Des différentes tentatives d’investissement de la musique par l’extrême droite
Posté par gildaslescop le 25 avril 2009
« Cette machine tue les fascistes ». Cette phrase collée sur la guitare de Woody Guthrie, grande figure du folk américain engagé dans les luttes sociales de son temps, signifiait que la musique pouvait être une arme efficace dans les combats politiques. Forts de cette conviction, nombreux seront les artistes qui, du folk protestataire au rock contestataire, voudront, à sa suite, se doter d’un arsenal sonore afin de changer la société. D’une rafale de notes bien ajustée, la guitare comme substitut de la kalachnikov, saurait certainement réduire au silence tous les fascistes et leurs affidés. Et si les fascistes s’emparaient à leur tour de cette redoutable machine ? Perspective guère concevable a priori tant le rock et l’idéologie fasciste ne semblaient pas alors faire bon ménage. La musique rock en général est en effet volontiers associée dans l’imaginaire collectif à un état d’esprit où se mêlent des notions telles que la jeunesse, l’insouciance, la liberté, la contestation et la révolte… Cela préjugeant d’un certain nombre de valeurs et d’un catalogue d’attitudes ne paraissant pas être précisément ceux traditionnellement véhiculées par une extrême droite habituellement appréhendée comme éprise d’ordre et de discipline et supposée restreindre ses goûts musicaux aux marches militaires et aux opéras wagnériens. Il est vrai que les idéologies qui, en Europe, s’était incarnés dans les différents régimes autoritaires affiliés au nazisme n’avait guère fait preuve de modernité et d’ouverture musicale en condamnant la diffusion et l’écoute de la musique américaine, à savoir le jazz, et en persécutant ses amateurs, comme les zazous en France.
Les origines noires de ces nouvelles sonorités étant jugées comme inconvenantes, les danses indécentes et le tout comme portant atteinte à l’héritage culturel de ce continent. De la même façon, après la guerre, les rescapés idéologiques de ces régimes et leurs proches continuateurs condamneront pareillement et pour les mêmes raisons toutes les nouvelles musiques d’influence étrangère, et notamment le rock, dont l’écoute ne pouvait que s’avérer moralement, socialement et politiquement subversive. Pourtant, l’on verra bientôt en Europe et ailleurs, des chanteurs et chanteuses, des groupes et même certains courants musicaux se réclamer, guitare en main, plus ou moins ouvertement et plus ou moins sérieusement de cette idéologie. Qu’il se pare de provocation ou qu’il assume ses convictions, l’improbable tandem rock et extrême droite recouvre donc une réalité de fait. Non seulement la machine de Woody Guthrie n’avait pas tué tous les fascistes, mais ceux-là même ont pu s’en emparer.
Première parution Gildas Lescop “Mobilisation des corps, pénétration des esprits : des différentes tentatives d’investissement de la musique par l’extrême droite” , Musiques populaires underground et représentations du politique, Jean-Marie Seca dir., InterCommunications/EME (proximités Sociologie),Paris, 2007.)
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