Ma Première nuit en France [Espagne / 1939]
Posté par josephbeauregard le 10 novembre 2009
Nous voilà sommés de débattre de « l’identité nationale » et ce à travers le prisme de deux questions «Pour vous, qu’est-ce qu’être français aujourd’hui ?» et «Quel est l’apport de l’immigration à l’identité nationale ?». Répondons donc par les chemins de traverse. C’est l’histoire de Florentino, qui passe sa première nuit en France au village frontière du Perthus. Nous sommes en 1939, il est enfant, membre d’une famille républicaine espagnole. En quelques semaines ils vont être plus de 450 000 à passer la frontière. Or, un décret du 12 novembre 1938 permet de placer en camps de concentration les « indésirables étrangers ». Les réfugiés deviennent bientôt des indésirables, les camps d’accueil des camps d’internement. Sous l’autorité de l’armée, on transforme les hommes en travailleurs gratuits et forcés.
Quand vient l’entrée en guerre de la France, une part de la population exige que les Espagnols, ces métèques aux convictions rouges, ne puissent ainsi demeurer à l’arrière, “planqués” et subversifs. C’est un fait : nombre d’entre eux gardent la fibre combattante. Ils passent à la Résistance. Les premier chars libérant Paris se nomment Guadalajara, Ebro, Madrid… Désireuses pourtant de continuer la « guerre contre le fascisme », les troupes espagnoles acceptent leur désarmement. Les Renseignements Généraux conservent ensuite durant toute la dictature franquiste un œil fixé sur les agissements politiques espagnols, les associations républicaines, les syndicalistes communistes. Ils en firent même un dénombre ville par ville, à une absurde unité près. Florentino et les siens ont ainsi peut-être quelques apports faits à la France. Mais ce dont Florentino se souvient d’abord c’est du rire bienveillant d’un soldat français à la frontière. Il était noir. Il était sénégalais.
Ecouter “Ma Première nuit en France [Espagne / 1939]”
Première diffusion : Joseph Beauregard série Ma première nuit en france diffusée sur Radio Nova en partenariat avec Le Monde.fr, avril 2009.

Otton Wann a dit
Il avait la double-nationalité ? Déjà^^.
Vicente a dit
Comme Florentino, toute ma famille a vécu sa première nuit en France qui au camp de Saint Cyprien ou d’Argelès,via le Col d’Ares, qui au camp de Rivesaltes, qui sur de la paille dans un ancien couvent désaffecté de Cahors.
Leur apport à la France a été immense, camps de travailleurs étrangers (travail forcé) mais remplaçant les bras qui étaient au front, puis donnant à leurs enfants l’idée de “l’accueil” même si cela avait été fort indigne. La majorité d’entre nous, les enfants, on s’est “fait” Français (comme l’on disait dans la famille) donnant à cette terre d’accueil des français au service des autres (enseignants, éducateurs, infirmiers…). Notre nationalité française, on l’a tricotée, jour après jour.Et sans l’ombre d’un doute, je suis Française!
Aujourd’hui, je suis allée récupérer la nationalité espagnole de mes parents qui sont morts sans avoir jamais eu l’ombre d’un hommage rendu pour leurs combats contre le fascisme et la démocratie ; c’est la seule façon que j’ai trouvée pour leur rendre l’hommage que mon pays n’a pas voulu leur rendre. Savez-vous que ce sont les Espagnols résistants qui ont libéré la Citadelle de Perpignan???
tempspresents a dit
A Otton Wann :
C’est un “s” minuscule comme vous pouvez le lire donc un adjectif pas un substantif.
Otton Wann a dit
“A Otton Wann :
C’est un “s” minuscule comme vous pouvez le lire donc un adjectif pas un substantif.”
Je n’ai pas compris.
Sinon, être de nationalité français, au sens stricte, c’est appartenir à un groupe de personne unies par le sang, la culture, et la langue. Suffit de lire les premières lignes du dictionnaire de philosophie politique consacré à la délimitation de la notion de la Nation (par Lukas Sosoe). Ne pas confondre Nation avec Patrie. Ce Florentino, m’a l’air plutôt d’un patriote français. Et puis, en France, on confond nationalité avec citoyenneté. Ce n’est pas moi qui le dit mais Lucien Jaume.
Vicente : Évites de tomber dans la victimisation. [...]
tempspresents a dit
Le choix d’écrire « sénégalais » plutôt que « Sénégalais » s’explique par la volonté d’user de l’adjectif plutôt que de la dénomination de la nationalité, le pays en question n’étant pas indépendant. Il s’agit d’une simple volonté d’avoir tout ensemble clarté et de précision.
nicolaslebourg a dit
1) Le concept de patrie se déplaça du lieu de vie aux frontières du royaume, contribuant ainsi à la production ensuite du concept de nation ;
2) Deux concepts de nation existent selon la modélisation : l’allemand de sol, sang, langue, et le français, de contrat social. Ce que, depuis une fameuse conférence d’Ernst Renan (1882) on nomme le « plébiscite de tous les jours ». La conception allemande n’est portée en France que par l’extrême droite non-parlementaire et il n’est en rien possible de la considérer comme une définition unique.
3) Effectivement, le nationalisme à la française entend une promiscuité des concepts de nationalité et de citoyenneté ; au-delà des modèles demeurent les souplesses, puisque, par exemple, le vote des ressortissants européens aux élections locales est passé sans opposition.
NL
Vicente a dit
A Otton Wann
Vous avez mal lu!
d’abord l’accueil n’a pas été, humainement, d’une qualité exemplaire (je parle des Républicains espagnols, “les Rouges” disait la presse de l’époque!
Je ne me sens pas victime, pas du tout. Je dis simplement que tous ces espagnols ont apporté leur expérience et leur force de travail, ont contribué à la reconstruction de la France. Je dis simplement que le France n’a pas reconnu leurs apports et que tout simplement, je fais à mon niveau ce que MON pays la France n’a pas fait. Mes parents se sont battus pour des idées. Ils ont perdu. Mais ils ont toujours vécu la tête haute. C’est tout ce que je dis. Je relate des faits!
Gaspard Japhet a dit
Oui Vicente : il y a ceux, comme dit Joseph Beauregard (que j’écoute sur Nova), qui ont combattu pour la France, et ensuite ceux qui sont venus participer à sa prospérité, ont été les maçons construisant nosmaisons. La France d’auourd’hui ne serait pas ce qu’elle est sans ces émigrés. On aurait du leur donner d’office une nationalité (ou une citoyenneté je sais pas pour tout ça) d’honneur à la Libération.
Otton Wann a dit
A Vicente
Hmmm ! Mal lu ? Je ne sais pas, mais le deuxième commentaire me parait plus positive.
Pour la petite histoire personnel, je descends d’une famille essentiellement paysanne, et militaire après la second guerre mondiale. Mon nom de famille était porté par à peu près un mille personne au début du XXe siècle, il est aujourd’hui une centaine. Et ici je me limite que du coté de mon père. Ce qui signifie que la plupart de ma grande famille sont morts à cause des deux guerres. Dans les villages, je retrouve dans divers endroits mon nom de famille, sur les places ; ou sur les routes, ou encore à l’entrée des châteaux.
Le mari de ma grands-mère (qui elle ne travaillait pas)(coté mère), a fait la seconde guerre mondiale, a participé à la résistance, est partit au Maroc (qui était à l’époque encore une colonie), a participé à la guerre d’Indochine, celle d’Algérie… est logiquement mort à cause d’usure au combat. Ma grand-mère avait 7 enfants, elle n’a reçue aucune aide de l’état, même pas le salaire que touchait mon grand-père. Alors quand j’entends parler des Indigènes (plutôt de sa polémique) suite à un film récemment sortit, ou autres blabla… Hmmm….
A Gaspard Japhet
Tu te trompes lourdement, on ne donne pas d’office la citoyenneté, encore moins la nationalité, il y a des règles et des conditions à accepter, et un certain état d’esprit à adopter.
Otton Wann a dit
Correction : elle n’a reçue aucune aide de l’état, ni perçu les retraites que touchait mon grand-père.
Gaspard Japhet a dit
Je ne me trompe pas lourdement ou légèrement : j’émets un point de vue complètement différent du vôtre. Je persiste donc : les républicains espagnols qui ont combattu dans la résistance auraient mérité de recevoir d’office la nationalité française ayant pour le moins répondu aux critères de conditions me paraissant suffisantes et ayant fait preuve pour le moins d’un “état d’esprit” adéquat !
En gros l’idée c’est qu’entre le droit du sol et le droit du sang il devrait y avoir un “droit républicain à la nationalité”