter Munch, ont soutenu l’idée que les norvégiens sont issus d’une antique population venue du grand Nord et descendue progressivement vers le Sud. Ces discours vont se retrouver à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle dans les thèses « aryanistes », c’est-à-dire les thèses postulant la supériorité des Aryens sur les autres races. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque nous étions dans l’âge d’or de l’anthropologie raciale… Enfin, à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle va aussi se mettre en place un attrait pour les origines hyperboréennes des Indo-Européens, qui a pour objectif de légitimer une origine non biblique, c’est-à-dire non juive, de ceux-ci. Ces très néfastes thèses aryennes enfin seront le socle des idéologies racistes du XX<sup>e</sup> siècle et XXI<sup>e</sup> siècle. Actuellement, en effet, nous assistons à un retour de ces thèses racialistes, en particulier aux États-Unis.</p>
<p align="JUSTIFY">Effectivement, pour répondre à la deuxième partie de votre question, ces thèses ont influencées les scènes musicales « sombres » (indus, gothique, metal). Elles sont corrélatives à un intérêt pour le néopaganisme, très à la mode dans ces milieux. En fait, une partie de ces scènes réactive le paganisme völkisch du début du XX<sup>e</sup> siècle, mêlant occultisme, paganisme et spéculations raciales tant en Europe qu’en Amérique du Nord… Cependant, il ne faut pas oublier qu’une autre partie de ces scènes se positionne à gauche de l’échiquier politique. Il ne faut donc pas « jeter le bébé avec l’eau du bain ».</p>
<p align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">Doit-on s’inquiéter de la symbolisation de l’extrême-droite dans les produits de l’imaginaire &#8211; littérature, musique, peinture? Où, selon-vous, se situe la frontière entre purger les démons et les engraisser ?</span></strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François </strong></span>: Pour répondre à la première question, tout dépend du contexte. S’il s’agit d’une apologie des thèses de l’extrême droite, évidemment cela est inquiétant. Surtout pour un Européen de gauche. C’est d’ailleurs pour combattre cette utilisation symbolique, que je travaille sur les stratégies culturelles de l’extrême droite occidentale. J’y ai d’ailleurs consacré une dizaine d’articles et plusieurs livres… De fait, la frontière entre l’un et l’autre est assez floue. Il suffit de songer à la polémique créée en Europe (je ne sais pas si elle a eu lieu en Amérique du Nord) par la parution du dernier livre d’Umberto Eco, </span><span style="color:#000000;"><em>Le Cimetière de Prague</em></span><span style="color:#000000;">, ou plus anciennement à celle liée à la parution des </span><span style="color:#000000;"><em>Bienveillantes</em></span><span style="color:#000000;"> de Littell.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">Chrystine Brouillet, une auteur de polar canadienne, reconnaissait dans la vague scandinave cette imprégnation, cette lutte contre les idées d&#8217;extrême-droite. «Moins dans les livres venus du Danemark m’a-t-elle souligné, mais au Danemark ils ont été les seuls à se comporter correctement pendant la Seconde Guerre, et les fantômes du passé surgissent dans les romans noirs de façon très fréquentes.» Que pensez-vous de cette lecture?</span></strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : Cette analyse me semble très juste. Comme je le disais au début de cet entretien, la Scandinavie a été traumatisée par l’occupation nazie : la Norvège connut un gouvernement d’occupation, et la Suède, si elle resta neutre, fit du commerce avec l’Allemagne nazie… Comme Paxton a pu le dire du gouvernement de Vichy en France, il s’agit d’un « passé qui ne passe pas » en Scandinavie. Il passe d’autant moins que ces pays ont vu réapparaître dans les années 1970 des formations néonazies.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">Vous me dites : </span><span style="color:#000000;">La littérature joue un rôle important contre l’extrême droite, mais cela n’est pas typiquement scandinave. </span><span style="color:#000000;">Bien qu’il y ait aussi eu (je veux spontanément parler au passé, c’est déjà révélateur) de l’art fasciste, nazi, n’a-t-on pas facilement &#8211; trop facilement? &#8211; tendance à penser les arts comme de gauche? Vous avez déjà partiellement répondu en parlant de la musique et de la contre-culture, mais j’aimerais vous lire davantage à ce sujet.</span></strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#999999;"><strong>Stéphane François</strong></span> : </span><span style="color:#000000;">Effectivement, nous avons trop tendance à penser les arts comme de gauche. Les artistes ne sont pas tous de gauche : il y a eu de très talentueux à l’extrême droite : Céline en littérature, Breker en sculpture, Riefenstahl dans le cinéma, etc. Simplement, de nos jours les artistes de droite ou d’extrême droite ont plus de mal à se faire connaître et reconnaître, dans un milieu très à gauche. Il y a un net ostracisme à l’encontre des artistes d’extrême droite, même s’ils sont talentueux. C’est une évidence dans les domaines de la littérature ou de la peinture. Il n’est pas imaginable aujourd’hui de voir apparaître un Céline ou un Ezra Pound, ou de voir un écrivain ou un philosophe reconnu soutenir des positions ouvertement fascisantes à l’instar d’un Lawrence, d’un Drieu La Rochelle ou d’un Gentile. Pourtant, cela ne posait aucune difficulté dans les années 1930.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">Et doit-on voir la figure de Knut Hamsun comme un premier tiraillement droite-gauche / art-politique, ou est-ce trop schématiser ?</span></strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#c0c0c0;"><strong><span style="color:#999999;">Stéphane François</span> <span style="color:#000000;">: </span></strong></span>Je ne pense pas que Hamsun soit le premier tiraillement droite-gauche… Par contre Jack London, à la fois proche des idées socialistes et militant raciste (ce qu’on a tendance à oublier), est un bon candidat. Enfin, les tiraillements entre l’art et la politique sont un grand classique de la littérature du XIX<sup>e</sup> siècle : n’oublions pas d’un grand nombre d’écrivains de l’époque, et je vais des exemples français, étaient proches des milieux monarchistes ultra, voire des milieux contre-révolutionnaires : Baudelaire, Chateaubriand, le premier Victor Hugo… L’art est très souvent politique, et cela depuis l’Antiquité : d’un côté, le pouvoir, légitime ou non, faisait appel à des artistes pour célébrer leur victoire et leur grandeur par le biais de la peinture, de la sculpture ou de la littérature. De l’autre, des artistes célébrèrent de leur propre chef leurs responsables politiques.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><strong><span style="color:#000000;">La question est candide, mais je l&#8217;assume. Pour moi (37 ans, nord-américaine), il est inconcevable que des pays qui ont vécu, il y a si peu et de si près de la Seconde Guerre, retombent si facilement dans les schèmes de pensée qui ont nourri la catastrophe. Comme si il n’y avait pas eu d’apprentissage, comme si on se remettait encore la main sur le rond du poêle, comme si on ne faisait que remplacer la haine des juifs par celle des musulmans, Pourquoi cet oubli de l&#8217;histoire ?</span></strong></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="color:#000000;"><span style="color:#c0c0c0;"><strong><span style="color:#999999;">Stéphane François</span> <span style="color:#000000;">: </span></strong></span>Bonne question ! C’est une question qui n’est pas candide et qui reste très souvent posée en Europe, et pour laquelle nous n’avons pas de réponse… Je pense que nous sommes face à la fois à un héritage culturel : un certain nombre de cadres de partis d’extrême droite viennent de familles ayant défendu ce type d’idées pendant la guerre – il s’agit en quelque sorte d’une « tradition » familiale –, et à un trait psychologique : les personnes votant pour l’extrême droite sont souvent des personnes haineuses ne réfléchissant le monde que dans le conflit et l’invention d’un « ennemi » : Juif, musulman, franc-maçon, démocrate-social (dans le cas de Breivik), etc. Une sociologue, Birgitta Orfali, a parlé à ce sujet d’« homme de violence ». En outre, ce sont des partisans des « sociétés fermées », pour reprendre l’expression de Karl Popper, non-démocratiques, hiérarchisées et ethniquement homogènes, donc des nostalgiques d’un passé qui n’a jamais réellement existé. Enfin, certaines personnes trouvent un intérêt intellectuel dans les thèses fascistes, nationales-socialistes ou contre-révolutionnaires : elles considèrent que ces régimes/idéologies avaient raison.</span></p>
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