Par Nicolas Lebourg
Au-delà des simples évidences, on peut faire une lecture politique de la saga Star Wars et de son méchant bien haï, Dark Vador (ou Darth Vader). La seconde trilogie a beau être ce qu’elle est, elle pointe du doigt un affaissement du sacré dans « le monde moderne », pour faire à dessein allusion à Evola. Coruscant est le siège du pouvoir Jedï mais où ne reste plus aucune trace de la nature. La Force elle-même est lamentablement rabaissée à un processus cosmogonique technologiquement saisisable. L’Ordre Jedï ainsi coupé du macrocosme, il s’est paré du monopole de la violence physique légitime (pour reprendre la terminologie weberienne quant à la définition de l’Etat).
L’automne à Pékin
En somme, la République a moins sombré par la faute des Sith que par la manière dont elle même a abandonné ses valeurs (hormis le cosmopolitisme – très net du Conseil Jedï aux forces de la Résistance dans la Bataille d’Endor – et le marché libre…). Dark Vador surgit comme un héros d’un romantisme d’acier. La mutilation physique qui désigne symboliquement la mutilation psychique et l’abaissement dans la bestialité chez tous les Sith est chez lui totale. Et la totalité est bien le mot qui se rattache à lui. Ce qui le tue in fine ce n’est pas, comme on le dit benoîtement, son retour au bien – il n’a jamais été bon : dès l’épisode deux c’est de la graine de fasciste – mais parce qu’en se réconciliant avec son fils il a abandonné l’agir politique tel que l’avait défini Carl Schmitt : la désignation de l’Ennemi. N’ayant plus d’ennemi, il n’a plus d’Empire et provoque la destruction de celui-ci. De là il est le vecteur d’une palingénésie cosmique et personnelle désignée par la dernière version DVD qui enlève, dans l’apparition finale, son corps vieux au profit du jeune… On ne recitera pas tous les travaux de Roger Griffin désignant en l’exaltation palingénésique le cœur de l’idéologie fasciste…
Antithèse
Dark Vador avait jusque là agi selon la parfaite politique d’un empirisme total, provoquant l’annihilation de Alderaan, la planète de la Princesse Leïa, non mû par une quelconque haine génocidaire mais juste parce qu’il en a la possibilité.
Jusqu’à lui sont peut-être parvenus des cris de l’Italie fasciste « travailler, haïr, se taire », « notre programme c’est de gouverner l’Italie », etc. Le courant culturellement dominant de l’extrême droite allemande d’avant le III Reich, la Révolution Conservatrice, voit là clairement illustrer sa conception de l’usage des méthodes de la modernité pour effectuer un retour à un ordre Traditionnel (je refais référence à Evola en mettant la majuscule, on peut penser aujourd’hui à l’obsession technologique de l’Iran des mollahs pour avoir une idée). Il détruit cette planète, il tue et massacre, parce qu’en lui résonne également le slogan que Schmitt légua aux nazis « Ennemi Total, Guerre totale, Etat total » (chaque élément engendreant le suivant). Est-ce une coïncidence si l’Empereur n’abolit le Sénat, factice mais présent depuis vingt ans, pour enfin atteindre à la totalité de l’Ordre Nouveau, qu’au moment où la planète est sacrifiée ?
C’est la « guerre totale » joyeusement hurlée par Goebbels, simplement parce que la possibilité existe et qu’elle ouvre la voie à un avancement définitif du projet totalitaire sith. Et quelle plus parfaite allégorie de l’Etat fasciste que cette armée uniquement faite de clones ?
Un système politique sous windows ?
Héros fasciste donc Dark Vador. Mais les Jedï valent-ils mieux ? Quand ils ne chutent pas dans le monde moderne c’est, justement, au profit d’un immersion dans un naturisme radical, qu’un historien comme Pascal Ory désigne comme au centre de la pensée fasciste. Les voici prêts au sacrifice du politique, du progrès, au profit d’un idéologie totalisante du rapport de l’homme à l’Univers, obsédée par la décadence matérialiste et le caractère négatif et décadent de l’intrusion des masses dans le processus historiques ayant mis fin à l’ordre républicain.
Conclusion logique quant à l’impérialisme
En somme l’univers star warsien est celui d’un impossible choix entre un fascisme spiritualiste et conseilliste (les Jedï) et un matérialiste, technologique et étatiste (l’Empire). La seule solution raisonnable pour Dark Vador est dès lors l’intrusion dans le continuum spatio-temporel afin d’assassiner Kennedy. CQFD :

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